Depuis mardi, je lis partout sur le net que tout cet argent que les riches donnent pour restaurer Notre-Dame de Paris, c’est indécent. Tout cet argent qui dort dans le portefeuille les riches, quelle indécence ! On pourrait sauver « nos » pauvres, « nos » SDF, on pourrait sauver « nos » écoles, donner de l’argent à « nos » hôpitaux et cetera, et cetera.

Alors moi, je vais vous dire ce que c’est pour moi, l’indécence.

L’indécence, c’est partager ce genre de publication alors que, soi-même, on ne lève jamais le petit doigt pour aider autrui.
L’indécence, c’est se souvenir qu’il y a des pauvres en France quand des migrants débarquent, après un difficile voyage en mer et qu’on lit partout qu’il faudrait d’abord aider « nos » SDF, comme s’ils nous appartenaient, avant d’aider des étrangers. Comme si les vies de nos compatriotes, que nous ignorions jusque-là, valaient soudainement plus que celles de familles fuyant la guerre, la violence, la misère.
L’indécence, c’est de faire la morale aux autres alors que soi-même on passe devant une main tendue sans la regarder. Alors qu’on ne répond même pas au « bonjour » d’une personne à la rue, alors qu’on ne lui donne même pas un bout de pain, quelques centimes ou même un sourire. Juste un sourire. C’est gratuit, ça ne coûte rien, mais ça humanise, ça peur illuminer la journée de celui ou celle qui demande l’aumône. Alors qu’on refuse une cigarette à un SDF « Ah non, j’en ai plus, désolé » et qu’on s’en grille une quelques mètres plus loin, quand on n’est plus à portée de vue.
L’indécence, c’est ne pas aider sa propre famille alors qu’on on sait que sa sœur, par exemple, élève seule 3, 4 ou 5 enfants, qu’elle gagne un smic, ne touche pas de pension alimentaire ou si peu, ne mange pas à sa faim tous les midi ou saute des repas pour que ses enfants aient à manger, qu’elle ne sort jamais, que les enfants ne font aucune sortie culturelle ni musée ni théâtre, ni cinéma parce que c’est un budget que la famille n’a pas, et ne pas lui tendre la main, ne pas lui demander si elle va bien mais au contraire lui téléphoner pour se plaindre que ça va pas avec sa femme, son mari, ses enfants.
L’indécence c’est critiquer les autres alors que soi-même on fait rien.
L’indécence, c’est se permettre de dire à une personne qui donne de l’argent pour une cause « ah mais oui mais tu donnes pour les animaux, mais il y a vachement plus important, tu devrais donner aux SDF, tu devrais donner pour les femmes battues et cetera » alors que soi-même on fait rien, on donne pas un centime, on ne donne pas une minute de son temps.
L’indécence, c’est quand on oppose les causes à soutenir (j’en parlais ici : https://lesmotsdekiara.wordpress.com/2019/04/16/notre-dame-lemotion-et-les-polemiques).
L’indecence, c’est quand on se souvient qu’on a une planète en danger quand une cathédrale brûle mais que le reste du temps, on jette ses mégots par terre, on ne réduit pas sa consommation de plastiques, on ne cherche pas d’alternatives non polluantes aux objets du quotidien.
L’indécence, c’est mettre un smiley qui pleure sous une photo d’orang-outan mourant d’avoir perdu sa forêt indonésienne tout en savourant une pâte à tartiner ou des chocolats pleins d’huile de palme parce que « c’est trop bon ».
L’indécence, c’est cette impudeur qu’on entend dans la rue, qu’on lit sur les blogs, sur les réseaux sociaux.
L’indécence, c’est ce tweet du Ministre de l’éducation nationale, quand on sait ce qu’il est en train de faire aux lycées professionnels avec sa reforme.
L’indécence, c’est dire que si on était un syrien, on serait resté dans son pays pour se battre. Alors qu’on est tranquillement installé, en France, dans son fauteuil.
L’indécence, c’est dire qu’il faudrait une « bonne guerre » en France ou en Europe pour faire bouger « tout ça » alors que ses propres parents ont vécu la guerre et ne voudraient pas que les générations futures la connaissent aussi.
Avant de crier à l’indécence d’autrui, vérifions que nous-mêmes ne sommes pas indécents.
L’indécence n’est pas réservée aux riches.