Bébé papillon·Petit poisson

Mon tout petit bébé hospitalisé

Après sa naissance, mon Petit Poisson est resté en peau à peau avec moi pendant deux heures. Nous sommes restés seuls tous les trois, pour faire connaissance. Il a trouvé mon sein et n’a plus voulu le lâcher. Nous étions si bien.

Puis la sage-femme et la puéricultrice sont revenues. Après la pesée et les tests, Petit Poisson a fait du peau à peau contre son papa. On m’a montée dans notre chambre et c’est le Conquérant qui a porté son fils contre lui, sous son tee-shirt. Il l’a gardé une heure contre son cœur avant de devoir aller chercher Bichette chez les voisins où elle avait passé la nuit et la matinée. J’ai alors posé mon Petit Poisson contre moi et je l’ai gardé en peau à peau. Mais sa respiration était très étrange, il « grinçait » et ses petits poumons s’emplissaient et se vidaient bien rapidement. Sa peau était très foncée et lui, de plus en plus fatigué.

A 12h, les sage-femmes sont venues me voir. Je leur ai demandé si la respiration et le grincement étaient normaux. Mais, si elles ont essayé de ne pas le montrer, cela les inquiétait. Elles ont appelé le pédiatre qui est descendu à 14h. Entre temps, elles m’ont demandé de mettre Petit Poisson au sein parce qu’il n’avait pas demandé à téter depuis sa naissance. Mais il avait du mal à boire, il était fatigué et s’endormait.

Lorsque le pédiatre est arrivé, à 14h, il a pris mon Petit Poisson pour l’ausculter. Il m’a parlé de son poids, de mon bébé « macrosome », a fait un test de glycémie tout en écoutant sa respiration. Ces quelques toutes petites minutes m’ont paru bien longues. Puis il m’a dit que mon fils était en détresse respiratoire, qu’il devait le monter immédiatement en pédiatrie et le mettre sous oxygène. Et là, tout s’est emballé…

Dans le service de pédiatrie, mon Petit Poisson a été placé dans une couveuse, on lui a collé des électrodes sur le torse et un capteur sous le pied, pour mesurer son rythme cardiaque, sa respiration, son taux d’oxygène, etc. Avec le masque, sa saturation a tout de suite été meilleure. Le pédiatre ne savait pas ce qui avait causé cette détresse respiratoire. Plusieurs pistes : une malformation pulmonaire, une immaturité des poumons, une bactérie. Comme l’équipe de puériculture n’a pas réussi, malgré de nombreuses tentatives, à poser un cathéter sur les mains de Petit Poisson, l’anesthésiste est monté. J’en ai profité pour téléphoner au Conquérant et lui annoncer que notre fils était malade.

Une radio des poumons a montré de très nombreuses taches, ce qui a inquiété le médecin qui a décidé de le mettre sous antibiotiques et de le faire transférer à Rennes, en réa néonat, aux soins intensifs. J’ai demandé si je pouvais l’accompagner. C’était… compliqué. Pas de place pour une « jeune accouchée ». Pas de place pour une maman à qui on allait arracher son nourrisson. Pas de place… La sage-femme cadre essayait de faire son maximum, sans résultat. Le SAMU allait venir chercher notre fils pour l’emmener loin de moi…

Malgré la peur et la douleur, j’ai tout organisé. Comme je ne pouvais pas être transférée avec notre Petit Poisson et qu’il était impensable qu’il reste seul, le Conquérant allait l’accompagner. Nous ne pouvions le laisser partir seul. Il était si petit. Si fragile. Il fallait donc trouver un accueil pour notre fille pour la nuit, elle a été recueillie par nos voisins. Prévenir la famille pouvait attendre un peu…  je devais profiter de chaque minute passée près de ce petit être malade, que je ne pouvais plus serrer dans mes bras etu qu’on allait m’arracher. Et puis, je n’avais pas le courage de les appeler. Pour leur dire quoi? Nous ne savions pas grand chose. Je ne voulais pas les inquiéter. Je préférais attendre d’en savoir un peu plus.

A 18h, le SAMU est arrivé pour emmener loin de moi mon tout petit garçon. Le médecin a essayé de me rassurer et m’a laissé dire au revoir à notre nouveau-né. Puis il est parti. Le Conquérant l’a suivi en voiture et est resté près de lui. Quant à moi, je suis redescendue dans ma chambre, en maternité. Seule. J’ai fondu en larmes en y entrant. Le berceau vide, le paquet de couches… tout me rappelait l’absence de mon fils. Une auxiliaire puéricultrice m’a entendue et est entrée doucement dans ma chambre. Elle a rapidement compris et a emporté le berceau, caché les couches et ses petites affaires. Le personnel soignant passait régulièrement voir comment j’allais, si j’avais besoin de quelque chose, ou juste de parler… La nuit a été très difficile. Les pleurs des bébés des chambres voisines me réveillaient et me rappelaient l’absence de mon nourrisson, ma solitude, ma douleur.

Pendant ce temps, le Conquérant était auprès de notre fils. Il nous tenait informés de son état de santé, de ses progrès, des résultats médicaux. Il était mon lien avec notre fils.

Les hôpitaux ont travaillé de concert pour me trouver une place. Mais comme cela n’a pas abouti, j’étais prête à quitter la maternité, même contre avis médical, pour retrouver mon fils. Je n’ai pas eu besoin de le dire, la sage-femme cadre l’a bien compris. Comme j’avais eu un accouchement physiologique qui s’était très bien passé, pas de péridurale ni de complications, elle m’a dit qu’ils me préparaient ma sortie. Ils ne le faisaient habituellement pas à J+1 mais elle voyait pas d’autre solution pour que je sois avec mon bébé.

Une collègue et amie m’a proposé de prendre Bichette chez elle pour la nuit et de m’emmener à Rennes. J’ai bien sûr accepté. Elle a été formidable. Ma fille a pu voir son petit frère, sans l’approcher de trop près, sans faire de bruit… quelle frustration pour elle! Et pour moi… j’avais tant rêvé, fantasmé cette rencontré entre mes enfants, ce moment unique…

Quand mon amie est partie avec Bichette, la puéricultrice m’a proposé de mettre bébé au sein. Une première depuis 36 heures. Il a tété mais se fatiguait tout de même assez rapidement. Mais ce n’était pas grave, nous étions ensemble. Enfin réunis. Puis le Conquérant a installé mon lit de camp et il est parti dormir chez nous. Je suis restée avec mon Petit Poisson pendant deux jours en soins courants. Puis, quand son état a été stable et même meilleur, nous avons eu le feu vert pour un transfert dans le service de pédiatrie près de chez nous. Comme Petit Poisson a fait une jaunisse, il a été placé sous lampes (histoire de se faire beau avant de partir).

Nous sommes rentrés « chez nous »… nous avons été transférés ensemble, cette fois-ci. Et nous avons passé une semaine dans le service de pédiatrie. Les parents du Conquérant et Mamoune sont venus s’occuper de Bichette car il avait repris le travail. J’ai pu enfin m’occuper sereinement de mon fils et créer un vrai lien mère-fils. Il recevait son traitement antibiotique deux fois par jour et le pédiatre venait quotidiennement vérifier que son état s’améliorait. Bichette venait chaque jour après l’école voir son petit frère. Au début, elle n’avait pas le droit de s’approcher trop près ni de le toucher. C’était difficile pour elle. Puis comme il allait de mieux en mieux, elle a eu l’autorisation de le câliner et de l’embrasser.

 

Après ces dix jours passés dans différents hôpitaux et services, nous avons enfin pu rentrer chez nous et commencer notre nouvelle vie à 4. Nous sommes retournés en pédiatrie une semaine plus tard pour une visite de contrôle. Les équipes soignantes étaient ravies de nous revoir dans ces conditions. Et de voir un Petit Poisson qui se portait comme un charme!

*

Les débuts de ce Petit Poisson ont été difficiles. Nous avons été séparés seulement quelques heures après sa naissance. J’ai eu l’impression qu’on m’arrachait mon fils. Je me suis sentie si seule, si vide… mon ventre était vide et mes bras aussi…

J’ai eu peur pour mon Petit Poisson, mais je devais tenir le coup, pour lui. Je savais au fond de moi que tout irait bien, que notre fils était un battant ! J’ai eu peur aussi que le lien soit difficile à construire entre nous. Mais sa naissance si merveilleuse et les heures de peau à peau avec cette première tétée avaient déjà créé ce lien si particulier qui existe entre une mère et son enfant. Et nos retrouvailles ont réparé ce qui avait été déchiré, ce manque, ces premières heures si importantes qu’on nous a volées.

Aujourd’hui, tout est réparé. Petit Poisson va bien et nous avons créé un lien fort.

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12 réflexions au sujet de « Mon tout petit bébé hospitalisé »

  1. Comme cette situation a du être difficile ! Je n’ose pas imaginer qi on m’avait enlevé mes bébés quelques jheures après leru naissance!
    Bravo à vous tous d’avoir si bien pu gérer, pour le meilleur.
    Et finalement, ils ont trouvé que qu’avait votre petit bout de chou ?

  2. Holala quelle aventure. Je n ose même pas imaginer ce que tu as ressenti 😞. Cela a dû être difficile pour vous 4. Heureusement que tout se finit bien et que tu as pu créer un lien avec ton fils.

  3. Que de durs moments qui se finissent bien, ça me rappelle mon petit fils qui est en réa néo-nat depuis sa naissance (le 2 décembre) ce n’est pas facile pour lui, pour les parents et pour sa grande soeur….bisous

  4. Voir son bébé malade et en plus si tôt après la naissance et ne pouvoir être là c’est dur. J’ai vécu des moments difficiles aussi avec Joel petit bébé de 6 mois, lui c’était un reflux qui ne se remarquait pas, et encombrement des bronches, du mal à têter et d’un coup tout bleu, plus d’oxygène qui passait dans les poumons et manoeuvre d’Heimlinch sans réfléchir pour qu’il crache ce qui l’encombrait et respire puis hopital en urgence, seule aussi, mari en déplacement et caser en urgence sa soeur de 2 ans et demi… et on m’a parlé de mucoviscidose, de leucémie… et je ne sais pas si tu as ressenti celà, tout bascule d’un coup, on réagit vite et bien, on tient le coup et on a pourtant l’impression d’être dans le brouillard, dans du coton et que le temps avance, très doucement.

    Ouf, tout va mieux mais quelle aventure, très beau ce petit poisson. Bisous

  5. A ta place je serais devenu folle. Je trouve cette société tellement inhumaine. Séparer une maman de son bébé de quelques heures parce qu’il n’y a pas places…Que ton mari soit contraint de reprendre son travail alors que son bébé est hospitalisé…quelle barbarie.

  6. Mon Dieu comme ton récit m’a chavirée !!

    Je n’arrivais pas à lire tant j’ai eu de larmes …, quelle épreuve épouvantable qui nous montre que La Vie ne tient qu’à un fil !!!

    J’ai pensé très fort à vous suite à ton tweet..

    Si heureuse d’apprendre que vous êtes enfin réunis en famille 😍 😋 👍 Tout plein de BONHEUR !!!

  7. Petit bout, ça fend le cœur. Heureuse et soulagée que ce vilain épisode soit à présent derrière vous. On vous embrasse tous les 4 bien fort.

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