« Moi, je pense à l’avenir de mes enfants »

C’est ce qu’on m’a répondu quand j’ai osé dire que je ne soutenais pas les blocages du 17 novembre contre la taxation des carburants.

« Mais ça va impacter ton pouvoir d’achat ! Et tu acceptes ça ? »

Alors.

Non, ça ne va pas impacter mon pouvoir d’achat. Parce que je circule à vélo. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige (bon, ok, c’est arrivé une fois en 4 années ici), je pédale pour aller faire mes courses, pour emmener les enfants chez l’assistante maternelle, à l’école, à la danse, chez les copines, pour aller au boulot. Donc je ne connais pas le prix de l’essence.

Alors.

Oui, c’est un choix. On a choisi d’habiter à moins de 5 km du centre d’une petite ville. Je comprends que les personnes qui habitent en pleine campagne aient besoin de leur voiture.

Mais.

Depuis des décennies (je crois que je n’étais née qu’on en parlait déjà), on sait que le pétrole se raréfie et qu’un jour on n’en aura plus. Et comme ce qui est rare est cher, bientôt, un litre de gazole coûtera aussi cher qu’une création de grand couturier. On le sait. On ne le découvre pas. Les ressources de la Terre ne sont pas inépuisables !

Et pourtant.

Pourtant, 78 % des français sont contre la taxe pollution sur le carburant.

Je comprends bien tous ces gens qui veulent pouvoir continuer à polluer pour pas cher. C’est tellement confortable de s’asseoir au volant de sa voiture, d’être assis au chaud, de démarrer et d’arriver à destination quelques minutes plus tard.  C’est tellement confortable. Même pour un trajet de 800 m. Oui. Même.

80 % des français prennent leur voiture pour faire des trajets de moins d’1 km. Comme nos anciens voisins qui allaient acheter leur pain en voiture. 780 m à parcourir.

Alors quand le prix des carburants augmente à la pompe, on s’organise. On n’a pas de pétrole, mais on a des idées.

On ne s’organise pas pour réfléchir à des moyens pour moins utiliser la voiture. Non. On ne se réunit pas pour trouver des idées pour réduire la pollution. Non. On ne manifeste pas pour que les villes développent transports en commun et pistes cyclables. Non. On se réunit pour bloquer le pays.

On n’a pas de pétrole mais on a des gilets jaunes. Ça tombe bien, on en a tous un, puisque c’est obligatoire dans les voitures.

Et si on bloquait le pays ? Et si on faisait des opérations escargot ? Ah ouais, excellente idée ! On va faire le plein et le vider en roulant au pas, on va polluer pour continuer à avoir le droit de polluer gratis.

Je ne comprends pas mes compatriotes.

Nous savons tous que la planète est en danger. Qu’il est urgent de la protéger. Que le réchauffement climatique n’est plus un mythe. Que ça urge ! Et que faisons-nous ? On met un gilet jaune contre le pare-brise (ce qui est aussi utile que de mettre un coeur sur facebook contre le cancer du sein). Bon, remarquez, on interdit bien à la télé les spots qui dénoncent la destruction des habitats des orang-outangs pour continuer à vendre du Nutella, des Ferrero rochers, de l’huile de palme à volonté. On condamne les violences dans les abattoirs mais on continue à savourer son entrecôte. On se plaint que les petites boutiques ferment mais on se rue au supermarché. Donc on n’est plus à ça près… Dissonance cognitive, ça s’appelle.

On est tous d’accord avec l’expression « pollueurs-payeurs ». Quand ça s’applique aux entreprises. Parce que quand ça s’applique à nous, on grince des dents (bon, si on fait payer les compagnies pétrolières avec une taxe pollution, ne rêvez pas, le prix des carburants augmentera aussi).

Je suis contre le blocage. Parce qu’on ne bloque pas des gens, des travailleurs, des pompiers, des infirmières, des familles, un pays.

Je suis pour les manifestations (bon, ça revient aussi souvent à bloquer un centre-ville).

Je suis contre les opérations escargot. Parce que rouler au pas, ça pollue aussi.

Je suis contre les lâchers de ballons (je n’ai jamais compris pourquoi on faisait s’envoler des ballons de baudruche qui vont aller polluer la nature) (oui, bon, là, je suis un peu hors-sujet).

MAIS

Je suis pour le gilet jaune. Que je porte sur le dos. « Pour que les gens y te voient », dit Bichette. Pour que les automobilistes me repèrent de loin. Pour qu’ils ne me renversent pas. Parce qu’ils me collent à la carriole. Je les sens bien s’impatienter, je les imagine pester, râler, je les vois bien essayer de doubler même quand ce n’est pas possible.

Je suis pour les opérations escargot à vélo. En plus, ça fonctionne très bien, j’en fais l’expérience quotidiennement. Toute l’année. Je ne proteste pas, j’essaie juste de circuler avec mon moyen de transport.

Je suis pour les manifestations pour réclamer des mesures pour le climat, pour sauver la planète. Et je serais pour que les automobilistes manifestent avec nous, cyclistes, pour demander davantage de pistes sécurisées.

*

Qu’on ne me dise pas qu’en n’allant pas bloquer les entrées de ma ville contre les prix à la pompe, je ne pense pas à l’avenir de mes enfants. Je pense à l’avenir de mes enfants. Chaque jour. Notamment en consommant moins mais mieux. Et en leur montrant que circuler à vélo c’est sympa (ils adorent ça !).

*

C’est mon avis. Je ne vous l’impose pas. Je l’exprime juste.

Je suis contre le blocage du 17 novembre mais pas contre les personnes qui manifestent.

 

 

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