D’abord, qu’est-ce que le bashing? C’est un anglicisme utilisé pour décrire le « jeu » ou la forme de défoulement qui consiste à dénigrer collectivement une personne ou un sujet (en en anglais « bashing » signifie « frapper violemment, infliger une raclée ».

Le prof est souvent la cible de ce dénigrement public. Que ce soit sur facebook, sur instagram, sur twitter, le parent mécontent se lâche. Et pire que le parent mécontent, ses contacts et amis qui ajoutent leur petit grain de sel pour montrer à quel point les profs sont … (choisir un adjectif péjoratif).

Le prof, cette grosse-feignasse-trop-payée-tout-le-temps-en-vacances-tout-le-temps-malade-tout-le-temps-absent, ce fonctionnaire (payé par l’Etat, par NOS impôts, donc par NOUS) est à notre service et doit donc être présent et s’occuper de nos gosses quoi qu’il arrive. Voilà en gros ce qu’on peut lire sur les réseaux sociaux.

Dernier scandale en date : la neige puis le verglas. Des profs n’ont pas pu se déplacer pour aller travailler à cause des conditions météo. Quoi? Comment ça ? L’enseignant ne vit pas près de son lieu de travail ? Le prof ne risque pas sa vie pour aller travailler ? Mais c’est inadmissible ! Qu’allons-nous faire de nos enfants ? C’est scandaleux !

Mais le plus gros scandale reste le congé maladie. Oui, un enseignant, au contact des enfants et des ados, peut être malade. Pire, si c’est une femme, elle peut être enceinte. Pire, le prof peut avoir des enfants qui, eux-mêmes, peuvent être malades. Attention, révélation : les profs sont humains !

J’ai publié ce petit texte sur facebook, il a suscité de nombreux commentaires alors je vous le remets ici.

Juste pour info…

Un enseignant de primaire n’est remplacé que s’il y a un remplaçant de disponible (et dans privé sous contrat, il n’est remplacé que s’il a un congé de maladie au moins de 4 jours consécutifs). Un enseignant du secondaire n’est remplacé que s’il a un arrêt de travail de 16 jours consécutifs minimum. Et tout cela dépend bien entendu du vivier de remplaçants. S’il n’y a plus de remplaçant (fréquent en hiver, période de gastros, grippes, angines et leurs copines), on ne peut pas en créer d’un claquement de doigts.

Les profs sont en première ligne sur le front des microbes (apprenez à vos gamins à se moucher, à jeter leur mouchoir dans la poubelle et à se laver les mains après. Même en collège et lycée. Ne les mettez pas à l’école s’ils sont contagieux, genre gastro… ils peuvent contaminer leurs camarades et l’enseignant. Merci).

Les profs ont le droit d’être malade comme tout le monde. Non, ils ne se « mettent pas en arrêt » pour le plaisir de faire chier les parents. Certains vont d’ailleurs bosser même malades. Et on le leur reproche (oui, si l’enfant est malade, ce sera la faute du prof). La plupart culpabilisent d’être malades, surtout quand ils ne sont pas remplacés. Être malade ce n’est pas être en vacances, les profs ont déjà assez de vacances, ces grosses feignasses.  Etre malade, c’est être diminué et prendre le temps d’aller mieux. La plupart des profs attendent d’ailleurs le début des vacances scolaires pour déclarer les premiers signes de la maladie. Ceux-là sont sympas quand même (j’en fais partie. C’est la loose) !

Les écoles, collèges et lycées font de leur mieux pour accueillir les enfants sans enseignant. Pas toujours facile de s’organiser, car la maladie ne prévient pas. Pas toujours possible, surtout quand la grippe décime une partie de l’équipe enseignante. Ils font de leur mieux. Mais ce n’est jamais assez.

Les gouvernements successifs ont allongé le délai de carence (qui est donc passé à plus de deux semaines pour le secondaire) et réduit le nombre de profs suppléants parce que ça coûte cher de payer des « profs volants ». Quand ils n’ont pas de poste, ils ont droit à des indemnités, comme tout le monde. Ça coûte cher. Trop. Hop, plans sociaux successifs, on supprime. Donc si vous devez vous en prendre à quelqu’un parce que vous devez garder ou faire garder vos gosses, c’est tout en haut qu’il faut regarder, pas à la base. Le prof a le droit d’être malade (même s’il préférerait être immunisé contre toutes les maladies, surtout quand il travaille en maternelle et qu’il prend de ce fait un abonnement chez le médecin). Vous pouvez toujours offrir un tube de vitamines ou du gel hydroalcoolique au prof à partir de mi-novembre.

Voilà. Désolée pour le pavé, mais il fallait que ça sorte. Deux mois que je me retiens. Courage, ce sont bientôt les vacances (il faut bien que ces feignasses se reposent). Et c’est bientôt le printemps. Adieu gastros, grippes, rhinites, rhino-pharyngites et autres joyeusetés. Jusqu’à l’année prochaine…

Et juste pour conclure : ce n’est pas parce qu’un prof est mauvais, incompétent, ou autre adjectif négatif, que tous les profs le sont. Comme ce n’est pas parce que ce médecin ou que cette coiffeuse était nul.le que tous les médecins et toutes les coiffeuses sont mauvais.es. Ce n’est pas parce que ce parent est défaillant, qu’il ne sait pas écrire sans faire de fautes, qu’il trouve toujours des excuses étonnantes pour justifier le comportement et les absences de son enfant que tous les parents sont … (vous pouvez trouver un adjectif, je vous fais confiance!).

C’est facile de s’en prendre au prof. Mais il serait plus juste de réfléchir aux raisons du manque de moyens alloués à leur remplacement…

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