Fin janvier, un jeudi après-midi, alors que je n’avais pas cours et pas de travail personnel (ce qui est rare), j’ai enfin pris le temps de lire Le Consentement, de Vanessa Springora publié chez Grasset.

4e de couverture :

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
«  Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence  : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora livre ce texte fulgurant, d’une sidérante lucidité, écrit dans une langue remarquable. Elle y dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l’ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse. Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.

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J’avais acheté le livre à sa sortie, il m’a fallu trois semaines avant d’enfin l’ouvrir. Mais je voulais le lire tranquillement. Y consacrer le temps qu’il méritait.
J’ai voulu lire ce livre pas par voyeurisme mais parce que, pour une fois, c’est la victime qui donne sa version des faits, qui parle de l’emprise que le prédateur exerçait sur elle et qui se réapproprie son histoire.
Je me suis demandé pourquoi elle n’avait pas donné pour titre à son roman autobiographique « l’emprise ». Parce que c’est vraiment ce mot qui s’impose au fil des pages. L’emprise de G.M., 50 ans, sur V., 14 ans.
Et puis, on comprend le choix du titre quand l’autrice explique avoir mis beaucoup de temps à se considérer comme une victime car le processus de manipulation psychique l’avait amenée à croire qu’elle avait été consentante bien qu’en dessous de la majorité sexuelle. Et c’est bien ça le problème, l’illusion de consentement. L’illusion d’avoir été consentante parce que la société l’était, sa mère aussi. L’illusion d’avoir été consentante parce qu’à 14 ans, elle admirait cet homme.

Elle ouvre la voie à une vraie réflexion : une jeune fille de 14 ans est encore une enfant. Elle peut avoir un coup de coeur pour un adulte, c’est normal, banal, classique. MAIS le problème, c’est qu’un homme adulte, de 50 ans comme ici, abuse de son pouvoir, de son aura, de son autorité, pour abuser d’une enfant. Et oui, dans les années 70, c’était déjà interdit par la loi, même si « dans le milieu », on fermait les yeux.

Combien d’enfants, d’adolescentes ont été abusées par des adultes ?

C’est un livre que je vous recommande, l’autrice signe un très poignant roman autobiographique. C’est un livre intéressant parce qu’il ne fait pas dans le voyeurisme ni dans le misérabilisme, elle ne se victimise pas, elle décrit et analyse l’époque, la situation, les faits avec du recul. Son écriture est simple et efficace. Son témoignage est poignant.