En ce mercredi 5 juin, je me suis réveillée trop tôt, le ciel était gris. Bref, la journée commençait mal. Les enfants se sont réveillés, ont demandé la tétée ou le petit-déjeuner, je me suis fait un thermos de thé. Rien de bien excitant.

Et puis, j’ai vu, sur le banc, au milieu d’une pile de courrier, entassée par le Conquérant, une grosse enveloppe. Le livre que j’attendais était là, à m’attendre à son tour. J’ai ouvert le paquet et je me suis retenue de crier de joie. C’était un peu Noël ce matin-là : j’avais entre les mains le premier roman, dédicacé qui plus est, de Marion McGuinness. 

Après avoir savouré ma lecture, j’ai eu envie de vous donner mon avis.

4ème de couverture :

A 31 ans, Elise se considère déjà comme une femme périmée. Quelle idée saugrenue a eu son mari de mourir aussi subitement que silencieusement, un an plus tôt, alors qu’elle grossissait de leur premier enfant ? Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui le tient en vie, ou presque. Ses contacts avec le réel se limitent à supporter sa mère sans s’énerver, ou à savourer des chocolats avec sa vieille voisine, Manou. Quand celle-ci lui tend les clés de sa maison de vacances sur la côte atlantique, lui intimant l’ordre de délocaliser sa tristesse, cette sous-vie s’accélère. Là où l’air lui semble plus respirable, ses rencontres avec Monique, voisine radieuse, et Clément, petit-fils envahissant de Manou, vont effriter les murs qu’elle a érigés autour d’elle pour survivre. Et si pour faire le deuil de l’amour et d’une vie toute écrite, il fallait se confronter aux deuils des autres ? Entre passé et présent, les histoires s’entremêlent et dessinent une autre vie possible.

Comme d’habitude, j’avais mon co-lecteur de compèt pour m’accompagner dans ma lecture.

Mon avis :

L’histoire d’Elise, qui a perdu son mari alors qu’elle attendait leur premier enfant m’a d’abord fait penser au roman d’Agnès-Martin-Lugand Les Gens heureux lisent et boivent du café, que j’ai lu récemment et que j’avais beaucoup aimé. Oui, en ce moment, je lis beaucoup de romans qui parlent du deuil. Peut-être en ai-je besoin pour faire celui des femmes qui m’ont quittées il y a quelques mois. Mais la comparaison s’arrête là. Elise n’a pas perdu son enfant. Il a grandi en elle malgré la mort de son père et il est tout ce qui raccroche Elise à la vie, dans son deuil devenu routinier : depuis le coup de téléphone de l’hôpital Sainte-Claire qui lui a annoncé la terrible nouvelle, Elise décide que, désormais, « elle survivrait pour son fils, mais ne vivrait plus pour elle ».

La voisine d’Elise, Manou, veuve également, avec qui elle déguste des chocolats lors de ses visites régulières, a d’autres projets pour elle : elle lui confie les clés de sa vieille maison de vacances à Pornic. Elise accepte, sans grande conviction : « Et si pour cela, elle devait se délocaliser dans un autre département, une autre région ou même une autre vie – elle le ferait ! Elle partirait ».

Les descriptions de Pornic et de la maison familiale du Sel sont dépaysantes, j’ai été embarquée dans cet endroit que j’aime beaucoup : « De loin, la mer n’était pas seulement bleue, comme on le racontait dans les imagiers pour enfants. Rien n’était aussi simple. Autour des rochers dressés, l’eau semblait brune, mais là où on pouvait encore apercevoir la couleur du sable, elle se parait d’une profonde transparence. Et partout ces infinis bleu turquoise, du plus clair au plus foncé, jaillissant du contraste des vagues sous le soleil. Chaque jour était pareil et tout était différent ».

J’ai savouré ce roman. J’ai pris mon temps pour le lire, je me suis forcée à le fermer, le soir, pour garder Elise, Ian, Manou, Clément et les autres avec moi. Pour rester à Pornic un peu plus longtemps, pour égarer ma propre tristesse avec eux. Parce que tous ces personnages ont un point commun, que je partage avec eux : ils ont perdu un ou des êtres proches. Et le deuil, la mort, le décès d’un ou des êtres chers les a détruits et, paradoxalement, construits.

« S’il y avait une chose qu’Elise avait comprise depuis un an, c’est qu’il ne fallait rien remettre au lendemain, car on n’était jamais sûr qu’il y en ait un, ni même un tout à l’heure, à plus tard on se rappelle.

L’important ne supportait pas l’attente, et pouvait vite métastaser en regrets, en remords, en j’aurais dû et si j’avais su. »

Dans ce premier roman, Marion évoque le deuil, l’amour, la reconstruction personnelle et les relations familiales. Sa plume est fluide et délicate, toujours juste, les personnages sont attachants, les lieux dépaysants. L’histoire est parfois un peu prévisible mais elle prend une profondeur au fil des pages.

J’ai vécu un peu avec Elise et j’ai retenu les leçons de Manou : « Le bonheur, tu sais, ça ne se trouve pas. Ça se décide. »

Lâche ce livre, humaine et occupe-toi de moi !

« J’ai appris deux choses tout au long de ma vie : repasser ses vêtements ça ne sert à rien, et, surtout, il y a plus effrayant que mourir : c’est rater sa vie. Il y a tant de chocolats que tu n’as pas goûtés. »

Le roman, même plusieurs jours après l’avoir fermé, me trottait encore dans la tête. J’ai eu du mal à quitter Elise, Ian et Clément. Mon conjoint considère que ce genre de littérature c’est plutôt pour des lectrices, parce que c’est plein de pas toujours bons sentiments. Mais il en faut pour tous les goûts et j’’ai aimé goûter ce chocolat.

*

Je remercie Marion McGuinness et les Editions Eyrolles de m’avoir permis de lire ce roman juste avant sa sortie en librairie.

Egarer la tristesse, premier roman de Marion Mac Guinness, paru le 6 juin 2019.

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