Tes petits-enfants que tu ne verras pas grandir

Chère Mamoune,

le temps passe et je me rends compte que tu ne verras pas tes petits-enfants grandir. Tu ne verras pas Bichette devenir jeune fille puis femme, tu ne verras pas Doudou devenir petit garçon puis jeune homme et adulte. Tu ne nous verras pas vieillir. Tu sais, je commence à avoir les mêmes rides que toi autour des yeux. Celles qui te rendaient si jolie. Celles qui faisaient des soleils autour de tes iris bleus.

Le temps passe et j’ai pourtant toujours ce besoin de t’envoyer des SMS pour te raconter les petits progrès des enfants, pour te montrer leurs jolies bouilles, pour te conter leurs « expériences ». J’ai toujours aimé partager ces petits moments avec toi. Tu me répondais toujours avec enthousiasme, même si parfois je devais t’ennuyer avec mes petits bonheurs. Tu ne me l’as jamais fait sentir.

Le temps passe et je ne pourrai jamais plus te raconter tout ça. Alors je vais t’écrire pour te le dire.

Depuis dix jours, notre petit garçon a un vocabulaire de plus en plus étendu. Il fait même des phrases ! Il s’est mis à partler d’un seul coup. Un ou deux nouveaux mots par jour. Comme s’il gardait tout en lui et qu’il fallait maintenant que ça sorte.

Sa première phrase a été : « Gnon, a pas dodo ! » Décidément, le sommeil est un sujet épineux chez nous ! Il appelle son père : « Papa où ? Papa pati ? Y est yà papa ? » Il m’appelle aussi : « Où mamôn ? Est yè yà mamôn! »

Ce soir, j’ai mis bien 3 minutes à comprendre mon petit bout qui hurlait « bagna ». Il a fini par me montrer la banane. Ça m’a rappelé sa sœur qui soupirait d’avoir une mère qui ne captait rien. J’ai un problème de décodeur. Mais ça va venir.

Depuis la rentrée, Bichette a bien changé. Elle mange mieux, goûte à de plus nombreux plats, me raconte ce qu’elle a aimé ou non à la cantine. Sa maîtresse nourrit sa soif de découvertes. Elle me raconte avec enthousiasme ses nouveaux apprentissages. Je suis tellement heureuse de la voir s’épanouir.

Dimanche, elle a joué à la maîtresse. Le pauvre G. n’est pas un élève très sage et se faisait remonter les bretelles par une Bichette bien stricte. Je la regardais écrire, donner des consignes, féliciter, gronder… J’ai pensé à toi. Tu m’aurais dit à quel point elle ressemble à la petite fille que j’étais.

Je me rends compte, en écrivant ces mots qu’en vieillissant, je te ressemble davantage, avec ces rides qui encadrent mon regard. Et en même temps, ma fille ressemble à la petite fille que j’étais. Nous transmettons, de génération en génération des petits détails, des petits gestes. Nous avons notre propre (fort) caractère, mais nous avons hérité de notre mère.

Bichette parle souvent de toi. Avec l’innocence de son âge. C’est bien, elle s’exprime facilement. Elle me parle des robes que tu lui as faites, que tu ne lui feras plus. De ta maison, que nous vidons, des éoliennes près de chez toi… Parfois, c’est un peu gênant. Comme lorsqu’une personne est malade et qu’elle lui dit : « Tu vas mourir ? Ma Mamoune était malade et elle est morte ! » Et paf, c’est dit !

Le temps passe. Tu n’es plus là physiquement mais tu es bien présente dans ma vie. Dans nos souvenirs, dans nos pensées, mais aussi dans les jolies choses.

Samedi, alors que nous étions au bord de la mer, sur la côte bretonne que tu aimais tant, j’ai vu des passeroses. J’ai pensé au poème que nous avons trouvé chez toi et que nous avons lu lors de ta cérémonie d’adieu.

Chère Mamoune, le vide est immense, le manque incommensurable. J’ai de plus en plus souvent des coups de blues, les larmes montent sans prévenir. Je commence à réaliser que tu n’es plus là. Que tu ne verras pas les enfants grandir, qu’ils n’auront plus leur Mamoune auprès d’eux. A moi de leur transmettre les souvenirs de la femme merveilleuse que tu es.

Publicités

8 commentaires

  1. L’émotion monte en lisant tes lignes. J’en ai la gorge serrée.
    Tes mots sont l’écho de ce que je ressens pour ma petite mamie avec qui je partageais tant, que j’appelais pour n’importe quelle raison, à qui je me confiais tant. Certes elle est partie en ayant plus sa tête, de vieillesse, ce n’est pas aussi injuste que ce qui t’as arraché ta maman, mais le vide, l’absense est là. Même après plus d’un an et demi je garde le réflexe « tiens, c’est pour mamie ça ! » Et paf je prends la réalité en pleine face.
    Idem avec les enfants. Aelys est moins trash dans ses réflexions maintenant qu’elle grandit mais les « mamie A est morte. Elle est au cimetière. Et toi tu vas mourir aussi ? Tu es vieille et mamie Kouta aussi (ma mère). Et papa ? »
    C’est bien que ta grande en parle ouvertement, la mienne aussi mais qu’est ce que ça fait mal…
    Plein de courage. Le temps allège la peine paraît il, ou du moins on apprend à vivre avec. Je pense que c’est plutôt ça, on apprend à s’y faire, à ce vide, à cette absence, parce que la vie continue malgré tout, pour nos enfants.

    1. Merci pour tes mots.
      Ma grand-mère est morte deux semaines et demi après sa fille. Alors Bichette me parle aussi de Mamie Babette. Elle ne fait plus de réflexion du genre : « Tu es vieille, tu vas mourir aussi ? » Car l’an dernier, le grand-père du Conquérant est décédé et à chaque fois qu’elle croisait une personne âgée elle lui demandait si elle allait bientôt mourir aussi. Donc on lui a expliqué. Mais elle dit à tout le monde « Ma Mamoune est morte. Et ma Mamie aussi. » Quand je pleure elle me demande si c’est parce que Mamoune et Mamie sont mortes.
      Je pense aussi souvent à ma grand-mère, d’autant plus que ma fille lui ressemble. Mais c’est moins dur, sans doute parce que c’est davantage dans l’ordre des choses. Ou parce que la perte de ma mère est plus douloureuse. Je ne sais pas. Mais elles me manquent.

  2. Tu as eu plus qu’énormément d’emotions dernièrement. Il est normal de craquer/pleurer. Tu as tant a faire encore niveau « rangement ».
    Regarde tes enfants, puise dans leur force, énergie positive.
    Parler a ceux qui te manquent est vital aussi. Le temps permettra de mettre un peu de douceur dans tout ca.
    Courage ❤

N'hésitez pas à donner votre avis :

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.