Hier matin, mes élèves, en travaux de groupes, faisaient beaucoup de bruit. Je leur ai demandé de se calmer une première fois. J’ai mis un peu de musique classique. D’habitude ça fonctionne. Je leur ai demandé de se calmer une deuxième fois, en leur rappelant que si nous n’entendons plus la musique, c’est que nous sommes trop bruyants. Puis, la troisième fois, je me suis énervée. Parce qu’on ne peut pas travailler dans un bruit pareil. Stop, ça suffit.

Et puis, on a frappé à la porte. C’était ma collègue. Oui, CETTE collègue (celle qui m’a poussée doucement vers le burn-out en 2016). Qui venait nous dire que nous faisions trop de bruit (Ah bon, je ne le savais pas).
Les élèves ont halluciné (Au moins, ils se sont tus). Elle vient au moins une fois par semaine dans ma classe, même si on ne fait pas trop de bruit, juste pour me faire comprendre que je ne sais pas faire respecter le calme (étonnamment, elle ne doit pas s’entendre hurler, ni entendre le bruit que font certaines de ses classes).
A la fin de l’heure, je suis montée en salle des profs où elle m’a dit, devant tous nos collègues et le chef d’établissement (tant qu’à faire, quitte à me descendre, autant le faire correctement), que c’était « vraiment trop le bazar dans la classe, qu’on ne peut pas travailler à côté d’un bruit pareil ».
Après la récré, mes latinistes sont passées me dire que c’était pendant leur cours avec ma collègue, qu’elle avait soupiré, qu’elle etait devenue rouge de colère avant de venir défoncer frapper à ma porte. Et qu’elles étaient désolées pour moi (depuis quand des élèves s’excusent du comportement de leur prof ?) et que c’était quand même du harcèlement. Du harcèlement. Oui, c’est ça. Elles ont trouvé le mot. C’est ce que je subis depuis 3 ans.
Alors, à la pause de cet après-midi, en salle des profs, je suis allée voir ma collègue et je l’ai remerciée chaleureusement d’être venue calmer mes élèves. Je l’ai assurée que je n’hésiterai pas à faire de même quand elle en aura besoin, étant donné qu’elle a aussi des classes très bruyantes. Elle n’a pas su quoi dire.
Mais ce que ça fait du bien de la remettre un peu à sa place. Petit à petit, j’ose dire les choses. Je ne me ferai plus bouffer.

Publicités