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Et si tu étais née en Espagne, ma fille…

En Espagne, il y a quelques semaines (mi-décembre 2013), le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a décidé de faire un bond de trente ans en arrière, en proposant un projet de loi supprimant le droit des femmes à décider librement d’interrompre leur grossesse. Revenir sur la loi (entrée en vigueur en 2010) qui autorisait les femmes à interrompre leur grossesse (sans condition de motif jusqu’à la quatorzième semaine de grossesse) était une promesse de campagne qu’il compte bien tenir en créant une nouvelle « loi de protection de la vie du conçu et des droits de la femme enceinte ».

En Espagne, la résistance s’est organisée et a trouvé écho en France où la loi sur l’IVG (merci Madame Veil), qui date du 17 janvier 1975 et qui dépénalise le recours par une femme à l’avortement semblait acquise. D’ailleurs, les députés français doivent se prononcer sur la suppression de la notion de « la situation de détresse » qui, seule, autorisait l’avortement et son remplacement par cette phrase : « La femme enceinte qui ne veut pas poursuivre une grossesse » pourra demander une IVG.

Mais l’Espagne a ouvert la voie et les anti-IVG européens se sont engouffrés dans la brèche.

Source : www.lemonde.fr
Source : http://www.lemonde.fr

Dimanche 19 janvier, plusieurs milliers de militants anti-avortement ont défilé à Paris. Il étaient séparés par quelques kilomètres des militants pro-avortement. Les banderoles « libre d’être contre l’IVG, « Oui à la vie », « Viva Espana » se sont opposés aux  slogans « Avorter c’est mon droit, intégristes hors la loi », « mon corps, mon choix, à bas le patriarcat ». Parce que c’est de ça, dont il est question : la liberté de disposer de son corps.

Les raisons qui poussent une femme à avoir recours à un IVG importent peu, que ce soit suite à une absence de contraception, un accident de contraception, à un viol, à une hyper-fertilité, etc., les femmes doivent être libres de choisir la vie qu’elles veulent avoir. Libres de pouvoir continuer à étudier, à travailler, à vivre la vie qu’elles ont choisies sans se retrouver avec un bébé non désiré sur les bras.

Pour moi, cette loi était un acquis. Si une femme est enceinte et qu’elle ne souhaite pas garder ce fœtus, elle peut avoir recours à une IVG. Une interruption VOLONTAIRE de grossesse. C’est ce mot, « volontaire », qui est le plus important.

J’ai une fille. J’ai choisi d’arrêter ma contraception pour l’avoir. J’ai disposé librement de mon corps. Elle est née. Elle va grandir, devenir une jeune fille, aura une sexualité, choisira d’être mère ou non. Elle sera libre. Enfin, je l’espère…

Et si elle était née en Espagne, ai-je pensée lorsque le gouvernement espagnol a proposé ce projet de loi liberticide. Et si elle n’était pas née en France? me suis-je demandé. Elle aurait dû se battre comme se sont battues nos grands-mères, pour avoir le droit de disposer de leur utérus, comme se battent aujourd’hui les Espagnoles pour qu’elles ne perdent pas leurs droits. A ce moment-là, j’étais heureuse d’être française. Mais hier, en voyant les images des manifestations en France, à Paris, j’ai eu les larmes aux yeux. Je vais devoir me battre pour moi, pour ma fille. Finalement, aucun combat n’est totalement gagné. Il faut toujours continuer à se battre, ne jamais baisser la garde.

J’ai un utérus. Il est à moi. C’est donc à moi de CHOISIR si je veux le remplir ou non. Si je veux qu’il porte à nouveau la vie ou non. A MOI. Pas à vous, anti-avortement. Je ne sais pas qui vous êtes. Je ne sais pas pourquoi vous ne voulez pas qu’une femme puisse librement choisir de porter la vie ou non. Mais je respecte vos convictions. Oui, vous avez le droit d’être contre. Alors laissez-nous le droit d’être pour!

Ne revenons pas en arrière. Ne régressons pas, nous aussi. Les femmes, depuis l’Antiquité, ont toujours essayé de mettre fin aux grossesses non désirées. Ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas en interdisant l’IVG qu’elle va disparaitre! Non. Il y en a toujours eu, il y en aura toujours. Mais c’est en interdisant l’IVG qu’on va mettre la vie des femmes en danger. Dans tous les pays où les IVG sont illégales, il se pratique des IVG « sauvages ». Combien de femmes meurent encore aujourd’hui parce qu’elles ne sont pas libres de disposer de leur corps?

Je suis une femme, une mère et une prof. Je veux disposer librement de mon utérus, de mon corps et de ma vie. Je veux continuer à pouvoir le faire. Je veux que ma fille, que mes élèves puisse faire leurs choix, qu’elles soient libres. Personne ne décidera pour elles.

*

Tu es née en France au XXIème siècle, tu es libre, ma fille. Je me battrai toujours pour tes droits et je t’apprendrai à te battre. A ne jamais rien considérer comme acquis. A ne jamais baisser ta garde. Tu seras une femme, ma fille. Tu seras libre.

*

D’autres billets à lire :

Chez Raquel : Mon utérus était à moi…

Chez Véro Vire au Vert : Gouvernement espagnol, c’est à toi que je m’adresse !

Chez S comm C : L’avortement, une nécessité de santé publique

Chez Olivia à Paris : Nous les femmes

Chez Cocoon et moi : Disposer de son corps : IVG

Chez Working Mama : Mon corps se fout de votre volonté

Chez Miss Bavarde : Je dispose de mon corps comme bon il me semble

Chez Les pensées d’Elisabeth : Des milliers de manifestants … et mes larmes de colère

Chez Bloody Anna : L’avortement est-il un crime ?

Chez Nat Maman Ourse : Je n’en veux plus….

Chez Maman Anonyme : Moi et moi seule !

Chez Mamengagée : Nous sommes ces femmes libres de disposer de leurs corps et de leurs choix

Chez C’est quoi ce bruit? : Mon utérus t’emmerde !

Chez Allo Maman Dodo : Avoir le choix de faire un choix… ( IVG, mon corps, mon droit)

Chez La Belle Bleue : Notre corps nous appartient, merci

Chez Un journal pas si intime : L’IVG, ça n’arrive pas qu’aux autres

Chez Petite Yaye : IVG, je me souviens…

*

Le blog des filles des 343 salopes : IVG, je vais bien merci

Le blog Polyvalence mon pote et ses témoignages sur l’IVG

*

Pour des infos sur l’IVG :

Le site officiel du gouvernement : http://www.sante.gouv.fr/ivg

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19 réflexions au sujet de « Et si tu étais née en Espagne, ma fille… »

  1. Les anti-avortements croient sans doute que pour la femme qui doit se résoudre à cette intervention, il s’agit d’une chose anodine comme le serait l’ablation d’un grain de beauté. Hélas une IVG n’est jamais vraiment un choix, elle est toujours la dernière et souvent seule solution, un acte douloureux psychologiquement, ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’une femme va se faire arracher la vie qui commençait à battre en elle. Si une IVG peut être salvatrice elle témoigne toujours d’une expérience douloureuse en amont: un viol, une situation de misère inextricable, un problème de contraception, bref quelque chose qui vient toujours tout bouleverser. Alors oui les femmes doivent avoir le droit de disposer de leur corps, et on ne devrait jamais avoir à lutter de nouveau pour cet acquis. Ah je ne trouve plus mes mots tellement cette situation m’énerve!

  2. Coucou Kiara !

    Je t’invite à lire cet article écrit par une espagnole http://alarach.fr/mon-uterus-etait-a-moi/ que j’avais, mi-décembre, partagé sur ma page Facebook https://www.facebook.com/lesmotsdemarguerite (allez, au passage je te laisse le lien :-). Moi je suis tellement triste pour tout ce qui se passe dans mon pays que je n’ai plus de mots pour en parler. Seulement, et comme tu le dis très bien, attention à ce qui peut aussi se passer en France…

  3. A raison ce sujet tourne beaucoup en ce moment sur les blogs ou les médias, et pour ma part je n’y réfléchi pas du tout (en tout cas pas au-delà de « ça devrait être légal et facilement accessible dans tous les pays du monde ») mais à chaque fois dans tous les discours pro ou anti l’usage du mot « liberté » à gogo me fait totalement tiquer.
    Je saurais pas expliciter le pourquoi de mon sentiment, mais je le trouve pas approprié, hors de propos. Pour moi dans ce débat je trouve le recours à de grandes théories philosophiques ou éthiques inutiles, entre le droit du foetus et celui de la mère, les pro et les anti se mettront JAMAIS d’accord. Ce sont des conceptions de vie différente, un dialogue de sourd vain.
    Par contre les deux partis devraient pour moi être d’accord pour l’IVG sachant que si c’est interdit des femmes mourront ou seront mutilées en tentant d’avorter illégalement. C’est pour ce côté pragmatique bien plus que pour la liberté de mon corps que (de toutes façons notre corps n’est pas libre dans la société de l’apparence à l’extrême où nous sommes).

  4. Très beau billet ! De quel droit des étrangers ( à notre famille ) vont-ils décider pour nous ? L’Espagne fait marche arrière dans la liberté et il se trouve aussitôt des (…censuré …) pour défiler en réclamant la même chose chez nous. Les humains seront-ils un jour des civilisés respectueux de la liberté d’autrui ? Navrant ! Bonne soirée Bisous

  5. c’est un sacré retour en arrière et inquiétant à plus d’un titre car c’est privation de liberté comme d’autres choses que je vois de plus en plus dans les rues mais ne vais pas argumenter ici, bisous

  6. C’est un sacré travail que d’éduquer un enfant, une sacrée responsabilité. J’espère tant que cette loi sera avortée (si tu me permets le terme)… et qu’elle n’aura représenté qu’une piqûre de rappel. Rappel que rien n’est jamais acquis. Éducons, éducons éducons… bravo pour ce billet.

  7. Cette décision en Espagne est ignoble ! j’espère qu’il y aura assez de femmes encore pour se battre contre des déciseurs pareils ! il y a toujours une lutte a reprendre malheureusement, à notre époque c’est inoui !
    @nnie

  8. Je suis outrée par tout cela, on se rend bien compte que les lobbys anti-avortement sont très puissants en Europe et aux Etats Unis.

  9. Amen Kiara, c’est un droit fondamental pour moi, pour toutes, et sans conditions. Oui moi j’estime qu’il n’y a pas à se justifier. On ne veut pas de cette grossesse, ça suffit. Non mais!

  10. Je suis pour l’avortement. C’est primordial de pouvoir choisir si oui ou non on garde un enfant. Pourquoi le garder s’il va être malheureux, malade,… Il y a tellement de raison d’avorter. Et au lieu de faire un bon dans le passé, croire que ça va arranger les choses (une loi c’est pas de la magie, hein, il y aura toujours des IVG), au lieu de ça, pourquoi c’est personnes ne cherchent pas à améliorer les conditions liées à l’avortement (parler aux ados des moyens de contraception sans que ce soit tabou, accompagner le couple dans ses choix et dans les suites d’un avortement…)
    Je crie donc haut et fort: « Oui à l’IVG! » (et celui qui n’est pas d’accord, s’il est disposé à en parler calmement, je l’invite à me contacter)

  11. Quand j’ai vu ça (sur les blogs et les réseaux sociaux, car je n’ai toujours pas la télé), j’ai cru à une vaste blague. Franchement…
    Pourquoi régresserions-nous ? A quoi pensent les gens qui décident de telles lois ? Et puis d’abord qui sont-ils ? Des hommes probablement, avec une prostate défaillante et une fonction érectile qui laisse à désirer, encore plus probablement, ou alors des femmes mal-baisées, frustrées, ménopausées ou je ne sais quoi d’autre…

    Ou alors tout simplement des extrémistes, des radicaux…. Ce genre de gens qui sont persuadés que rien ne peut pas être acceptable si ça ne suit pas leur ligne de conduite, leur vision étriquée…

    C’est fou.

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