Coup de gueule·Je ne m'énerve pas j'explique·Personnellement moi-même je pense que je...·Vendredis Intellos

Eduquer nos enfants à la sexualité?

Ce matin, j’allume mon portable, je regarde les infos sur différents journaux. Je tombe sur un article du Parisien, copié sur une page facebook : Paris : des 6e du collège Montaigne sanctionnés pour attouchements. Parallèlement, le Conquérant allume la télé, zappe de chaine en chaine et j’entends la même info sur BFMTV. Cinq élèves de sixième du célèbre collège Montaigne (Rue Auguste-Comte dans le VIe) sont passés en conseil de discipline lundi et ont été sanctionnés (exclusions et exclusions avec sursis) pour des attouchements sur leurs camarades de classes qui auraient eu lieu dans les toilettes du collège et en dehors de l’établissement scolaire. Le journaliste a ajouté, choqué, que les élèves regardaient des vidéos pornos sur leurs smartphones (merci YouPorn) pendant les récréations.

Alors… deux réactions à cette information. La première, c’est la tristesse. Des gamins de sixième, bordel! La deuxième, c’est la colère. Contre les médias. Contre la société. On ne médiatise cette affaire QUE parce qu’elle s’est passée dans un prestigieux établissement parisien. Lorsque ça se passe dans nos collèges de campagne, dans nos établissements de banlieues provinciales, personne n’en parle!

Je suis prof depuis 7 ans. J’ai été remplaçante dans des petits collèges de campagne, dans de gros collèges de ville ou de banlieues, dans le privé et dans le public, dans des lycées généraux, technologiques et professionnels, dans les Pays de la Loire et en Bretagne. J’en ai vu et entendu, les équipes pédagogiques ont fait leur travail. Mais JAMAIS les plaintes ni les sanctions n’ont été relayées dans la presse. Jamais. Parce que ce n’est pas intéressant. Parce qu’on s’en fiche, ce n’est pas sensationnel. Contrairement à cette affaire que l’on relaie en boucle.

Je suis triste pour ces enfants de sixième qui découvrent la sexualité tellement tôt, bien trop tôt, qui sont confrontés à des images pornographiques, qui leur donnent une image fausse de la sexualité, souvent brutale et rabaissante pour les femmes… Bref, il faudra, pour les agresseurs comme pour les agressé(e)s, du temps et des moyens pour se remettre de tout cela.

En juillet 2012, j’écrivais ce billet : Parler de sexe est-il encore tabou ? Dans lequel je posais ces questions :

Comment se fait-il qu’un ado de 14 ans pense que le bébé naît par le nombril ? Comment se fait-il qu’une gamine de 12 ans fasse des fellations dans les toilettes du collège et trouve ça « normal, c’est comme embrasser mon copain sur la bouche ! » ? Comment se fait-il que dans les bus qui emmènent ces jeunes gens en voyages scolaires, on en surprenne en train de se masturber devant toute la classe ? Comment se fait-il que des jeunes filles de 15 ans aient uniquement des rapports anaux, ou buccaux pensant que « comme ça, on reste vierge » ? Comment se fait-il qu’une ado de 13 ans soit enceinte, sans savoir lequel de ses amants est le père ? Comment se fait-il qu’elle considère l’avortement qu’elle a subi comme unecontraception ? Comment se fait-il qu’elle s’en fiche ? Comment se fait-il que des films pornos voire zoophiles passent de portable en portable dès la sixième ? Où sont les parents ? Quelles valeurs ont-ils transmises à leurs enfants ? Quelle éducation leur ont-ils donnée ?

Souvent, aucune. Aucune éducation sexuelle. On n’en parle pas, ce n’est pas un sujet de conversation avec ses enfants. On pense les protéger en n’en parlant pas. Mais c’est faux, on fait tout le contraire. On les met en danger en n’en parlant pas. Parce que les enfants en parlent entre eux, parce qu’ils utilisent des mots dont ils ne connaissent pas toujours la réelle signification, et qu’ils vont chercher leur sens sur un moteur de recherche et qu’ils regardent les images associées, parce qu’ils visionnent des chaines pornos accessibles à tous sur YouPorn, parce qu’ils croient que c’est ça, la sexualité.

Parents et futurs parents, n’ayez pas peur de la sexualité, n’ayez pas peur d’aborder le sujet avec vos enfants. Soyez honnêtes avec eux. Ne les prenez pas pour des bébés : quand ils en parlent c’est qu’ils en ont déjà une petite idée… même toute petite. Adaptez le discours à leur âge, mais n’évitez jamais les questions, répondez! Si vos enfants abordent les sujets de la pédophilie, de l’inceste, du viol, ne vous bouchez pas les oreilles, écoutez-les et répondez avec votre cœur. Si vous êtes enseignant et qu’un élève aborde ces questions, soyez attentif, ce n’est jamais anodin. On parle beaucoup de prévention, de contraception, d’infections sexuellement transmissibles dans notre société. On se met à poil à la télé pour vendre du gel douche ou des yaourts. On est innondé d’images à connotation sexuelle.

Pour revenir à cette affaire du collège Montaigne, interdire les smartphones dans la cour des établissements scolaires ne changera rien, si ce n’est déplacer le problème : les élèves ne visionneront plus les pornos en cour de récré mais en dehors. Pas forcément sur des téléphones, ils ont souvent accès aux tablettes et ordinateurs de la maison. Alors deux conseils : mettre le contrôle parental (et le tester!) et surtout, il faut demander aux enfants s’ils ont déjà vu ce genre d’image et ce qu’ils ont ressenti, de la gêne, de la peur, de la curiosité… Parlez avec vos enfants.

Aidons nos enfants à grandir sereinement, répondons à leurs questions, expliquons-leur les choses, rassurons-les. N’ayons pas peur d’éduquer nos enfants ! Même en matière de sexualité. Et il existe d’excellents livres sur le sujet pour vous y aider, pour tous les âges!

Comment on fait des bébés de Babette Cole, dès 4 ans.
Comment on fait des bébés de Babette Cole, dès 4 ans.

Vous pouvez trouver ma petite bibliographie sur le site des Vendredis Intellos COMMENT ÉDUQUER NOS ENFANTS À LA SEXUALITÉ?

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34 réflexions au sujet de « Eduquer nos enfants à la sexualité? »

  1. Ma cousine est prof au collège et elle m’a parlé de ça….j’étais hyper surprise! Il y a 20 ans j’étais dans un lycée aux US et les ados là bas m’avaient expliqué que sucer n’était pas coucher. (en très résumé)… là j’avais vu la différence entre les ados américains et nous. Or, internet n’existait pas encore, je ne pense pas que ce ne soit QUE lié au net mais à un problème d’éducation et de tabou. Mon fils entrant au collège l’an prochain, je vais me renseigner sur ce qu’il pense de tout ça….

  2. Oui ça fait peur. J’ai justement achete ce livre lors de ma dernière grossesse pour tenter d’expliquer et de répondre aux questions des filles.
    Mais du coup on me regardait de travers a la sortie de l’école lorsque la petite de 3 ans et demi disait tout haut : et bien le spermatozoïde de mama il est rentré dans l’ovule de maman…

    Je pense donc qu’il y a un vrai problème de la part des gens en général… Cela ne les dérange pas d’être grossier, mais expliquer clairement la sexualité à son enfant, ça non…

    1. Je suis bien de ton avis! Et c’est dommage cette réaction.
      J’avais juste feuilleté ce livre, et trouvé qu’il était vraiment bien pour les enfants car il inverse les rôles. Tes filles ont apprécié visiblement.

  3. Cette année-là j’avais dans ma classe les enfants des « notables » de la ville. En CM2 j’étais tenue de faire des cours d’Education sexuelle ..;et j’ai découvert que ces enfants en savaient bien plus que moi mais dans le sens pervers du terme. Ils ont raconté que lorsque leurs parents organisaient des  » soirées pyjamas  » on les installait devant une série de films en dvd : pornos mais les préférés étaient les zoophiles ! J’abrégeais, ne voulant pas dire aux enfants ce que je pensais de leurs parents et je m’en tenais au programme scolaire uniquement. Et j’ai découvert qu’ils ne savaient rien du foetus La société perd ses vraies valeurs , elle confond liberté et anarchie ! Bisous

    1. Des soirées pyjamas perverses pour les enfants, mais c’est dégueulasse! Et zoophiles en plus, quelle horreur! Ce n’est pas de l’éducation mais de la maltraitance! Pauvres enfants. La sexualité, ce n’est pas ça.

  4. Après le manque d’éducation à la sexualité n’excuse pas tout non plus… Je n’ai pas du tout été éduquée à la sexualité personnellement, le peu que j’ai eu c’était via le morning de Skyrock (qui n’est vraiment pas une référence) le matin dans mon bus scolaire… Après je suis d’accord : un minimum d’éducation sexuelle ne peut qu’être bénéfique.

    1. A notre époque Internet n’existait pas, il était plus difficile de regarder des pornos. Même si je me souviens avoir été traumatisée, toute gamine, parce que j’ai surpris mes frères et mon cousin en train de rregarder une cassette (oui, tu as bien lu) vidéo. J’en ai fait des cauchemars. Heureusement, j’ai toujours pu poser toutes les questions à ma mère et elle y répondait toujours.
      Pour protéger nos enfants, interdire les smartphones n’est pas la solution, ils auront d’une manière ou d’une autre accès à ces images. Par contre, il faut en parler avec eux.

      1. J’ai eu Internet en 4e moi madame d’abord !! C’est plus l’ambiance générale qui a changé pour moi, quand je vois les films, les pubs etc. J’ai pas eu l’impression d’en voir autant gamine.

        1. Ls élèves sont nés avec internet! Je ne sais pas si l’ambiance générale a changé. Je crois que ce qui était une minorité se démocratise. Et les smartphones n’y sont pas pour rien. Le manque d’attention des parents aussi, sans doute. Ok, on ne voit pas tout, mais il ne faut pas non plus fermer les yeux!

  5. il y a énormément de choses à dire sur ce sujet en effet, d’autant plus qu’il n’y a pas que les parents qui peuvent parler de sexualité avec leurs ados,
    le programme de SVT de 4ème comprend justement une partie sur la « transmission de la vie chez l’Homme » très détaillée et nous faisons aussi souvent intervenir des professionnels (planning familial, infirmière, assistante sociale) pour au moins une séance d’éducation à la sexualité… ces séances et ces cours sont l’occasion pour les élèves de poser des questions qu’ils n’osent pas aborder en famille,
    bref en ce qui me concerne c’est une partie du programme que je trouve très importante et même si je n’ai pas le temps de boucler mon programme, je la traite toujours avec mes classes…

    1. Les enfants ont des cours de SVT en CM2 je crois et en 4ème. Mais il faut aussi que les parents en parlent. L’école n’est pas suffisante (même si c’est une base scientifique nécessaire). Il faut vraiment que les parnets abordent le sujet de façon moins scientifique mais plus du niveau des sentiments, des pratiques (quand un sixième m’a demandé ce qu’était une fellation en cours, je t’avoue que j’ai renvoyé la balle d’abord au disctionnaire puis aux parents). C’est une éducation ommune à faire : école et parents, ensemble. Il faudrait aussi des infirmières scolaires dans chaque établissement, avec des plaquettes d’informations sur les IST, la contraception, etc. Et surtout une oreille attentive!

  6. On est censé faire de l’éducation à la sexualité en cycle3 (cm2) mais… quand je vois que des candidates PE étaient persuadées que c’était impossible de tomber enceinte à 12ans, que certains manuels de référence pour PE colportent des sottises (le stérilet c que pour les pluripares par exemple) que nombre de candidat-e-s PE sont pas à l’aise à l’idée d’aborder le sujet avec leurs élèves, qu’on me regarde comme une extra-terrestre qd je dis que je considère ce sujet comme un des plus important à aborder avec les élèves pq justement, y en a qui ne peuvent pas en parler à la maison, ben quand je constate tout ça, je me dis qu’on a pas le cul sorti des ronces… :/

    1. Certains profs des écoles ne sont pas du tout à l’aise avec le sujet. Les profs de SVT en collège le sont davantage généralement mais en 4ème les gamins sont en plein chamboulement hormonal et ce n’est pas forcément le plus facile à gérer. Il faudrait peut-être des intervenants étrangers pour que ce soit plus à jour et plus pertinent.
      Moi aussi je considère que c’est très important, parce que justement les gamins n’ont pas forcément des parents ouverts à tous les sujets de discussion.

  7. les médias ne devraient pas mettre toutes ces affaires au grand jour, c’est aussi attirer les jeunes vers la débauche que d’en parler trop et les parents doivent éduquer leurs enfants quand ils commencent à grandir et à se poser des questions, le sexe n’est pas un sujet tabou

    1. Je ne pense pas que mettre les affaires au grand jour, c’est attirer les jeunes vers la débauche. Je pense au contraire qu’il est nécessaire d’informer les parents de ce qu’il se passe, cela leur permettra peut-être d’amorcer un dialogue avec leur enfant et de découvrir s’ils ont déjà vu un porno, si cela les a choqué, ce qu’ils connaissent de la sexualtié, etc.
      Je suis bien de ton avis, le sexe de noit pas être un sujet tabou!
      Belle soirée Flipperine.

  8. Sos-inceste fait des informations-préventions dans des lycées surtout à partir de la 1ère et c’est surprenant de voir qu’il y a encore des élèves de 17 ans qui ne savent pas expliquer ce qu’est l’inceste. La prochaine sera faite à Châteaubriant
    bonne soirée à vous trois, bisous

    1. Merci Paquerette.
      A partir du lycée, pas avant? C’est dommage parce que trop d’enfants en bas âge sont victimes d’incestes. Il faudrait faire ces informations-préventions avant.
      Bonne soirée, bisous.

      1. C’est tout simplement parce que nos préventions ne sont pas adaptées à plus jeunes et qu’il nous faudrait le double de bénévoles ( qui ne se bousculent pas) pour préparer et faire d’autres préventions.

        1. Le manque de bénévoles et souvent de moyens est un frein.
          Je vais me renseigner pour savoir s’il y en a par chez moi… Je me verrais davantage faire de la prévention pour les tout petits qui sont malheureusement les premières victimes.
          Merci pour l’info Paquerette.

    1. Et je me réponds (parce qu’en fait mes idées n’avaient pas fini de tourner dans ma tête et j’avais pas fini de te les livrer)…
      J’ai répondu aux questions des petites filles que je gardais sur tous les sujets, et je ne trouve pas ça difficile. Je postule pour des CM2 l’année prochaine, j’ai hâte 😉

      1. Oh super, tu seras au top avec les CM2!
        Moi aussi j’ai toujours répondu aux questions des enfants et des élèves, même si je ne suis pas prof de SVT ou infirmière scolaire. S’ils nous posent des questions à nous, c’est qu’ils ont confiance donc on se doit de leur répondre.
        Non, ce n’est pas difficile si nous sommes à l’aise avec le sujet.

  9. Complètement d’accord : en laissant le champ libre aux nombreuses images sexualisées et instaurant un rapport de domination des garçons sur les filles qu’on voit tous partout (qu’on le cherche ou pas), on ne peut pas vraiment s’étonner de telles affaires. Et pour la médiatisation de celle-ci combien de centaines ou plus se passent tous les jours dans le secret ?
    Sans éducation il n’y aura pas de progrès. Cela passe par les parents qui doivent prendre le courage à deux mains pour parler de sexualité au sens large (donc pas seulement l’aspect physique ou « technique » mais aussi et surtout accompagner vers une maturité psycho-affective, parler des notions de consentement, de partage, de la culture du viol, etc. etc.) même si on est pas toujours à l’aise. À mon avis, comme beaucoup de choses, il faut faire cela graduellement, dès le plus jeune âge avec un discours adapté, en instaurant une relation de confiance et de respect de l’intimité. Cela devrait aussi passer par l’école… mais on voit les réactions quand on parle de sensibilisation à ces sujets…

  10. j’apprécie ton coup de gueule. c’est clair qu’il faut en parler, c’est parce qu’on en parle pas qu’on arrive à ça… il faut dire aussi que nos jeunes sont de plus en plus précoces et pour tout, la drogues aussi (enfin suis je peut etre déformée par la vie parisienne) alors comment on fait lorsque ce sont encore des enfants et non des ados pour les protéger… est ce que l’éducation peut suffire? c’est un vaste débat… A vouloir etre grand trop vite on oublie réellement sa personne et personnalité…

    1. L’éducation permet de les protéger : parce que s’ils savent, ils peuvent refuser, en parler. S’ils sont témoin, ils peuvent dénoncer. Eduquer c’est la base. Ensuite, il faut savoir être là pour les écouter. Et ne pas douter d’eux.
      Après, à chaque âge son éducation. Je pense que tôt, on doit apprendre aux enfants que leur corps leur appartient, qu’il y a certaines choses qu’on doit interdire.

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