Personnellement moi-même je pense que je...

Burn-out

Burn-out. Trou noir. Clap de fin.

Je suis rentrée un mercredi midi de mai du collège, j’ai posé mon cartable, je me suis assise et les larmes se sont mises à couler. J’ai pleuré tout le reste de la journée. Sans m’arrêter. Je me suis vidée. J’ai aussi pleuré tout le jeudi et tout le vendredi. J’ai fait sortir « la vapeur », celle qui était coincée dans la « cocotte-minute ».

Je n’ai pas pu retourner travailler le jeudi matin. Une terrible migraine m’a empêchée de me lever. J’ai eu beaucoup de mal à téléphoner au travail pour annoncer que je ne viendrai pas. Ma respiration s’est accélérée, mon coeur essayait de sortir de ma poitrine, ma tête me tournait. J’ai découvert la crise d’angoisse.

Lorsque je suis allée chez le médecin, qui se situe près du collège, j’ai senti l’angoisse monter. J’ai cru ne jamais réussir à avancer. J’ai fait un détour pour arriver. Quand le médecin m’a reçue dans son cabinet, je n’ai pas pu articuler deux mots. J’ai encore pleuré, pleuré, pleuré. Puis je lui ai expliqué. Le travail, la pression, les angoisses. Toutes ces raisons qui m’ont conduites dans cette impasse (et que je ne développerai pas ici), au bord du précipice. Il a mis un mot sur ce qui m’arrivait :

Burn-out Kiara

Comme c’était le remplaçant de mon médecin, il ne pouvait pas me mettre plus de quinze jours en arrêt. Il m’en a mis seize pour que je puisse être remplacée (à un jour près, un prof n’est pas remplacé) et ne pas culpabiliser (je ne voulais pas laisser mes élèves sans français ni latin pendant trop longtemps), me détendre, me reposer et penser à moi.

Pourtant, je n’ai pas réussi à me détendre. J’étais tellement stressée que je n’arrivais pas à dormir. J’avais peur de devoir retourner au collège. Je ne m’en sentais pas capable.

Lorsque je suis retournée chez le médecin, avec mes crises d’angoisse et ma tension au ras des pâquerettes, il a confirmé le diagnostic et a tenu à m’arrêter jusqu’à la fin de l’année. J’ai réussi à négocier mon retour fin juin, après le Brevet et avant la semaine et demi de réunions pour la réforme. Il n’était pas d’accord, nous avons convenu que si je ne me sentais pas prête, je reviendrais le voir.

Après ce renouvellement d’arrêt, j’ai pu souffler et enfin me reposer. Je n’avais jamais autant dormi! J’ai appris à prendre soin de moi, je me suis coupée des autres, j’ai accepté les mains tendues et je me suis centrée sur moi.

Pendant cette période difficile, j’ai perdu Nermia. Elle m’a quittée au pire moment. Mais elle avait besoin de moi pour partir et je l’ai accompagnée. J’ai eu besoin de soutien et j’en ai trouvé auprès d’une de mes collègues, qui est devenue une amie.

Lorsque les élèves ont réclamé ma présence au spectacle de fin d’année, elle m’a convaincue d’y aller. Ce serait le premier test, pour savoir si j’étais capable de revenir. Collègues et élèves étaient tous ravis de me revoir. Ca m’a fait un bien fou. J’ai su que j’étais prête à revenir. En douceur.

La douceur, ce n’est pas ce qui a caractérisé ma reprise. Au contraire, après une journée de correction du Brevet, j’ai enchaîné les journées de réunions en tous genres, pour faire le bilan de l’année scolaire mais aussi pour préparer la rentrée prochaine et mettre en place la réforme.

*

Mon corps a dit STOP. Un jour, j’ai été incapable d’avancer. J’étais arrivée au bout. Mais ça a été progressif. Depuis janvier, je sombrais doucement, sans m’en rendre compte. Certains collègues avaient bien vu que je n’avais plus cette joie de vivre, cet entrain qui me caractérisait. J’avais de plus en plus de trous de mémoire, je faisais plus d’erreurs, de lapsus, je mélangeais des choses… Mon cerveau n’arrivait plus à tout gérer et surchauffait.

Aujourd’hui, je vais mieux, même si je ne suis pas encore totalement sortie de ce burn-out. Surtout physiquement. Je suis encore fatiguée et j’ai toujours des trous de mémoire, des oublis, notamment de vocabulaire. Pourtant, j’avance. Et je peux même affirmer que cette étape difficile a été nécessaire et bénéfique.

Grâce à ce burn-out, j’ai mis le doigt sur ce qui n’allait pas. J’ai découvert que j’étais la personne la plus importante de MA vie. Que si JE n’allais pas bien, rien ne pouvait aller bien dans MA vie. J’ai appris à dire non. Je me suis affirmée. Je suis plus sûre de moi et je n’ai pas peur de me séparer ou de m’éloigner des personnes négatives.

*

J’ai presque deux mois de congés d’été pour continuer sur ma lancée. Pour vivre pour moi, prendre confiance en moi, savoir ce que je veux et ce que je refuse.

*

Merci à tous pour vos petits mots, vos messages et vos petites attentions.

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35 réflexions au sujet de « Burn-out »

  1. Coucou !

    Je sors de ma tanière pour te dire que OUI, le corps est l’esprit sont bien faits. Ils savent nous dire STOP, même si ça fait mal… Il faut savoir s’écouter avant que cela ne soit trop tard.
    Prends bien soin de toi, recharge bien les batteries. Bichette et le Conquérant vont t’aider à retrouver ta forme et l’envie d’avoir envie !
    Bisous ❤ ensoleillés !

    1. Oui mon corps a dit stop et heureusement.
      Je recharge les batteries, elles étaient vraiment à plat !
      Je t’embrasse.

  2. Coucou, je ne peux que te dire bravo … Pourquoi bravo ? Parce que reconnaitre et accepter que l’on est en burn out n’est pas si facile que ça surtout lorsqu’on a choisi un métier que l’on aime (bien que difficile) et qu’on a la responsabilité d’autres personnes qui ont besoin d’être accompagnées.
    Bravo parce qu’il n’est pas si facile non plus d’accepter que l’on ne soit pas superwonderwoman 100% du temps tant dans sa vie professionnelle que personnelle.
    Bravo parce qu’il est difficile de « travailler » sur cet « état » qui met KO, de faire le point, de changer ses priorités, de s’occuper de soi et de faire preuve d’un peu d' »égoïsme »…
    Tu es sans doute sur la bonne voie mais veille à prendre la route à douce allure pour ne pas te perdre à nouveau, cela prend du temps, beaucoup de temps et la routine tend des pièges dont on ne s’aperçoit pas toujours.
    Prends soin de TOI, vis et profite de ce bel été !!!
    Je t’embrasse

    1. Merci.
      J’essaie de prendre soin de moi, mais c’est pas facile. Il paraît que je dois d’abord penser à moi. Mais c’est pas habituel donc il faut que je le travaille.
      Je pense que j’ai bien avancé mais je suis loin d’être arrivée au bout, je sais que je suis encore fragile.
      Je profite de cet été, mais seule avec une enfant de presque 3 ans, c’est pas l’idéal pour se reposer !
      je t’embrasse.

  3. tu as fait le plus difficile, reconnaître que tu avais besoin de t’arrêter et l’avoir fait ! Bravo et continue ainsi ! tu es forte, bien plus que tu ne le penses

  4. C’est un article difficile à lire tellement il est rempli d’émotions (enfin, c’est ce que je ressens) et me fait monter les larmes aux yeux.
    Tu as su écouter ton corps, prendre le temps qu’il fallait pour prendre du recul, penser à toi. Profites de ces deux mois d’été pour continuer à prendre soin de toi, goûter aux joies simples de ce qui t’entoure, continuer à avancer à ton rythme…

    1. Mon corps était au bout du rouleau, je me trainais, je n’étais plus moi-même. Je profite de cet été pour déconnecter et ça fait du bien. J’appréhende la rentrée. Je ne peux pas ne pas y penser avec tous les rayons des supermarchés remplis de fournitures ! J’ai encore quinze jours pour me remettre complètement avant de me replonger dans le travail. Je vais essayer d’en profiter encore.

  5. Profite bien des congés ! Rideau comme me dit ma collègue même si pour certains c’est moins evident que pour d’autres prêts à ne pas rouvrir leur sac d’école avanta rentrée. Je me retrouve completement dans ta situation. Les trous de mémoire, les lapsus, les mots sur le bout de langue, et devant les ados la fatigue intense ca ne pardonne pas. Ressource toi bien Kiara. Je vais en faire autant de mon côté, avec les enfants à gérer c’est loin d’être évident.

    1. Avec des enfants, le repos est moins évident, en effet. 2 mois de congé qui ne sont pas vraiment des vacances ! Mais bon, on déconnecté, on décompresse. Même si cette fichue réforme va nous demander pas mal de boulot avant la reprise !

  6. cc ma belle, suis peu , très peu présente étant dans les cartons, mais un petit coucou ici pour prendre de tes nouvelles, savoir si tu te sens mieux, j’espère de tout coeur, je pars d’ici le 20 et je te fais de gros bisous

    1. Heureusement que le corps est là pour dire stop, sinon je serais allée au bout du bout…
      Je rends soin de moi. Bises.

  7. J’espère que cela va aller beaucoup mieux pour toi. Profites de tes deux mois et quelquefois, il est vital de se poser des questions sur ce qui ne va pas, bon courage, bises
    @nnie

    1. Je n’ai pas encore répondu à toutes les questions. Je crois qu’il va me falloir plus que deux mois d’été.
      Je t’embrasse.

  8. Profite bien en effet de ces deux mois de vacances, mais je suis bien placée pour savoir qu’on ne déconnecte jamais vraiment du boulot de prof. Quoi qu’il en soit je te souhaite de réussir à t’en détacher le plus possible pour que ce qui t’est arrivé te soit profitable: « à chaque chose malheur est bon dit-on »! Prends soin de toi, de tes proches et de tout ce qui est réellement vital pour toi. Passe un bel été.

  9. Je te comprends très bien , j’ai vécu la même chose en octobre 2014, je suis rentrée un vendredi soir et je pleurais, j’ai pleuré sans arrêt nuit et jour ! Le lundi matin mon doc m’a arrêtée un mois et chaque mois il a renouvelé jusqu’en mai 2015, je suis repartie au collège fébrile !
    Pas facile, le coeur serré mais les élèves ont été contents de me voir et ça m’a fait donner du beaume au coeur !
    J’ai encore des trous de mémoire, je cherche parfois mes mots… mais je suis détendue et je ne garde plus les problèmes , j’en parle tout de suite et clarifie la situation avant qu’elle se dégrade. La vie est plus cool , je suis zen et recherche le calme….
    Bravo à toi , tu t’en es sortie très rapidement, mais reste vigilante…..
    Bisous

  10. Bon courage!!! J’ai connu une sitation similaire même si j’ai le sentiment selon ton billet que c’était moins extrême que toi.ces oériodes de bilan sont idéales pour profiter des petits plaisirs et choses simples. la perte en quelques mois de 4 relations ( dont 2 suicides ) a été pour moi l’électrochoc et désormais ça va beaucoup mieux. Je t’embrasse et pense bien à toi.

  11. J’ai les larmes aux yeux et la boule au ventre en lisant cet article car j’aurais pu l’écrire moi-même. Mon milieu professionnel est tout autre mais le cheminement jusqu’au burn out est tout à fait le même, jusqu’aux symptômes près… Je ne vais pas m’étendre pour commenter, ce serait trop long mais me concernant je me surprends à réaliser que ce burn out n’a finalement apporté que des bonnes choses à ma vie : il m’a recentrée sur ce que je dois considérer comme étant important dans ma vie (1/ ma santé – 2/ mon fils), j’ai fait émergé mon blog et tellement d’autres projets qui ne sont pour l’instant que des projets mais j’ai été amené à réfléchir à ma vie, ce que je ne faisais pas avant. Et chaque fois que je lis un témoignage sur le burn out ou que je vois une émission qui traite du sujet cela me réconforte sur le fait que non je n’ai pas fabulé, mes symptômes étaient bien là et étaient bien signe de burn out, que non je n’ai pas été faible, j’ai été victime. Mais aujourd’hui j’ai compris que sans ma santé je ne suis rien.
    Je te souhaite tout le meilleur pour la suite avec bcp d’encouragement.

  12. Le corps nous dit plein de choses… qu’on n’entend parfois pas… qu’on ne veut pas entendre… tu as su l’écouter…
    Prends soin de toi, encore. ❤

  13. Coucou.
    Mon père (informaticien malgré sa formation de mécanicien) a fait un burn out au bout de trente ans de labeur informatique à Paris et partout en France loin de son foyer. Il pensait pouvoir continuer ainsi pendant 2-3 ans le temps qu’il se trouve un travail plus stable et plus plaisant, et paf! La semaine d’après il n’était plus capable de rien.
    Lui qui bouffait des bouquins à la pelle n’arrivait soudainement plus à lire. Lui qui passait tellement de temps à philosopher et à penser ne pouvait soudainement plus réfléchir du tout. Lui qui adorait le bricolage du bois ne pouvait soudainement plus dire la différence entre un marteau et une masse. Lui qui n’a jamais été malade a soudainement été malade. Et lui qui a passé trente ans à faire de l’informatique ne pouvait soudainement plus entendre un mot du vocabulaire informatique sans avoir une crise d’angoisse.
    Il lui a fallu trois années d’arrêt maladie, un déménagement à plus de 500km, une reconversion professionnelle totale (coach d’entreprise) et le soutien de toute la famille et de tous les proches pour s’en remettre. Et il lui arrive encore d’avoir des moments de fatigue soudaine ou « il n’en peut plus ».
    Le burn out est une expérience aussi spectaculaire qu’impressionnante, même en simple observateur. C’est bouleversant de voir la figure forte de la famille s’écrouler du jour au lendemain et paraître si faible et fragile. Ca en plus des 2/3 du revenu familial qui sont partis au bout de deux ans.

  14. Coucou, je comprends tout à fait ce que tu as pu vivre, car je suis malheureusement passée par le même chemin, je n’ai pas su m’arrêter à temps et mon corps a dit stop. Ceci étant, je suis sur la voie de la reconstruction et j’espère tourner un jour une bonne fois pour toute la page. J’espère que tu prends bien soin de toi. Courage!

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