Sur le bout de la langue

Le « on » n’est pas con mais caméléon!

Récemment, je me suis un peu « pris le bec » avec un parent d’élève qui considérait que le cher et tendre fruit de sa chair ne devait pas employer le pronom « on » dans ses devoirs car, je cite, « le on est con! ». J’ai essayé de lui expliquer que ce pronom, pauvre en apparence de ses deux seules lettres, était en vérité très riche… Elle n’a rien voulu entendre. Con il était, con il restera pour elle.

Mais ce pronom, est-il aussi con qu’il en a l’air?

Le pronom personnel indéfini ON vient du roman huem, lui-même issu du substantif latin homo qui signifie « homme », « humain ».

Ce pronom est toujours sujet du verbe qui le suit. Il n’a pas d’autre fonction. Mais comme c’est un caméléon, il a de nombreux sens…

1 – On peut représenter un être humain non précisé, quelqu’un : « On sonne ».

On est alors utilisé pour exprimer des vérités générales : « On a souvent besoin d’un plus petit que soit », écrit La Fontaine dans Le Lion et le Rat.

2 – On peut représenter des personnes dont l’identité est inconnue ou imprécise : « On vous demande au téléphone ». Peut-on savoir qui est ce « on« ? Une surprise? Bonne ou mauvaise? 

3 – On peut représenter des personnes éloignées dans le temps ou l’espace : « On s’éclairait à la bougie, jadis ».

4 – On peut représenter une personne indéterminée dans les phrases sentencieuses, les proverbes, les phrases d’ordre général : Quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’être malade de la rage. (oui, je sais, horrible expression, désolée).

5 – On peut représenter le locuteur et le groupe (famille, collègues, citoyens, etc.) auquel il appartient : On est tous égaux devant la loi. On a tous hérité des grandes oreilles de tonton Gaston (pas de chance)…

6 – En langue familière, on peut représenter le locuteur (moi, je) et une ou plusieurs autres personnes : On n’y connait rien!

7 – En langue familière, on peut représenter le locuteur (moi, je) représentant un sujet masculin ou féminin : On fait comme on peut (ma bonne dame) : comprendre que je fais ce que je peux.

7 bis – On peut représenter l’interlocuteur ou une 3e personne du singulier ou du pluriel avec une nuance de familiarité, d’enjouement, voire de mépris  : Pour qui se prend-on? On veut jouer les gros bras? Alors, on a bien dormi ?  Alors, on est malade aujourd’hui? Alors, on est toujours aussi con ? Généralement, l’intonation permet de saisir le sens de la phrase.

*

Le « on » est donc bien un pronom caméléon. Il prend la forme qu’on veut lui donner »…

Ce parent d’élève me soutenait que l’utilisation de ce pronom était très récente. « Depuis le XXème siècle, « on » l’emploie de plus en plus… » Que nenni, ce pronom est bien plus ancien! Molière, La Fontaine et la Bruyère l’employaient déjà, au XVIIème siècle.

« Quand l’on parcourt, sans la prévention de son pays, toutes les formes de gouvernement, l’on ne sait à laquelle se tenir », La Bruyère, Les Caractères, « Du souverain ou de la république ».

« Il suffit que l’on est contente du détour Dont s’est adroitement avisé votre amour », Molière, Les Femmes savantes, acte I, scène 4 (on = je)

« Vous marchez d’un tel pas qu’on a peine à vous suivre », Molière, Le Tartuffe, Acte 1 Scène 1 (on = je)

« Hors d’ici tout à l’heure et qu’on ne réplique pas », Molière, L’Avare, Acte I, scène 3 (on = tu ou vous)

*

Plus utilisé à l’oral qu’à l’écrit, souvent familier, le « On » est un pronom personnel impersonnel… un pronom indéfini… un pronom caméléon.

 

Alors, on a bien suivi? 😉

Einstein - Sur le bout de la langue - Culture Et Claire

 

Sources :

http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/on/55984

N’écris pas comme tu chattes– Tomes 1 et 2  par Jean-Paul JAUNEAU

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2 réflexions au sujet de « Le « on » n’est pas con mais caméléon! »

    1. A une certaine époque (dans les années 60 à 80), les instituteurs apprenaient aux enfants que « le on est un con ». Avec le gros mot, bien sûr. donc ce parent est resté sur cette expression. Bien sûr, quand il est possible de remplacer le « on », c’est bien plus joli, un « nous » par exemple. Mais parfois le « on » est subtile et il faut chercher les causes de cet emploi. C’est un pronom riche, il serait dommage de traiter de con!

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