Peut-on récompenser un artiste sans se soucier de l’homme?

C’est la question que je me pose depuis hier, depuis que le prix Renaudot Essai a été attribué à Gabriel Matzneff, défenseur de la pédophilie.

Avant, je vous aurais dit que peu importe l’homme, que c’est l’artiste qui a été récompensé. Qu’on ne doit pas mélanger homme, personnalité et l’artiste, créateur. Que quand on écoute leurs chansons, regarde leurs œuvres, lit leurs livres, on ne sait pas qui l’a créé et à vrai dire, on s’en fiche.

Je ne m’empêche pas de lire et d’étudier les œuvres de Victor Hugo, parce qu’il trompait sa femme à tour de bras et avec de très jeunes femmes. Je ne censure pas Céline parce qu’il était antisémite. Je ne change pas de chaîne quand passe à la télé un film de Polanski par égard pour sa jeune victime. Je ne vais pas jeter mes CD de Noir Désir parce que la violence de Bertrand Cantat a tué sa compagne.

J’ai toujours su faire la différence entre une oeuvre et son créateur. Je regarde et admire les toiles Picasso sans penser que l’homme était un salaud. J’ai étudié des extraits des œuvres de Pasolini sans me douter un seul instant de l’homme qui les avait créées.

Mais…

Hier, j’ai entendu à la télé que le prix Renaudot Essai avait été remis à Gabriel Matzneff pour son essai Séraphin c’est la fin. Sur le coup, je me suis dit : « Le titre ne me donne pas du tout envie de le lire! » Et puis ce matin, je me réveille après une nuit difficile (encore une) et je lis les journaux sur mon téléphone en prenant mon petit déjeuner. Je découvre une véritable polémique autour de cet auteur que je ne connaissais pas quelques heures auparavant.

Je découvre qu’il a écrit, il y a quelques années, un éloge de la pédophilie. Quelques recherches rapides sur un moteur de recherches et je trouve l’essai en question et quelques extraits qui me dégoûtent.

Depuis, je me pose bon nombre de questions.

Attention, réflexion intense

L’auteur a-t-il écrit cet essai qui s’intitule Les Moins de 16 ans pour provoquer ou pense-t-il réellement ce qu’il a écrit? A-t-il vécu ce dont il parle? Si oui, se rend-il compte que cela tombe sous le coup de la loi? Qu’il n’est pas au-dessus des lois?

Sous prétexte de liberté d’expression, comment une maison d’édition peut-elle publier ce genre d’écrit? Comment des gens peuvent-ils se rendre à la librairie et acheter ce livre comme ils achèteraient le journal?

Les membres du jury se basent-ils uniquement sur l’oeuvre proposée ou ont-ils connaissance de la bibliographie de l’auteur? S’ils ont connaissance des autres écrits de l’auteur, en font-ils abstraction? Mais comment peut-on faire abstraction de cela?

Avant, j’aurais dit que peu importe l’auteur, c’est son oeuvre qu’on juge, pas lui.

Mais nous sommes au XXIème siècle. Les membres du jury connaissent les écrits des auteurs dont ils jugent le travail. Ils choisissent en toute connaissance de cause. Ils ne sont donc pas tombées des nues en découvrant les réactions sur twitter et dans les médias? Peut-être ont-ils justement choisi cet auteur pour faire parler d’eux, de leur prix? Peut-être est-ce juste de la provocation?

Le fait que cet auteur ait reçu un prix lui fait de la publicité. On parle de lui, de ses autres écrits. Il passe à la télé, dans les journaux. Peut-être que cet essai, qui lui a fait remporter ce prix est aussi génial que le pensent les membres du jury. Peut-être…

Mais on ne peut pas tout accepter, au nom du génie. On ne peut pas vanter les mérites de cet essai (que les journalistes n’ont pour la plupart pas lu) sans questionner l’artiste sur sa bibliographie, en fermant les yeux sur l’horrible, l’abject, l’infâme?

Je termine ce billet en me rendant compte que je ne réponds à aucune des questions que je pose.

Une pétition, pour qu’on retire son prix à Gabriel Matzneff, circule. Malheureusement, j’ai presque envie de dire que c’est trop tard. Il a reçu déjà plus de publicité qu’il ne pouvait en souhaiter (les polémiques font plus de pub qu’un prix prestigieux).

Je m’en fiche de ce prix. J’aimerais seulement que le monde littéraire arrête de se cacher derrière le talent, qu’il arrête de fermer les yeux sous prétexte de génie. Qu’il reconnaisse que derrière un artiste peut se cacher un pervers, un pédophile, un violeur d’enfants. Et surtout qu’on ne salue pas l’homme, qu’on n’explose pas de joie parce que la culture vaut mieux que ça!

coup de gueule

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25 commentaires

  1. Ah ah, et donc ça rejoint un peu la question que tu as posée dans ton tag.
    Tu connais donc la réponse, je ne m’épancherai pas plus sur le sujet.
    Effectivement moi ce mec je le rayerai de ma vie et de mes listes de lecture (si toutefois il en faisait partie, ce qui n’est pas le cas).

    1. En fait, ma question, c’était par rapport à un autre sujet (dont je veux parler depuis longtemps mais j’ai pas le temps!!!). Enfin, sur le coup, ça se rejoint un peu.

  2. Je n’étais pas ou courant (pas le temps) mais je trouve cela odieux, j’espère que la pétition amènera la censure de ce livre là au moins.
    Alors Bichette n’a pas dormi 12H le nuit dernière ?
    Bisous et bonne soirée

    1. Oh non, elle n’a pas dormi 12h! Elle a du mal à s’endormir et se réveille toujours pour une tétée nocturne.
      J’espère que ton petit fils va mieux.
      Des bisous.

  3. Non. Il y a des sujets qui font que non tout n’est pas acceptable et notamment l’éloge de comportement déviant de cette sorte.

    PS: fautes frappe nous sommes au 21 pas au 19

    1. Oui, je viens de voir ça! Merci! Rhô, la boulette! J’ai écrit ce billet en allaitant Bichette, je ne me suis pas relue.

      Sinon, je suis d’accord avec toi!

  4. Mon avis est celui ci, je boycotte les gens comme CELINE pour son comportement anti sémite, TRENET pour ses penchants pédophiles avérés et donc cet auteur là aussi, toi tu es plus touché par celui ci que par celui qui n’a pas été humain avec les juifs (et je ne le suis pas pourtant juive) toi disais je donc car tu es maman et que la pédophilie là te touche plus c’est logique.

    Moi je ne juge pas qui que ce soit par contre n’achèterai pas une oeuvre ou un livre de quelqu’un qui ne respecte pas l’humain ou l’animal c’est aussi simple que celà,.

    bisous

    1. Ah, non, c’est juste que je suis prof de français et que si je ne devais étudier que des auteurs qui n’ont pas eu un comportement scandaleux, il ne resterait plus grand monde… Quand j’étudie Céline, c’est son oeuvre que j’étudie, pas lui. Je me fiche de lui, totalement. Je n’en parle pas et je ne demande pas à mes élèves de faire des recherches sur sa vie. D’ailleurs, je trouve ça stupide de vouloir étudier une oeuvre à travers ce qu’on connaît de l’auteur. C’est idiot, on ne saura jamais ce que l’auteur a voulu dire, on n’est pas dans sa tête (et heureusement). Par contre, si un élève fait des recherches et me dit : « Mais Madame, Céline est antisémite », je leur explique le mot et leur rappelle que c’est une forme de racisme envers les juifs. Que c’est intolérable et condamnable. Céline avait ses convictions, je ne les partage pas, loin de là.
      Charles Trénet, je ne l’étudie pas en classe et je ne l’écoute pas non plus, par goût. Je ne savais même pas qu’il avait des penchants pédophiles.
      Je me fiche de la vie privée des auteurs, de leurs convictions quand je découvre un texte ou une chanson, ou un film. Je ne vais pas faire des recherches pour savoir si je dois boycotter ou non. Mais des personnes qui donnent un prix, eux, ont un devoir envers la société.C’est ce que j’ai voulu dire.

      Bisous Fabymary.

  5. je tombe des nues car je me soucie des prix littéraires comme de ma première chemise, et à vrai dire en ce qui me concerne ils agissent plutôt comme un facteur de rejet qu’autre chose, sans doute mon esprit de contradiction. Toutes les questions que tu soulèves je me les pose également en découvrant cette « affaire ». En effet peut-on tout accepter sous couvert de génie? La question s’est posée pour Céline et elle se posera sans cesse car en fait il faudrait encore que le « génie » d’une oeuvre ou d’un artiste soit quelque chose de tangible, de définissable, or avec l’art, quelle que soit sa forme, on n’est jamais que dans de l’abstraction et la subjectivité…

    1. Bien résumé.
      Je suis comme toi, les prix littéraires ne m’attirent pas (peut-être qu’on a trop été conditionnées pendant nos études et on fait un rejet?). Mais j’écoute quand même les remises de prix, pour info.

    1. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi le jury a choisi cet auteur et déjà, pourquoi il était dans la sélection? Ça lui fait une pub monumentale. Ca m’écœure.

  6. C’est un livre que j’aimerai lire, pour avoir un avis sans me fier aux autres et pour autant, je ne peux pas. Pour moi l’oeuvre n’est pas dissociable de son auteur et j’ai un avis très tranché sur Bertrand Cantat. Il me semble impossible d’aduler quelqu’un qui a tué une autre personne de par sa violence, même au nom de l’amour.

    1. Aduler c’est un peu fort. Je n’ai jamais adulé personne. Mais quand j’écoute Noir Désir (Bertrand Cantat n’était qu’un des membres du groupe), je ne pense pas à ce qu’il a fait. Par contre, quand je vois sa photo, si. Son image est associée à son crime. J’arrive généralement à dissocier oeuvre et artiste.
      Moi aussi j’aimerais lire ce livre, pour me faire mon idée. Mais en même temps, je ne serai pas partiale. Comme j’aimerais lire Mein Kampf, pour savoir ce qu’il contenait. Mais c’est impossible. Je crois que nous sommes assez intelligentes et avons assez de recul pour pouvoir nous faire notre propre opinion. Malheureusement, ce n’est pas le cas de tout le monde.

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