Une journée ordinaire dans un collège ordinaire

Jeudi matin, je dépose Bichette à l’école. Puis je file au collège, avec ma poussette vide. Je passe devant le CDI, mes groupies me font de grands gestes à travers les larges fenêtres.

Je monte en salle des profs, je souffle au premier palier. Je monte doucement la deuxième partie de l’escalier. J’ouvre la porte, salue les collègues présents, allume la bouilloire, prépare ma tasse et file à la photocopieuse.

Ma collègue trouve que j’ai une petite mine. Mon collègue me demande combien j’ai de photocopies à faire.

Je prends un sachet de thé, vais me servir de l’eau chaude et croise un collègue qui trouve mon ventre imposant. Je bois trois gorgées de mon breuvage trop chaud, je file aux toilettes, la cloche sonne.

J’arrive en classe, essoufflée.

Je lis le texte, demande quel est le statut du narrateur. Une main se lève. Rodrigue* me demande s’il peut aller aux toilettes. *François se plaint de son voisin. *Rayane fait des dessins sur sa table. *Mathys joue avec son tube de colle.

La sonnerie retentit. Je vire les traînards et file aux toilettes.

Je monte en salle des profs, je souffle au premier palier. Je monte doucement la deuxième partie de l’escalier. J’ouvre la porte, salue les collègues présents. C’est l’anniversaire de la prof d’arts plastiques, elle a apporté des gâteaux. Je lui souhaite une joyeuse année de plus et vais réchauffer mon thé. Mes collègues me trouvent fatiguée. Je m’assieds, bois trois gorgées de thé, la cloche sonne. Je me relève tant bien que mal, vide le reste de ma tasse dans l’évier et descends les escaliers pour rejoindre ma classe.

J’arrive en salle info essoufflée. Je donne les consignes, demande si tout le monde a compris. Une main se lève. Alexandre* me demande : « Madame, vous partez quand en congé maternité ? » *Mathieu* essaie de se connecter sur Facebook. Inès* cherche comment monter le son de l’ordinateur pour écouter des vidéos.

La sonnerie retentit. Je vire les traînards et file aux toilettes.

Je n’ai pas cours, je file en salle des profs. Je souffle au premier palier. Je monte doucement la deuxième partie de l’escalier. J’ouvre la porte, salue les collègues présents, allume la bouilloire, prépare ma tasse et file sur un PC. J’enregistre mon cahier de texte, lis les e-mails de mes collègues. Encore des réunions à venir. Je me prépare un thé que je bois en préparant mes cours.

La sonnerie retentit, je file aux toilettes puis je vais déjeuner. Mon collègue me demande si je vais bien, ma collègue trouve que j’ai une petite mine. Bébé fait la java dans mon utérus, j’ai du mal à déjeuner en paix.

Je ferais bien une sieste mais je n’ai pas le temps, je dois faire mes photocopies et répondre aux e-mails.

La sonnerie retentit, c’est parti pour l’après-midi. Je file chercher mes élèves, j’arrive essoufflée.

Le cours commence, on corrige les exercices. J’interroge Paul*. Il ne sait pas où on est rendu. J’interroge Camille*. Elle ne savait pas qu’il y avait un exercice à faire. J’interroge Killian*. Il a perdu sa feuille.

Je donne une consigne, les élèves se mettent au travail. Sauf Roméo* qui n’a pas écouté la consigne. Maeva* est dans la lune, je lui demande ce qu’elle attend pour se mettre au travail. Elle n’a pas remarqué que ses camarades ont tous commencé à lire le document. Elle me demande ce qu’il faut faire. *Romain joue avec son rouleau de Scotch.

Je passe dans les rangs, donne des conseils, reviens sur certaines notions, aide Paul* et Kévin*. Julien* me dit qu’il n’a rien compris. En fait, il n’a pas écouté et attendait que le temps passe.

La sonnerie retentit, je n’ai pas le temps de filer aux toilettes. J’accueille mes 4èmes et nous filons au CDI. Je demande si tous les groupes sont constitués. « Ah bon, il fallait faire des groupes? »

Je donne la consigne et demande si tout le monde a compris. Une main se lève. Jennifer* me demande : « Madame, vous en êtes à combien de mois? »

J’annonce à la documentaliste que je dois m’absenter. Je cours aussi vite qu’une tortue asthmatique aux toilettes.

Je passe dans les rangs. Emma* me demande pourquoi Donald Trump a la peau orange.

La sonnerie retentit. Je monte en salle des profs. Je souffle au premier palier. Je gravis doucement la deuxième partie de l’escalier. J’ouvre la porte, vais m’affaler sur le fauteuil. La sonnerie retentit. J’ai du mal à me lever.

J’arrive en classe, essoufflée. Plus qu’une heure. Les élèves sont énervés, dans une heure c’est le week-end. Trois jours. Vivement. Je rends les évaluations, les commente. Nous construisons un corrigé. C’est le bazar, on ne s’entend plus. Je réclame le silence. Violente douleur dans le bas du ventre. Je m’assieds, le souffle coupé. Hélène* a peur que j’accouche sur-le-champ. Enora* me demande si elle doit aller chercher le CPE. Nathan* me demande si le bébé est un garçon ou une fille. Je reprends mes esprits. Je continue le cours assise.

La sonnerie retentit. La dernière de la journée. La dernière de la semaine. J’ouvre la porte pour laisser les élèves sortir. Un élève vient de vomir devant ma porte.

*

C’était une journée ordinaire dans un collège ordinaire…

*

Les prénoms des élèves ont été modifiés.

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37 commentaires

      1. En collège, les parents n’accompagnent plus, on s’organise entre nous pour les sorties (on est assez nombreux). C’est dommage car ils ne savent pas ce que c’est que gérer 30 ados!

          1. J’aimerais bien mais on a rarement des volontaires en collège. Déjà qu’en primaire c’est parfois difficile! Généralement, quand une sortie est prévue, on voit qui sont les profs qui vont « perdre des heures » et ce sont eux qui accompagnent. Ou on modifie l’emploi du temps des élèves, on fait un roulement entre les profs.

    1. Merci!
      Quand on n’est pas enseignant, on ne voit pas tous ces kilomètres parcourus, cette énergie dépensée! Mais chaque métier a des aspects bien cachés et insoupçonnés…

    1. Hé oui! Après, on peut aussi filer du travail de groupes et rester assis sur sa chaise… C’est nettement moins fatigant!

    1. Ma sage-femme m’a conseillé de davantage ml’asseoir dans la journée. C’est pas facile. Ou alors il faut que j’investisse dans un fauteuil à roulettes!

    1. Pour le moment ça allait. Mais là, jeudi soir, ça m’a fait vraiment mal. J’ai RDV chez ma sage-femme demain. On verra ce qu’elle me dit.

  1. Et voilà on va encore croire que ces feignasses de profs ne font rien d’autre que monter les escaliers entre deux tasses de thé! Blague à part, je vois tout à fait ce que tu veux dire: enceinte jusqu’aux yeux de mon premier je me tapais plusieurs fois par jours trois étages pour aller en cours. Et une fois entrée en classe je me tapais la tête contre les murs! Allez bon courage!

    1. Merci !
      A vrai dire, on ne fait pas grand chose entre deux tasses de thé! Non, je plaisante, je n’ai même pas le temps de boire une tasse entière!
      Mes collègues m’ont conseillé de demander la clé de l’ascenseur pour aller dans le bâtiment de la salle des profs. J’ai une autre méthode la plupart du temps : je n’y vais pas et je reste dans ma salle.

    1. Je vais pouvoir me reposer (et mes lecteurs aussi), ma sage-femme m’a imposé un arrêt, elle trouve que j’en fais trop!

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