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Être prof #16 : travailler avec un enfant hyperactif (TDAH)

Cette année, dans une de mes classes, un élève atteint du TDAH ou trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité a retenu toute l’attention de l’équipe pédagogique.

Cette maladie, car c’en est une, nous la connaissions peu, même si un collègue nous avait parlé de son fils, atteint de ce trouble qu’il faut différencier de ce qu’on appelle généralement une « hyperactivité ». Seulement 3 à 5% des enfants sont réellement atteints de TDAH.

Le principal du lycée a donc décidé d’une réunion entre les parents et les professeurs avec un médecin. Après des mois de bataille pour qu’un médecin scolaire puisse se déplacer dans notre lycée pour nous rencontrer, nous avons enfin pu poser toutes les questions que nous souhaitions et mieux comprendre le comportement de ce gamin difficile à gérer dans une classe « ordinaire » (c’est-à-dire de 25 élèves).

Les parents et le médecin ont parlé de maladie neurologique, de handicap, de médicament. En effet, le lycéen était sous Ritaline, un médicament composé de méthylphénidate, molécule proche des amphétamines. C’est d’ailleurs le sujet de mon article pour les Vendredis Intellos, que vous pouvez lire ici : Droguer les enfants, les dérives de la médecine.

La Ritaline est un médicament efficace s’il est bien utilisé mais avec de nombreux effets indésirables. Le bilan de l’année est donc mitigé.

Les parents de cet élève avaient choisi de le mettre à l’internat. Ils ont été honnêtes : ils ne s’en sortaient plus et ont décidé de se séparer de leur enfant pendant la semaine. Un contrat a été établi entre l’enfant, ses parents et le lycée : il devait prendre le traitement prescrit et essayer de s’adapter du mieux qu’il pouvait, sinon il serait exclu de l’internat.

Le surveillant de l’internat avait un rôle un peu particulier auprès de cet élève : lui donner son médicament chaque matin après le petit déjeuner. En effet, ce médicament a un effet coupe-faim. Pour que l’élève ne maigrisse pas à vue d’oeil, le surveillant lui donnait  son comprimé après le premier repas. Mais le midi, l’élève n’avait pas faim. Avec l’accord du médecin qui le suivait depuis des années, nous avons donc adapté son traitement : au lieu de lui donner une dose le matin, nous lui donnions une demi-dose le matin et une demi-dose le midi après le repas. Le lycéen a mieux mangé et a repris un peu de poids.

Ce médicament est censé aider l’enfant à se concentrer. Effectivement, quand l’élève prenait son traitement, il était calme et attentif. Mais quand il zappait son comprimé, il était ingérable et sortait de classe pour se calmer dans le couloir ou dans la Cour. Le problème, c’était que les autres élèves ne comprenaient pas pourquoi il agissait ainsi et pourquoi il « avait le droit de sortir, lui, sans être puni ». Le lycéen, de sa propre initiative, leur a donc expliqué qu’il souffrait d’un trouble neurologique, qu’il était suivi, qu’il prenait un médicament (quand il voulait) qui ne soigne pas la maladie mais en calme les symptômes et les effets indésirables. Il a été mieux accepté dans la classe après cette petite mise au point et a été totalement intégré.

A partir du moment où nous avons divisé sa dose en deux prises, nous avons constaté les limites de ce médicament En effet, la dernière heure du matin, avant le repas, la molécule n’agissait plus et il n’arrivait plus à se concentrer, perturbait le cour en se levant, en parlant sans cesse et en entrant et sortant de la classe.Mais c’était encore gérable, contrairement aux fois où il ne prenait pas du tout la molécule le matin.En lycée professionnel, les élèves de seconde ont deux périodes de stage en entreprise. Nous avons pris le temps de lui expliquer nos craintes, qu’il a trouvées justifiées et les parents ont informé son maître de stage de la situation.Bien sûr, il y a eu quelques moments difficiles, notamment lorsque le stagiaire n’a pas pris son traitement et que son patron a menacé de le mettre à la porte car il n’avait « pas le temps de former un enfant qui n’écoutait rien ». Mais dans l’ensemble, ça s’est très bien passé et le lycéen s’est révélé un excellent stagiaire.

En fait, quand l’activité lui plaisait, que ce soit en classe ou en stage, il arrivait à se concentrer sans effort. Mais dès qu’il devait « prendre sur lui », il n’y parvenait pas et devenait incontrôlable.

De cette année scolaire avec un enfant atteint de TDAH, j’ai beaucoup appris.

Déjà, sur ma capacité à gérer un groupe de 25 gamins dont un « perturbateur malgré lui » : c’est impossible! Il aurait fallu faire des demi-groupes en classe ou varier les matières générales et professionnelles davantage, pour nous adapter à son handicap.

Ensuite, sur les manques du système éducatif : auparavant, l’élève avait été renvoyé de nombreux établissements et son collège a été très mouvementé. On n’avait pas compris que cet élève ne pouvait pas s’adapter tout seul, par la simple volonté et avec son traitement et que c’était à l’établissement de mettre en place une structure d’accueil adaptée. C’est ce qu’a fait le lycée et dans l’ensemble, ça ne s’est pas trop mal passé.

Enfin, ce gamin était très attachant, intelligent et malin. Il connaissait parfaitement bien sa maladie et ses effets et savait qu’il était différent. Il savait qu’il ne pouvait pas s’adapter à notre société mais qu’elle aurait du mal à s’adapter à lui. Dans une de ses rédactions, il m’a écrit qu’un jour, il aurait son entreprise et que quand il sera patron, il sera un excellent professionnel. Peut-être même Meilleur ouvrier de France. Je le lui souhaite sincèrement.

Il m’a épuisée, a perturbé de nombreux cours, a fait mille bêtises, j’ai souvent craqué, mes collègues aussi, mes suis remise en question mais je lui souhaite beaucoup de réussite. Aujourd’hui, il est parti en apprentissage. Ce sera plus adapté pour lui car il sera chez un patron la moitié de l’année. Il lui aura fallu passer par cette année difficile avec de nombreuses heures en classe avant de pouvoir enfin rejoindre un apprentissage où il s’épanouira et où sa maladie le handicapera moins. Parce qu’en France, même si l’enfant est motivé, prêt et mûr, il lui faut attendre d’avoir 16 ans pour faire un apprentissage. Enfin, c’est un autre débat…

Le TDAH touche 3 à 5 % des enfants français. Mais cette pathologie est méconnue. On met trop d’enfants dans le même « sac » avec l’étiquette « hyperactif ». Ces enfants ne peuvent pas s’adapter à notre société. Et si nous nous donnions les moyens de les y intégrer en nous adaptant à eux?

Être prof, c’est s’adapter. Mais donnez-nous-en les moyens!

La Belle Bleue
La Belle Bleue

Pour en savoir plus : http://www.tdah-france.fr

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11 réflexions au sujet de « Être prof #16 : travailler avec un enfant hyperactif (TDAH) »

  1. Un de mes fils est autiste asperger avec hyperactivité, dyslexique et dysortho …
    Il était sous ritaline mais trop d effets indésirables ! depuis qu il est sous concerta en LP la vie est bien différente 🙂

  2. Merci pour cet article !
    Je suis aussi TDAH, mais à un niveau moindre que ton élève. Quand j’étais petite, j’étais comme ça aussi, difficilement gérable, impulsive, je n’écoutais que quand ça m’intéressait mais dès que je devais prendre sur moi, c’était fini. Puis avec l’adolescence et les hormones, l’aspect hyperactivité/impulsivité s’est un peu estompé (mais il est toujours là), et c’est l’aspect trouble de la concentration qui a pris le dessus. C’est pas évident (je ne prends rien par contre), ça m’a souvent valu des petites emmerdes comme des factures que j’ai oublié de payer (mais j’ai tout réglé après hein)… même des moqueries comme « elle est bête », « elle s’en fout elle écoute pas parce qu’elle comprend pas en fait » ou « elle fait pas d’effort, elle est trop bête pour ça ».
    Ce que j’adoooore aussi, ce sont les gens qui me disent « t’as qu’à te concentrer ». Souvent, je réponds « Merci, c’est vachement constructif, t’as déjà dit à un cul-de-jatte qu’il n’avait qu’à essayer de marcher ?! ». Certains ne connaissent pas, certes, mais d’autres le savent, et croient que même en étant THADA, on a juste à invoquer la force supérieure de la concentration pour que ça marche -_-

  3. Oui, on demande aux profs de s’adapter sans jamais leur en fournir les moyens ! Comment dans un enseignement collectif, gérer les cas particuliers ? J’avais 56 élèves l’année où j’ai dû gérer le cas d’une petite épileptique qui faisait 2 à 3 crises spectaculaires par jour ! Ce ne sont pas les dirigeants qui y sont confrontés !!! Bon week end Bises

  4. Merci pour ton article très clair sur cette maladie aussez peu connue, je vais l’envoyer à ma nièce qui démarre sa carrière d’enseignante. Plus on en parlera, mieux ce sera compris.
    Bon w-end, gros bisous de Mireille du Sablon

  5. J’ai vécu le même problème avec mon second fils mais côté parent.
    Il était aussi en internat en Belgique car j’étais seule avec 3 enfants et travaillait à partir de 17 h jusqu’au lendemain 10 h.
    Son arrivée en France a été catastrophique quand il a rejoint l’enseignement « normal ».
    Pas de possibilité de dialogue pendant un trimestre. Il a fallu que je squatte le bureau du directeur tous les jours pour finir par avoir un entretien avec lui, l’infirmière, la CPE et l’enseignant.
    Il a aussi suivi un apprentissage en boulangerie mais sans réussite au final. Ses patrons méritent une médaille. J’étais appelée à la boulangerie chaque semaine au minimum une fois.
    Il vient de suivre une formation en métallerie aussi sans réussite.
    Il vit en couple mais crie au secours très fréquemment et a toujours aussi difficile de se concentrer et de se tenir à quelque chose.
    Pas évident de vivre avec ce handicap tant pour lui que pour moi qui suis souvent inquiète pour son avenir.

  6. J’ai connu, enfin je dirais que j’ai plutôt subi, un enfant présenté comme hyperactif. En fait son problème était ailleurs, il traînait depuis des années un retard de communication suite à un problème très simple soigné trop tard. Enfin peu importe, toujours est-il que les effets sur la classe étaient les mêmes que ceux que tu décris pour ton élève: perturbations multiples, renvois quotidiens, etc, jusqu’au jour où il a été mis sous Ritaline: il est devenu complètement éteint et amorphe, c’était reposant mais je dois sire qu’il faisait vraiment pitié. Son traitement était non seulement inadapté (dans son cas et connaissant sa famille un bon coup de pied au cul aurait été pus indiqué pour cet enfant gâté) mais en outre certainement mal dosé, bref une catastrophe. Aujourd’hui majeur il se traîne de stages et formations et n’arrive jamais à rester chez un patron car il n’a jamais appris la discipline et maintenant c’est trop tard. Quel rapport avec ton article me diras-tu? La Ritaline est un médicament sans doute salvateur mais ne souffre pas d’approximation dans son application. Et pour ce qui est de l’apprentissage avant 16 ans c’est en effet un autre débat qu’il est plus qu’urgent d’ouvrir sérieusement.

  7. L’une de mes meilleures amies est éducatrice spécialisée avec des enfants plus jeunes que tes élèves et avec beaucoup plus de soucis de santé. Les siens aussi sont sous Ritaline, quasi tous, en général sous forme de cocktails pour estomper les effets indésirables de tel ou tel médicament. Il y en a certains qui ont une véritable camisole chimique, mais passons…
    Si dans ta vie de prof tu es de nouveau confrontée à une maladie peu connue, tu peux sûrement t’inspirer de certaines méthodes éducatives utilisées en milieu adapté. Il suffit de voir avec un éduc ou un instit spé et ça te permettra de faire évoluer ta manière de travail pour l’élève, pour la classe mais aussi pour toi. Parfois, il y a des astuces à la con qui marchent bien, comme découper le temps de travail au rythme de la concentration du gamin. Il y a aussi les renforçateurs qui peuvent aider: un bravo, une bonne note, un encouragement, voir un bonbon… (les renforçateurs marchent aussi sur tout le monde!)
    Dernier point de mon commentaire, je trouve chouette que tu en parles sur ton blog, parce que oui, c’est souvent méconnu et qu’il faut en parler. Mais le must, c’est que ton élève ait pu partager sa maladie avec ses camarades. Je trouve que c’est bénéfique pour tout le monde: pour ton élève qui a pu donner des explications, pour les autres élèves qui apprennent un peu plus la tolérance et pour la classe qui a du être un peu plus solidaire.

  8. Maman d’un garçon de 7 ans diagnostiqué tdah et médicamenté….merci. Merci pour votre article et votre réaction par rapport à cet élève. Mon fils est actuellement en CE1 et nous avons déjà rencontrés de nombreux soucis à l’école. Heureusement de nombreux enseignants et directeurs d’école sont à l’écoute mais nous avons également combattu les préjugés. Les enfants tdah sont souvent très sensibles et le soutien de leur instituteur est vraiment important.

    1. De rien. J’écris sur mon expérience. Mais je me suis documentée, je me suis déplacée à des réunions parce que j’étais curieuse de l’aide à apporter à ces enfants. L’Education nationale ne nous forme pas, ne nous propose pas de documentation, c’est toujours à nous, profs, d’aller chercher les infos. Alors si les profs ne sont pas motivés, ou s’ils ne savent pas ce qu’est le TDAH, ils ne pourront pas aider les élèves. Or, ces enfants ont vraiment besoin d’aide, mais aussi d’apprendre à être autonomes et à se prendre en main bien plus vite que les autres. Pas facile pour eux ni pour leur famille.
      Merci pour votre message.

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