Bavarder pour combler la vacuité

Je suis bavarde. Je l’ai toujours été. Mon frère, de 5 ans mon aîné, m’a dit avoir subi mes bavardages toute notre enfance. Depuis que j’ai commencé à babiller.

Je n’ai pas changé. Je suis toujours aussi bavarde. Enfin, ça dépend…

Si j’étais une voiture (je serais une FIAT 500 XL, je crois. Beige et Bordeaux – je m’égare), le mode bavardage serait une option. Un bouton sur lequel le conducteur appuierait en cas de besoin. Un peu comme un siège éjectable, mais en moins risqué. Quoique…

J’ai peur du vide. Oh, je n’ai pas le vertige, non. Ce vide-là m’attire. Un jour je sauterai dans le vide. Je sentirai la légèreté de l’air tout autour de moi.

Non, j’ai peur du vide. Du silence. De mon silence. Parce quand je ne parle pas, mon cerveau réfléchit. Et quand il réfléchit, je n’arrive pas à l’arrêter.

En classe, c’est facile. Je parle, j’organise les activités, et même quand je me tais, mon cerveau est programmé pour faire mon boulot de prof : aller voir l’avancée des activités, aider les élèves, donner des conseils. Mais dès qu’il n’est plus en mode travail, il réfléchit. Il part dans tous les sens. Alors je bavarde. Ça le calme.

Je parle de tout et de rien, de la pluie et du beau temps. Du dernier livre lu, des fraises qui poussent dans le jardin. Ça comble. C’est parfait.

Je ne parle pas politique, ni sport, ni sujets de société. Mon cerveau n’aime pas les conflits. Il a peur et se met en alerte rouge.

Quand mon cerveau est mal à l’aise, mais qu’il sent qu’il faut appuyer sur le bouton « bavardages », il fait des blagues. Pas toujours drôles. Pas souvent drôles. C’est son mode survie je crois. « Alerte, alerte, surchauffe ! Il faut détendre l’atmosphère ! » Alors je fais une vanne. J’ai un humour un peu grinçant donc ca passe ou ça casse.  Généralement, ça passe avec les personnes qui me connaissent. On rit et on change de sujet, les cerveaux s’apaisent. On parle de tout et de rien. On comble le vide, pour ne pas penser. Ça marche bien. Jusqu’à ce que le cerveau de quelqu’un s’emballe et se mette à parler sérieusement. Jusqu’à ce qu’on remarque que ce sourire et cette bonne humeur constants sont des masques et qu’on me demande comment je vais et que je me mette à pleurer en pleine AG (ça manque d’action ces rassemblements professionnels, je me dévoue pour y mettre des rebondissements).

Il y a un peu plus de deux ans, juste avant mon burn-out, je suis partie en voyage scolaire. Une de mes collègues m’a fait remarquer que je parlais « tout le temps ». Comme si je ne le savais pas. Et puis, je ne parle pas tout le temps, en tout cas pas quand je dors. Je me suis donc tue tout le reste du voyage. Et ça a été un combat difficile avec mon cerveau. J’allais mal. Très mal. Alors parler de tout et de rien empêchait mon cerveau de tourner en boucle, de penser et de s’écrouler. C’est pourtant ce qu’il a fini par faire quand il n’a plus pu se taire. Il s’est écroulé. Il a beugué. Burn-out.

Les réseaux sociaux, mon Facebook de blogueuse notamment, me servaient à empêcher mon cerveau de tourner en rond. Ça marchait plutôt bien. Lire les problèmes des autres, et relativiser. Mais je n’ai plus envie d’y bavarder. Je passe de plus en plus mon chemin. Je ne commente plus, quand je fais une blague elle n’est pas comprise et ça tourne au vinaigre, quand je donne un avis perso, ou un conseil à une personne qui en demandait, je me demande de quel droit je donne mon avis. Alors je passe mon chemin. Je ne commente plus, je ne dis plus ce qui va ou ne va pas, je ne donne plus mon avis, je passe mon chemin, je n’ai plus envie de bavarder.

Pourquoi j’écris tout ça ? Je ne sais pas. Mon blog est encore mon espace de bavardage. Et pourtant, je n’ai pas l’impression d’avoir parlé de la pluie et du beau temps.

Je ne sais pas si je vais publier. J’ai fait des crêpes alors qu’il fait plus de 30 degres dehors (dévouement maternel) et je pue la sueur (j’ai perdu au moins 10 litres d’eau, pour le moment l’odeur des crêpes couvre celle de mes aisselles). Petit Poisson est encore à la sieste. J’avais besoin  de laisser mon cerveau s’exprimer là où je me sens libre de parler parce que c’est chez moi. Ici.

 

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13 commentaires

  1. Bavarde, moi j’aime bien.
    Moi qui le suis si peu, ça m’arrange d’être avec des bavards,. Je ne sais jamais quoi dire, peur que les gens s’emmerdent avec moi, du coup c’est le bonheur d’avoir des amies bavardes
    ❤❤❤

    1. Moi aussi j’ai peur de souler les gens. C’est ce qui arrive souvent en fait. Mais je peux pas m’empêcher de meubler.

  2. On dit je crois un truc du genre : « Qui se rassemble, s’assemble!! »
    Oui, je me reconnais assez dans ton billet !!
    Pour moi aussi, il s’agite dans tous les sens « mon cerveau, ce petit moi jacasseur », comme l’appellait Mon prof de sophrologie …
    Pour tenter de bonifier, j’ai pris l’abonnement à l’année de l’équipe « Clarity » de Mathieu Ricard (70 euros l’an), des micros méditations via le support de notre choix : portable, ordi…., pour lui et moi, le seul moyen de m’am empirer quand je veux, où je veux, à mon rythme…

    Voilà, c’ était « MA » solution. » à moi.., bisous du soir = espoir !!!

    1. C’est une bonne solution. C’est vrai que quand je faisais du yoga et de la méditation je cogitais moins. Une bonne piste. Merci.

  3. Est-ce spécifique aux enseignants le cerveau qui tourne en boucle ?

    Pour les crêpes, il y avait du caramel au beurre salé ?

    Bises et bonnes vacances 🌴

    1. Je crois que ce n’est pas réservé aux profs !
      Non, pas de caramel au beurre salé mais de la pâte à tartiner maison.
      Bonnes vacances, grosses bises à vous 4.

  4. Bonjour,
    Tu me rassures en fait … je viens de réaliser grâce à toi pourquoi je parle (pour souvent ne rien dire dans mon cas !) tout le temps … pour ne pas cogiter … malheureusement, si je voulais arrêter de cogiter, réfléchir, stresser … (choisis le verbe que tu veux :p) je devrais parler en dormant !!!

    Ah si il y a une chose qu’il faut que je te dise, quand je t’ai rencontrée je n’ai pas eu le sentiment de « bavardages à tort et à travers » venant de toi ou moi mais plutôt d’un partage, un vrai … Je garde un vrai beau souvenir des mots que tu employais pour me parler de « ta » ville ce jour-là …

    Les réseaux sociaux pour moi ne sont qu’un jeu sur lequel je potine mais ne parle pas … il y a une nuance non ? 😉

    Je termine en te disant que ton article m’a fait un bien fou. Je me sens rassurée, merci 🙂

    Bisous et
    vive la Fiat 500 🙂

  5. Moi aussi j’aime les bavardes. Ça fait du bien tout ces mots lâchés, entre filles ou pas. J’ai l’impression que c’est un moyen de faire baisser la pression que je me mets, les émotions qui m’assaillent… Je le fais lors de café avec des copines, mais malgré les nombreux cafés ça ne suffit pas…. Alors je t’ai trouvé, et malgré nos différences et le côté récent de notre rencontre virtuelle, et tu m’as fait du bien. J’ai toujours hâte de te retrouver sur fb.
    Pour moi tu ne bavardes pas à tord et à travers, tu es là jour de vivre (même quand c’est compliqué) ; tu ne critiques pas, tu donnes ton avis; tu soutiens tes amies, tu essayes de rendre le monde un peu plus beau par tes partages de coup de cœur, de moments de vie, de tes découvertes… Alors ne doute pas de toi. Tu es formidable et c’est déjà beaucoup.
    Fais une pause si cela te fait du bien mais reviens nous Stp!

  6. Je suis aussi une grande bavarde. Mais j’ai remarqué qu’avec certaines personnes je pouvais me taire de long moments. Ces personnes là ont toutes le même profil : ce sont généralement des hommes que j’aime beaucoup (pas des amoureux, des amis) et qui sont timides/silencieux par nature.
    Quand je me sens bien avec quelqu’un mon moulin à paroles peut s’arrêter de lui même.
    Avec mon mari, nous sommes deux bavards. Pas pour combler le vide : nous avons tendance à vouloir nous remplir l’un de l’autre 🙂

    1. Mon conjoint et moi sommes bavards tous les deux. Et nos enfants prennent le même chemin… Parfois il me soûle de paroles. Et ma fille aussi. Comme je travaille dans le bruit, c’est dur à supporter. Heureusement, pendant les vacances, je me remplis de ses bavardages !

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