Entre mon corps et moi, c’est une histoire compliquée.

Quand j’étais enfant, j’étais grande et maigre. De Laurel, je suis passée à Hardy. J’ai arrêté de grandir entre la 5ème et la 4ème, quand j’ai été réglée. Et j’ai commencé à élargir un peu. L’adolescence est une période difficile. Surtout pour une jeune fille qui ne mangeait presque pas, qui était très difficile et qui, de moineau est devenue oie. Je ne sais plus vraiment à quel moment j’ai commencé à me gaver,  mais mes troubles du comportement alimentaire ne m’ont pas aidée à apprivoiser ce corps qui changeait.

Pendant ma première grossesse, j’ai pris beaucoup de poids, que je n’ai réussi à perdre qu’après la naissance de mon deuxième enfant. Mais avec le décès de Mamoune, les kilos envolés sont revenus. Aujourd’hui, le chiffre sur la balance est stable mais bien au-dessus de mon poids de forme. Je me sens lourde, handicapée dans ma vie quotidienne par un corps que je traîne comme un boulet.

Je suis très critique avec mon corps et je ne peux pas me regarder dans un miroir sans détester ce que j’y vois.

Je n’ai qu’un corps, je devrais certainement l’aimer comme il est. Mais ça m’est impossible. J’ai appris à accepter mes poils, mes cheveux blancs, j’aime mes vergetures qui me rappellent combien ce corps a été fort et capable de créer la vie, de nourri la vie, j’aime mes rides qui sont une trace du temps qui passe, de mes joies et de mes peines. Mais mon corps, mon ventre flasque, mes cuisses qui se touchent, mes seins qui tombent, non, je ne peux pas.

On me dit, quand j’en parle que, quand même, il y a pire. Et alors ? Je ne suis pas les autres. Certaines se trouvent trop maigres, d’autres aiment leurs rondeurs. Pas moi.

Est-ce que je l’aimerai davantage quand j’aurai éliminé ces 12 kilos de trop ? Est-ce qu’enfin je serai en paix avec lui ? Je ne sais pas. Qu’est-ce que ça changera ? Changerais-je de regard sur moi ? Je ne sais pas.

Je ne sais pas si je serai un jour satisfaite. Mais je n’arrive pas à m’accepter comme ça et ça le pèse. C’est le cas de le dire.

Alors, oui, mon corps a fait des choses formidables, il a porté deux grands et gros bébés, il les a fait naître, les a nourris, les a portés, il est capable de courir 6 kilomètres. Mais il n’est pas capable de pallier les troubles de mon esprit.

Merci, mon corps, de m’avoir permis de faire tout ça. Je suis désolée de ne pas t’aimer autant que tu le mériterais. Je vais travailler sur ça pour enfin, un jour, être fière de toi. La route est longue, sois patient.

C’était mon billet pour le 10 du mois d’Egalimère. J’étais partie dur un tout autre sujet mais je crois que ces mots devaient sortir.

Mon corps et moi… Et votre corps et vous, comment ça va ?

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