Il faut buter les patates, le polar fermier de Gérard Alle

Cet été, pendant la préparation du déménagement, j’ai eu besoin de faire une petite pause. Mais pour me détendre, je n’avais plus guère de choix, tous mes livres étant déjà emballés. C’était sans compter la chaîne de lecture mise en place parmi les #Breizhblogueuses. C’est ainsi que j’ai reçu, juste au bon moment, Il faut buter les patates de Gérard Alle. Pas de faute dans le titre, non non, il n’est d’ailleurs pas question de pommes de terre dans ce roman, encore moins de les « butter »… Mais bien de buter les patates… Un livre qui porte un jeu de mots dans son titre était fait pour tomber entre mes mains…

Il faut buter les patates Culture et Claire 6

D’abord, la quatrième de couverture a très bien joué son rôle car elle m’a donné envie de l’ouvrir…

« De cyniques producteurs de poulet et de porc, de hauts fonctionnaires corrompus, des syndicats douteux, quelques molosses sans scrupules d’une part. D’autre part, de petits paysans fatigués de plier l’échine, quelques babas cools et autres marginaux. Le tout sur un fond de climat poisseux comme seule la Bretagne sait en produire. Il n’en faut pas plus pour construire un trépidant « polar fermier ».
À la fois désillusionné, rigolard et angoissant, un roman policier aussi actuel que captivant. »

Il faut buter les patates Culture et Claire 4

 

De quoi ça parle?

Il faut buter les patates, c’est l’histoire d’un agriculteur breton, Michel Le Provost, trente-deux ans. On comprend qu’il est en prison où il écrit son histoire. Ou plutôt, où il « l’invente ». Mais Il faut buter les patates, c’est aussi l’histoire de le Bretagne et de ses cochons, des dérives de l’agriculture intensive. Michel a voulu se révolter contre l’industrialisation de l’agriculture, contre les grands groupes d’élevage intensif et c’est ce qui l’a mené en prison. Dans ce roman, s’enchaînent un mariage, une disparition inquiétante, une chasse à l’homme, une rencontre, un séjour en prison et même un festival de rock pour dynamiser la région! On y rencontre des agriculteurs bretons, un écolo marginal, des hippies contestataires, un journaliste, et même Céline Dion!

*

Ce que j’en ai pensé. 

J’ai commencé à lire ce roman avec toute ma naïveté de lectrice ignorante : je ne connaissais ni l’auteur ni n’avais jamais entendu parler de ce roman qui est une réédition par la maison d’édition Locus Solus. Je suis donc entrée dans ce roman vierge de toute critique.

Le premier chapitre plante bien le décor : les cochons, la boue, l’agriculture intensive et la langue tout droit sortie de la campagne bretonne. J’ai eu du mal à accrocher, sans doute trop habituée au style bien lisse de mes lectures habituelles. J’ai été perturbée par cet univers si bien retranscrit. Je ne m’étais pas préparée à ça et j’ai eu du mal à terminer ce premier chapitre. Mais je me suis accrochée. Je ne suis pas du genre à abandonner comme ça. Et j’ai bien fait.

J’ai bien fait parce que j’ai aimé ce que j’ai lu. J’ai apprécié ce roman, ce « polar fermier ».

L’avis de Gérard Meudal, Le Monde
L’avis de Gérard Meudal, Le Monde

J’ai aimé l’intrigue policière, les personnages, attachants. La disparition d’Hervé, un jeune employé de la Coopé qui souhaitait s’installer comme agriculteur, pousse Michel et Yves, son voisin, à partir à sa recherche, avec l’aide de Joël, un écolo contestataire et marginal.

J’ai aimé la langue et le style. Ce qui m’a décontenancée au début a fait mon bonheur de lectrice par la suite :

« Moi, je suis pas pour les feignants. Ça non ! Mais c’est devenu une vie de fous, au jour d’aujourd’hui. Et y en a qui feraient mieux de s’arrêter un peu pour réfléchir. Ça ferait moins de dégâts. Pour sûr. »

J’ai aimé les idées que véhicule ce roman et que je partage, notamment sur les dégâts que cause l’élevage intensif, pas seulement sur les hommes, sur le paysage, sur les terres, sur la mer (ah, les marées d’algues vertes), mais aussi sur les animaux eux-mêmes, sur la nature :

« Il aperçut dans le lointain les rares talus qui avaient échappé aux remembrements successifs, de timides bosquets, de petits bouts de lande miraculés, autant de vestiges d’un temps révolu, quand les êtres humains habitant la contrée étaient plus nombreux que toutes les poules et les cochons réunis. Ce n’était plus le cas. Les poulaillers industriels et les porcheries ponctuaient çà et là, de leurs taches grises et blanches, le paysage massacré.

Tandis que triomphait sur le haut de la plus haute colline l’immense maison des Cloarec, au bas de la même colline, leur décharge familiale vomissait dans l’eau de la rivière son content d’insultes : carcasses de bagnoles, fûts de produits chimiques éventrés, boîtes de conserve rouillées, vieux sac d’engrais, chat crevé. »

Il dénonce les ententes, les magouilles, entre les patrons de l’agrobusiness et les élus locaux : dépassement des quotas, marché noir et caisses noires, corruption, pollution, « gavage » des animaux aux farines animales, etc.

Quelques extraits qui parlent d’eux-mêmes :

Il faut buter les patates Culture et Claire 3
Il faut buter les patates Culture et Claire 2

Il faut buter les patates Culture et Claire 1

Le polar « paysan breton » du début se termine en comédie loufoque. La critique sociale laisse de plus en plus sa place à l’humour. Et la langue paysanne de la Bretagne profonde prend même l’accent québécois à la fin!

Il faut buter les patates est paru en 2001. Dans cette réédition par les éditions Locus Solus en 2014, il aurait suffi de changer les casquettes en bonnets rouges pour actualiser le roman : rien n’a malheureusement changé en treize ans.

 

*

Un grand merci au blog Les Lectures de Kik et aux éditions Locus Solus from Finistère de m’avoir permis de découvrir cet auteur et ce polar!

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5 commentaires

    1. Franchement, au début, j’ai pas accroché. Mais finalement, il m’a plu. Alors que ce n’est pas du tout le genre de romans que je lis habituellement.

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