De l’orientation en fin de seconde

L’année scolaire est terminée pour les lycéens. Les élèves de Terminale passent le bac, les élèves de 1ère ont passé l’écrit de français et parfois l’oral aussi, les secondes sont en vacances.

Les conseils de classe ont tous eu lieu et en seconde, nous avons donné un avis sur les choix formulés par les élèves pour l’année suivante.

Pour une bonne partie des élèves, nous avons validé les voeux, sans trop discuter. Mais nous avons eu plusieurs échanges assez houleux sur certains gamins.

Pierre*, par exemple. Toute son année a été un long supplice. Il ne savait pas ce qu’il faisait là. En troisième, il n’était pas « brillant », mais comme il ne savait pas quoi faire, il s’est dit qu’une seconde l’aiderait à réfléchir. Ca ne l’a pas aidé. Il est venu en cours, n’a pas fourni le moindre travail, a attendu que le temps passe. Il n’a pas demandé à faire de stage, à rencontrer de conseiller d’orientation. Il s’est juste laissé porter. A la fin de l’année, il en était au même point que l’année précédente. Avec des notes encore plus mauvaises. Ses parents ont demandé à le faire entrer en 1ère S. Comme il n’a pas travaillé cette année, la suite risque d’être très difficile, insurmontable. L’avis du conseil de classe est très réservé. Après un RDV avec ses parents, on apprend qu’ils ont décidé : il ira en S. ou alors il redoublera sa seconde.

Paul* est en seconde parce que ses parents voulaient qu’il fasse un bac technologique et pas le bac pro que lui souhaitait. Il travaille peu car il n’est pas motivé. Il a des difficultés et ne parvient pas à les surmonter. A quoi bon? Il ne se sent pas à sa place. Ses lacunes sont des boulets qu’il traine et il est épuisé. Les parents ne veulent pas entendre parler de redoublement ni de bac pro. Un redoublement ne l’aiderait pas de toute façon. Il n’est pas à sa place.

Kévin* a de grosses difficultés de compréhension dans toutes les matières. Il aime l’histoire, mais pas la géographie, lire, mais pas de classiques. Il n’aime pas les maths ni les sciences. Il est dyslexique mais ça lui est bien égal. Il est en fin de seconde et il ne sait pas quoi faire de sa vie. Il n’a pas les capacités ni le niveau pour passer en première générale ni technologique. Il le sait. Il demande un redoublement. Il a envie de trouver sa voie, mais il n’est pas prêt. Il a besoin d’une année de plus. Alors nous lui avons accordé son redoublement, qu’il a reçu comme un cadeau. L’an prochain, ses parents et ses profs l’aideront à trouver des stages et une orientation. Il est heureux de recommencer.

Lucas* veut faire un bac technologique. Il a déjà planifié dans sa tête ses études supérieures. Il ne fait pas partie des élèves brillants, il est plutôt dans la moyenne. Il ne se donne pas les moyens d’être bon. Il est un peu fainéant. Il en a conscience. Ses parents veulent qu’il fasse une 1ère S. Ses résultats dans les matières scientifiques ne sont pas bons. S’il ne travaille pas davantage, ses choix vont se restreindre. Nous émettons un avis réservé pour une 1ère S mais plutôt favorable pour une 1ère technologique. C’est ce qu’il espérait. Il n’a pas travaillé cette année parce que ses parents voulaient l’envoyer en S et qu’il ne le souhaitait pas. Il a obtenu ce qu’il espérait.

Julie* a fait une année de seconde plutôt chaotique. Elle avait des difficultés, mais n’a rien fait pour les surmonter. C’était une année de transition, entre la troisème et… et le bac pro qu’elle a finalement choisi. Nous avons émis un avis très favorable pour ce choix. Elle fera sans doute un bon bac pro, si elle reste motivée.

La Belle Bleue
La Belle Bleue

L’orientation est censée se faire au collège, en troisième. Mais cette année passée en lycée général et technologique m’a appris que l’année de seconde est souvent une année de transition, de test et finalement, bien souvent, d’orientation : refaire une seconde, faire un bac général ou technologique ou finalement bifurquer vers un bac pro.

Notre rôle est d’accompagner ces élèves, de les aider à prendre les bonnes décisions. Parfois, nous nous heurtons à des parents qui plaquent leurs rêves sur leurs enfants, au détriment de leurs envies. Parfois, nous nous heurtons à des collègues qui refusent de laisser une chance à l’élève. Sous prétexte qu’il n’a pas le niveau, qu’il n’y arrivera pas. Et s’il se plante? Et alors? On n’a pas droit à l’erreur? On n’a pas le droit de se tromper? Et s’il se met à travailler? Et s’il se révèle? Et s’il réussit? Parfois, nous nous heurtons à des élèves qui n’ont pas conscience que la voie dans laquelle ils s’engagent est un Evrest, et que s’ils veulent le gravir, il faudra fournir une montagne de travail.

S’orienter n’est pas facile. On peut suivre un chemin tout tracé, sans se poser de question ou suivre un chemin sinueux en se trompant et en revenant sur ses pas. En tant que prof, nous devons essayer d’être objectifs et de guider nos élèves. En tant que parents, nous devons écouter nos enfants et leurs souhaits, pas vivre à travers eux.

Il n’y a pas d’âge pour se réorienter et reprendre des études ou faire des formations. Aujourd’hui, peu de personnes font le même métier pendant 40 ans. Et si on arrêtait de mettre tant de pression sur l’orientation?

* Noms d’emprunt

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11 commentaires

  1. Bonjour,
    D’accord à 200% avec ce billet…
    Ma fille était en classe de 2nde cette année, j’ai assisté aux 3 conseils de classe en tant que déléguée des parents d’élèves et je retrouve tout à fait les élèves de sa classe dans les profils décrits! Au final, à cet âge, ils sont peu nombreux à vraiment savoir ce qu’ils veulent faire par la suite…et c’est sans compter les désirs des parents!
    Bref, ces conseils de classe m’ont aidé à relativiser et finalement je suis beaucoup plus zen avec l’orientation choisie par ma fille!

  2. Si tous les profs étaient comme toi, les élèves se sentiraient bien mieux compris et en effet à cet âge là on a souvent besoin d’être aidé car on sait pas ou aller, j’étais pour ma part excellente en français, pas top du tout en maths, bonne en langues et histoire géo, je voulais aller en littéraire de ce fait, j’ai fait ça pour m’apercevoir bien plus tard en école de tourisme grâce à une prof d’histoire de l’art enseignant dans mon école mais aussi et surtout au LOUVRE que c’était un métier lié à l’art qui m’aurait intéressée. Dans quelle branche serais je allée? je n’en sais rien, plusieurs choses m’intéressaient, mais des parents obtus qui ne voulaient surtout pas que je démarre un nouveau cursus….

  3. L’orientation est si délicate. Je sais toujours pas ce que je veux faire aujourd’hui, et je dois décider d’ici l’automne vers quoi je vais rechercher un boulot…
    Mon orientation à l’école a été rapide : mes parents voulaient une filière générale donc on s’est dit que L ne servait à rien quasiment et fermait trop de portes, S j’aimais pas les matières scientifiques (je me sentais surtout nulle – alors que je ne l’étais pas moins que d’autres), il restait que ES (et j’ai été une catastrophe en économie x) !
    J’ai eu 1h d’orientation en 3e où on a nous a gentiment mis des livrets ONISEP dans la main.
    Le Chti aussi ça a été cocasse, lors de l’heure en 3e il a demandait pour faire infographie, ils lui ont dit que c’était trop tard pour lui qu’il aurait dû se spécialiser en 4e. Donc il a abandonné et est parti faire un boulot sans passion.
    Dans le genre bonne blague aussi, j’ai un ami qui voulait faire de l’artistique (il a vraiment du talent) et il a été orienté vers un parcours professionnel mécanique car il venait d’une famille ouvrière, etc.

    Bref, j’appréhende le jour où il faudra aider Lucie à choisir et bravo pour ton engagement pour aider tes élèves à décider 🙂 Car même si on peut TOUJOURS se réorienter, ce n’est pas évident non plus à caler dans des vies très chargées déjà 🙂

  4. je n’ai jamais choisi mon orientation jusqu’au bac. Il y avait d’un côté ce que je voulais faire. de l’autre ce que mes parents voulaient que je fasse. Je n’ai pas eu le choix. Je suis allée au lycée sans le vouloir. bien sur, avec le recul, je sais que ça m’a servi… mais à l’époque, j’ai souffert. J’étais déjà mal au collège. Mais le lycée a été pire. Je n’ai jamais été bien à l’école, parce que j’ai toujours eu le sentiment de ne pas être à la bonne place.

  5. La très grande majorité des élèves se laisse porter.

    Le dilemme se porte plutôt sur la question du choix. Mais finalement avons nous appris à nos élèves à apprendre à se responsabiliser ?

    En sortant du collège les élèves ne sont pas au niveau. Une fois au lycée, ils suivront les enseignements autant que leurs capacités les y autorisent. Puis le prochain point de non retour du post-bac déterminera leur projet de vie, pour une majorité de jeunes, subi.

    Les élèves doivent être orienté dès le collège. Arrivés en terminale, c’est trop tard. Et la seconde ne devrait pas être une gare de tri.

  6. Coucou,
    J’ai choisi une filière S pendant deux ans, je me souviens encore de ma première réunion prof en 1ère. On aurait cru une rencontre avec des médecins pour annoncer un bilan médical peu engageant. J’ai malgré tout réussi mon année de première et de terminale et j’ai passé récemment mon bac. En septembre je me trouverai en fac de lettres classiques, je souhaite aussi devenir prof de français.

    Bisous
    Marie

  7. Je devais être chimiste comme mon père. Donc une 2nde avec une tonne d’options chimie / physique et une première techno Sciences techniques des laboratoires. En fin de 3ème, je n’étais pas une bonne élève. J’en avais rien à faire, faut être honnête. La seconde s’est passée (là aussi rien à faire) et la 1ère fut un carnage: 3 en chimie organique, ça pique.
    J’ai eu la chance d’avoir un CPE en or, avec qui j’ai fait un bilan et qui a réussi à convaincre mon père de me laisser partir en L (avec redoublement). Ca n’a pas été une partie de plaisir de le convaincre, parce partir en L, ça ne servait à rien. J’ai eu le bac avec mention et je suis allée jusqu’au Master. A la fac, j’ai écrit une lettre à mon CPE pour le remercier. Sans lui, je ne sais pas où je serai arrivée…

    1. Merci beaucoup! 🙂
      Hé bien pour les prochains articles sur mon métier, il faudra attendre la rentrée! 😉
      A très bientôt, bel été.

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