Etre prof·Perles du travail

Le pouvoir de l’image

Mercredi, à la fin du cours, après avoir étudié un texte, j’ai donné aux élèves comme consigne de chercher ou de créer une image qui illustrerait ce passage. Aujourd’hui, ils devaient présenter leur dessin, leur photo-montage, leur collage, leur photo, leur image… Ils devaient aussi argumenter : expliquer pourquoi ils avaient choisi de représenter le texte ainsi. Mon but était de leur faire comprendre quelles sont les fonctions de l’image et de leur faire trouver la leçon à retenir par eux-mêmes. Ce qu’ils ont fait. Ils sont même allés plus loin que je ne l’avais imaginé.

– L’image a deux objectifs. Le premier est de surprendre la personne qui la regarde et de l’attirer, la séduire. C’est le cas des couvertures de romans, mais aussi des images de publicité, de presse. Le deuxième objectif est d’informer, de faire passer un message ou même des idées. Pensez aux caricatures, aux dessins de presse, aux photos dans les journaux aussi…

Lorsque j’ai préparé ma séquence, j’avais pensé à cette image :

11 Septembre2001

Mes élèves sont nés en 2001 ou 2002. Ils n’ont pas connu la destruction des Twin Towers, mais ils savent tous ce que ce célèbre cliché représente.

J’avais aussi pensé à cette image :

"La petite fille brûlée au napalm". La photographie a été prise le 8 juin 1972 par Nick Ut (Huynh Cong Ut), un photojounaliste vietnamien.
Photo de Jeff  Widener, le 5 juin 1989

Ou encore à celle-ci :

Petite fille brûlée au napalm
« La petite fille brûlée au napalm », photographie prise le 8 juin 1972 par Nick Ut (Huynh Cong Ut), photoreporter vietnamien.

Mais lorsque j’ai terminé ma phrase, un élève a levé le doigt :

– « Informer, faire passer un message ou des idées », c’est comme les Unes de Charlie Hebdo? Ils font passer leurs idées par leurs caricatures!

– Oui, c’est ça. Et avez-vous en tête des images qui ont frappé les esprits et qui continuent de le faire, des décennies plus tard? Qui n’ont pas besoin de légende ou de texte pour qu’on les comprenne (oui, je voulais clairement en arriver au 11 septembre 2001, j’avais préparé mes diapos et tout et tout…)?

– L’image du petit garçon noyé, madame.

Voilà comment la réalité, dure et terrible, a une fois encore rattrapé mon cours. Cela avait déjà été le cas au moment des attentats de janvier 2015 en France. Hier, la plupart des élèves ont vu la photo du petit Aylan, étendu sur la plage ou dans les bras du policier turc. Cette image a fait le tour de l’Europe, et d’une partie du monde. Cette photo, cette série de photos, et tous les dessins qui le représentent sont désormais l’illustration de cette triste réalité, de ces hommes et de ces femmes qui quittent leur pays, qui prennent tous les risques, même celui de perdre la vie, dans l’espoir d’offrir un avenir à leurs enfants, loin de la guerre et de la misère.

Crédits : Azzam Daaboul / Twitter
Crédits : Azzam Daaboul / Twitter dessin de Yaser Ahmad, dessinateur syrien

Aujourd’hui, mon cours a pris une tournure inattendue. J’ai atteint l’objectif que je m’étais fixé, celui de leur faire comprendre le pouvoir de l’image. Mais je n’avais pas imaginé que la mort d’un enfant, en Une de la presse, en serait une illustration…

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8 réflexions au sujet de « Le pouvoir de l’image »

  1. En effet, encore une fois ton cours a pris une tournure inattendue. Mais je dirais que je te trouve chanceuse de pouvoir aborder ces thèmes avec tes élèves et en parler avec eux. Et ils ont sans doutes beaucoup de chances de t’avoir !

    Je ne me souviens plus: quelle est la matière que tu enseignes ?

  2. Malheureusement, rien de tel que l’actualité pour faire avancer un débat, surtout que je pense que ces jeunes sont dans une réaction d’immédiateté avec les réseaux sociaux. Le 11 septembre ne leur aurait pas autant parlé…

    1. En fait, je leur ai quand même montré l’image et ils savaient tous ce que c’était : « c’est le 11 septembre », « le terrorisme », « Al Qaïda ».
      Mais je n’ai pas eu besoin de leur montrer celle du petit réfugié, ils la connaissaient tous.

    1. Ca va vite à l’école. Les enfants parlent beaucoup entre eux et on doit souvent intervenir à brûle-pourpoint (paye ton expression des siècles derniers) parce que sinon ça part dans tous les sens, parce que souvent, c’est nécessaire.

      1. c’est en classe qu’ils en ont parlé. Je trouve que la maitresse a bien géré. Elle a fait se poser des questions aux enfants. J’ai apprécié la manière dont elle a abordé le sujet. Pis du coup le grand en a reparlé le soir à la maison… donc c’était plutôt positif.

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