Mardi 28 janvier a débuté, sur une quinzaine de chaînes de télévision (elle avait commencé le 21 janvier sur le web), une campagne du Collectif Féministe Contre le Viol intitulée « L’inceste est toujours un crime ».

L’objectif est simple : il faut  sensibiliser la société française à ce sujet encore tabou et alerter sur l’inceste qui n’existe pas dans le code pénal français. 

« Un enfant n’est jamais consentant », c’est le message de cette vidéo que vous pouvez regarder ici : L’inceste est toujours un crime.

Capture d'écran de la Campagne contre l'inceste, concue par le Collectif féministe contre le viol.
Capture d’écran de la Campagne contre l’inceste, conçue par le Collectif féministe contre le viol.

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Définition de l’inceste : 

L’inceste désigne toute relation sexuelle entre membres de la même famille.

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Ce que dit la loi : 

L’inceste n’a été défini comme viol que 18 mois, entre 2009 et 2011 puis il a disparu du droit après une décision du Conseil Constitutionnel. Actuellement, pour les mineurs, l’article 227-25 précise que : « le fait, par un majeur, d’exercer sans violence, contrainte, menace ni surprise une atteinte sexuelle sur la personne d’un mineur de quinze ans est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende ». Donc la loi considère qu’il y aurait des enfants consentants. L’inceste est alors considéré comme une atteinte sexuelle et non pas comme un viol qui, lui, serait passible de 20 ans de réclusion criminelle. Les victimes doivent donc prouver la menace, la contrainte. Or, pour un enfant de 5 ou 6 ans, il est difficile de dire qu’il a été violé. 

Quelques chiffres :

Selon l’enquête « Les Français face à l’inceste », réalisée en 2009, plus de 2 millions de personnes auraient été victimes d’inceste en France, soit 3% de la population, dont 5% de femmes et 1% des hommes. Cela touche tous les milieux sociaux.

Mais c’est une enquête. Or, on sait que l’inceste reste encore tabou et les victimes qui se sentent coupables et ont honte, ne parlent pas. Le poids du secret. Donc je pense que les chiffres sont malheureusement bien en dessous de la vérité.

Le Collectif contre le viol estime que « dans chaque classe, il y a un enfant victime d’inceste ». 1 enfant sur 24 serait victime de son frère, de son père, de son oncle, de son grand-père, de sa mère (car il y a des femmes incestueuses aussi), de son cousin, de son beau-père. Un élève, dans chaque classe…

La prof que je suis se rend compte de l’ampleur de ce fléau. Dans ma courte carrière, j’ai déjà dû rencontrer des dizaines de victimes et je ne l’ai pas vu, je ne l’ai pas su. Et je me demande aujourd’hui comment j’aurais pu le voir, quels signes auraient pu m’alarmer.

Faire attention aux signes :

Le Collectif contre le viol essaie de nous sensibiliser aux signes qui peuvent permettre de repérer qu’un enfant est la victime d’un membre de sa famille. Il faut repérer les signaux psychologiques et/ou physiques de souffrance de ces enfants : un changement d’attitude comme la chute soudaine des résultats scolaires, des fugues, des troubles du comportement comme des bagarres à l’école, une grande tristesse, l’anxiété, l’anorexie ou  la boulimie, des troubles du sommeil, des cauchemars, un stress, une agressivité, voire une dépression, des pulsions suicidaires chez de très jeunes enfants, des infections urinaires très fréquentes, des troubles du sphincter, une énurésie, etc. 

Ce sont des signaux qui doivent alarmer. Bien sûr, tous les enfants qui développent ces troubles ne sont pas tous victimes d’inceste, mais ils peuvent être dans une grande souffrance et une grande détresse et il faut savoir ce qui les fait développer ces syndromes de stress post traumatique.

Plus le repérage est précoce, plus vite l’enfant pourra être protégé et plus sa prise en charge sera efficace. Parce qu’une fois adulte, on souffre encore. Terriblement. Le risque de subir à nouveau des violences est énorme. Les tentatives de suicide, les conduites addictives, la prostitution… tout cela menace les adultes victimes dans leur enfance. 

Mais pour cela, il faut briser le secret qui entoure l’inceste. L’agresseur impose le secret mais bien souvent la famille, les proches, ne sont pas prêts à entendre la vérité. C’est difficile d’imaginer que son mari, son fils, son neveu, son frère puisse faire du mal à son enfant. Même quand l’enfant essaie de dire son secret, l’adulte ne veut pas voir, ne veut pas entendre.

D’abord, il faut écouter l’enfant. Ne pas le traiter de menteur. Et l’accompagner.

C’est ce qu’a fait une de mes collègues. Une jeune fille de sixième est venue la voir après la classe. Elle lui a raconté les viols commis par son frère. Elle lui a dit qu’elle avait essayé d’en parler à ses parents mais qu’ils n’ont pas voulu comprendre. Elle lui a dit que ça suffisait. Sa prof lui a dit qu’elle l’aiderait et c’est ce qu’elle a fait, en prenant conseil auprès de la gendarmerie. La victime a parlé et on l’a écoutée. Elle peut aujourd’hui s’en sortir.

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Pour plus de renseignement : 

Le Collectif Féministe Contre le Viol
http://www.cfcv.asso.fr/
Numéro national : 0 800 05 95 95
Accessible du lundi au vendredi de 10 h à 19 h
Appel gratuit depuis un poste fixe (métropole et outre-mer)

Allo Enfance en Danger
http://www.allo119.gouv.fr/
Numéro national : 119
Accessible tous les jours de l’année, même la nuit depuis la France et les Départements d’Outre-mer
Appel gratuit depuis tous les téléphones : fixes, mobiles, cabines téléphoniques

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Pétition à signer pour l’insertion de l’inceste dans le code pénal :

http://www.mesopinions.com/petition/droits-homme/insertion-inceste-code-penal/825

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