Oui, ma Bichette, j’aime le football. Et je vais te dire pourquoi.

Je crois que j’ai toujours aimé ce sport. C’est le seul sport auquel on joue tous naturellement, dès qu’on sait marcher. Sans avoir conscience de ce que l’on fait. Il suffit de courir après un ballon et de tirer dedans avec les pieds. D’ailleurs, on n’a même pas besoin d’un ballon, on peut y jouer avec une grosse boule de papier. On peut y jouer seul ou à plusieurs. On peut jouer à se faire des passes, à tirer, à marquer. On peut y jouer en équipes, les uns contre les autres. On peut y jouer en salle, ou à l’extérieur. En pleine nuit ou en journée, pas besoin d’un vrai terrain. On peut y jouer dans un club de sport, mais aussi n’importe où. On peut y jouer debout ou avec des aménagements, qu’on soit valide ou invalide, qu’on soit malvoyant ou sourd, aveugle ou en fauteuil. On peut y jouer dès qu’on sait courir jusqu’à ce qu’on ne puisse plus.

J’y ai joué avec mes frères, avec les copains et les copines dans la cour de l’école. J’y ai joué avec mes ami-e-s, sur un bout de pelouse, au camping, dans un champ… Je le regarde à la télé, je suis les matchs de mon équipe favorite. D’ailleurs, ton papa m’a offert le maillot et l’écharpe du SCO. J’ai aussi le port-clés et j’avais le mug, mais il a été brisé dans la chute de notre meuble haut.

J’aime le foot parce qu’il rassemble. Parce qu’on peut jouer ensemble, les uns contre les autres dans un esprit bon enfant. Parce qu’on peut le regarder à la télé, dans le stade, sur un écran géant. Parce qu’on peut se chambrer gentiment, faire des paris, s’amuser. Ton papa et moi ne supportons pas les mêmes équipes, lui le SMC et moi le SCO. Ça nous fait passer de bonnes soirées à jouer les adversaires, le temps de deux mi-temps. C’est pour tout ça que j’aime le foot. Et parce qu’on vibre tou-te-s ensemble.

Malheureusement, je n’apprécie pas tout ce qui tourne autour de ce sport. Je n’aime pas quand il reflète et surtout amplifie ce qui ne va pas dans notre société : quand on s’en prend à l’arbitre, quand on se bat, quand on casse, quand on dégrade, quand on n’est pas fair-play, quand on est homophobe ou raciste. J’ai le vertige quand j’imagine les sommes financières qui circulent dans les hautes sphères. Mais j’aime quand il véhicule de belles valeurs, quand on se respecte, qu’on donne une belle image, qu’on est unis, soudés.

Ma Bichette, hier soir, nous avons regardé le match en famille. Entre ton frère ne cessait de répéter « ballon, ballon », toi qui partais, revenais, demandais « c’est quand que c’est fini », la première mi-temps où les Bleus ont été mauvais, le but contre son camp du croate, les 4 autres buts, l’erreur de Lloris… Tes parents sont passés par tous les états. Et puis il y a eu la joie, la même qu’il y a vingt ans. Je ne sais plus où j’étais ce fameux 12 juillet. Je me souviens juste du bonheur. Je me souviens surtout des matchs regardés avec ma sœur chez ma grand-mère qui ne comprenait rien et qui aimait qu’on lui explique les règles, match après match.

Les Bleus sont Champions du monde. Ils ont gagné ce tournoi car ils y croyaient. Je souhaite que tu retiennes ceci : quand on veut quelque chose, on doit tout faire pour y parvenir. Que ça fonctionne ou non, il faut donner le meilleur de soi, comme ça on n’est jamais déçu.

Alors oui, ce n’est que du foot, il y a des choses plus importantes dans la vie. Mais justement, on en vit tous les jours des choses importantes dans la vie. Des choses graves. Des choses tristes.
Alors ça fait du bien de se réjouir. Ça fait du bien d’être heureux-se. Même pour des choses futiles. Surtout pour des choses futiles.
Ça fait tellement de bien de se réjouir des jolies choses. 
Ça fait tellement de bien d’oublier le quotidien morose.
Bravo les Bleus. Et merci de m’avoir donné de la joie dans cette semaine difficile. 

Hier soir, après le match, je vous ai laissés pour aller à un concert de musique classique. Autre ambiance. Dans la rue, j’ai croisé un groupe de six personnes âgées. Les joues bleu-blanc-rouge, les mains chargées de drapeaux, les bouches pleines de sourires et de rires, de chants. S’il n’y avait qu’une image à retenir de cette soirée, ce serait celle-ci. Le bonheur simple de personnes qui ont vécu une soirée mémorable, entre amis.

Dans un an, la coupe du monde de football féminin aura lieu en France. J’ai envie de t’emmener au stade, à Rennes, de vivre ça avec toi. Si tu en as envie. Parce que, pour moi, c’est ça le foot, le partage.