Hier soir, j’ai cherché LA photo de Mamoune. Celle qui montrerait à quel point elle était belle, à quel point ses yeux bleus et son sourire étaient magnifiques pour la publier sur Instagram et sur Facebook. Parce que j’ai besoin de partager ce douloureux anniversaire et de montrer la femme formidable qu’elle était. Paradoxal. Montrer le meilleur et la douleur en même temps. Et puis, par hasard, j’ai trouvé ces deux photos, prises en février 2016. Pas besoin de voir le bleu de ses yeux, le rose de ses lèvres. La façon dont elle regarde cette chatte résume Mamoune : elle regardait le monde avec amour, comme elle regarde Minette, comme elle regardait tous les êtres vivants, avec bienveillance, avec bonté.

Aujourd’hui, à 14 heures, ça a fait un an qu’elle a refermé ses beaux yeux bleus, qu’elle ne sourit plus que sur le papier glacé et dans la mémoire de ceux qui l’ont aimée.

Un an. Déjà. Enfin.

Cette année est passée très vite. Je peux me refaire le film de cette journée du 14 août 2018 en boucle. Je me souviens de tout. Par contre, j’ai oublié pas mal de choses de cette année qui a filé à grande vitesse. Je l’ai vécue comme en apnée. J’ai oublié de respirer, je me suis noyée sous le travail, dans les projets, dans une vie trop remplie pour ne pas penser, ne pas craquer.

Ne pas m’effondrer.

Cette année, j’ai vieilli. Physiquement. J’ai beaucoup de cheveux blancs, ils sont arrivés d’un seul coup ; davantage de rides, qui sont apparues avec les cernes. J’ai aussi pris beaucoup de poids. Mais je n’ai pas l’impression d’avoir grandi. On dit souvent que le deuil permet de mûrir. J’ai plutôt l’impression d’avoir régressé. D’être une petite fille perdue sans sa maman.

Aujourd’hui, j’ai allumé une bougie, mon rituel le 14 de chaque mois. Parce que ça me permet de visualiser. Et que ça permet aussi à Bichette de s’exprimer. Demain, nous irons mettre un cierge dans une église, notre petit rituel, à la demande de Bichette, quand nous en visitons une. Nous l’avons fait à Vichy pendant les vacances.

Mamoune me manque terriblement. J’ai encore souvent envie de l’appeler pour lui demander conseil, pour lui raconter ceci ou cela. Je me suis effondrée pendant les vacances, parce que je voulais l’appeler pour m’aider à régler un problème.

Hier, mon téléphone est parti en réparation. Je vais certainement perdre tous ses SMS. Tous ses messages. Je me dis que ce sera peut-être l’occasion d’avancer. De changer de page. Une page blanche.

Il paraît qu’il y a des étapes dans le deuil. Franchement, je ne sais pas du tout où j’en suis. J’ai l’impression de ne pas avoir avancé, je n’ai toujours pas digéré l’injustice de sa mort et ça me tord le ventre. J’imagine qu’un jour ça ira mieux…