Etre prof·Vendredis Intellos

Etre prof, c’est parfois punir

Dans toute société, il existe des règles que l’on doit respecter. Quand on franchit les limites, on est sanctionné. C’est ce que je rappelle à mes élèves à chaque rentrée. M’appuyant avec eux sur le règlement, je leur explique l’échelle des sanctions. En discuter ensemble en début d’année permet de fixer les choses et d’être juste (ou du moins, pas trop injuste).

Mais (il y a toujours un « mais ») ce n’est pas si simple. Punir un élève, c’est plus complexe qu’il n’y parait.

Bien sûr, certains de mes collègues ne se posent pas de questions (ou du moins, pas autant que moi) et excluent les élèves à tour de bras, les collent plus vite que la lumière ou vont puiser dans leur cerveau hyper réactif des exercices et travaux supplémentaires.

Je ne fonctionne pas ainsi.

Je n’exclus les élèves que s’ils ont un comportement violent (envers eux ou envers les autres) ou s’ils perturbent tellement le cours qu’on ne peut plus rien faire et qu’on a besoin de calme pour se remettre au travail. Souvent, mes collègues me disent : « Je ne sais pas comment tu fais, moi ça fait longtemps que je l’aurais viré! » Exclure, pour moi, ce n’est pas du tout pédagogique. C’est se débarrasser d’un problème en le refilant à quelqu’un d’autre.

Je ne colle pas beaucoup non plus. Sauf si je sais que je surveillerai l’élève ou qu’il a besoin d’être collé et donc d’être au calme et encadré pour travailler. Dans le lycée dans lequel je travaillais l’an dernier, j’ai collé trois élèves. J’ai surveillé leur retenue, ce qui m’a permis de prendre le temps de discuter avec chacun afin de comprendre pourquoi ils agissaient ainsi et s’il y avait des problèmes.

Je n’ai pas d’exercices pré-établis et je ne donne pas de travail supplémentaire (donner des exercices en plus c’est assimiler les leçons à des punitions selon moi. En plus certains ne font déjà pas leur travail alors il serait fou d’imaginer qu’ils en feraient davantage) mais j’essaie de trouver une punition adaptée à l’écart de conduite.

Bien sûr, je n’ai pas la punition infuse (mon cerveau n’est pas aussi réactif que celui de certains collègues) et bien souvent je préviens : « tu seras puni(e), laisse-moi juste le temps de trouver quelle sanction te donner ». Au début, ça les surprend, mais ils s’habituent et redoutent même davantage la punition que lorsqu’on la donne immédiatement.

Je suppose que des exemples seraient plus parlants.

D’abord, ça m’arrive d’oublier mes affaires. Une fois ou deux par an. Donc j’ai un « permis à points » et je mets une croix en face du nom de l’élève à chaque oubli. Si ça arrive une fois, je préviens qu’il faut faire attention. Deux fois, je commence à m’inquiéter et j’en discute avec l’élève. Parfois la solution est simple : « Il faut préparer ton cartable le soir et vérifier ». Trois fois, je sanctionne : l’élève doit apporter quelque chose en classe ou faire un petit exposé ou quelque chose de pas trop méchant.

Ensuite, quand le travail n’est pas fait, j’ai un autre « permis à points ». Je demande à chaque fois pourquoi les exercices ne sont pas réalisés. Une fois, je mets une croix et la date. Je note aussi la raison donnée par l’élève. Bien sûr, il doit refaire l’exercice, même si on l’a corrigé et me le rendre (c’est faire qui est formateur, en s’exerçant, on apprend). Deux fois, je mets une autre croix, la date, l’excuse avancée par l’élève. Et je donne une sanction plus importante. Cela va crescendo.

Quand je colle un élève, la retenue est liée au « délit ». Lorsque j’ai collé mes trois gaillards l’an dernier, l’un a fait le travail qui n’avait pas été réalisé, l’autre a refait un devoir totalement raté et le troisième avait un travail de réflexion à mener. Pas d’exercices en plus, pas de pages à copier bêtement sans comprendre ce qu’on écrit.

Quand j’exclus parce que l’élève était violent, cela se règle avec la vie scolaire. Un problème de comportement se gère avec l’équipe éducative.

Pour moi, la sanction doit être proportionnelle à la « faute ». Je prends souvent l’exemple du permis de conduire avec les lycéens (-1 pt, -30 pts, 90 euros d’amende, etc.) ou du sport avec les collégiens (carton jaune, carton rouge, etc.). Ça leur parle.

Une année, une élève de quatrième s’amusait à me tutoyer par pure provocation, juste pour voir ma réaction. La première fois, je lui ai fait remarquer qu’elle devait vouvoyer ses professeurs, je n’étais pas sa copine. La seconde fois, je lui ai fait répéter ce qu’elle avait dit en passant du « tu » au « vous ». La troisième fois, je lui ai annoncé qu’elle serait sanctionnée pour n’avoir pas respecté cette règle. Le lendemain (le temps de trouver « LA » punition adaptée) , je lui ai donné un texte à lire sur l’histoire du vouvoiement avec des questions de compréhension, un petit exercice pour passer du « tu » au « vous » et l’inverse puis une petite question de réflexion sur le vouvoiement. Bien sûr, elle a râlé, c’était injuste, je n’avais pas le droit de la punir, etc. Mais elle a fait ce que j’avais demandé. Quelques jours plus tard, dans la salle des profs, j’ai appris par deux collègues (un prof et un surveillant) que l’élève avait expliqué à d’autres d’où venait le vouvoiement, qui on devait vouvoyer ou tutoyer et pourquoi… Elle avait appris quelque chose de sa punition et l’avait partagé. 

J’utilise aussi des sanctions classiques : on salit = on nettoie, on casse = on répare. Un élève collait ses chewing gum sous sa table : il a nettoyé toutes les tables de la classe.

*

Pour moi, une punition doit être constructive. Elle ne doit pas être « bête et méchante » mais au contraire, elle doit faire réfléchir l’élève sur son comportement, sur ses bêtises, sur une manière de s’améliorer, de « racheter sa faute ».

Mais j’avoue que parfois, je suis à court d’idées. Il est difficile d’avoir toujours de brillantes punitions!

Et puis j’ai découvert ce livre à la rentrée de septembre (je suis toujours en congé de maternité, ce qui ne m’empêche pas de m’intéresser aux nouveautés) : Recueil de punitions en cas d’infraction aux règles aux éditions RAABE dont je vous parle ici pour les Vendredis Intellos.

*

Je laisse toujours une seconde chance aux élèves et je prends le temps de discuter avec eux. Parfois, ils ont juste besoin d’attention.

*

Etre prof, c’est enseigner, montrer la voie, le chemin, mais aussi remettre sur la bonne voie. J’essaie de le faire avec beaucoup de bienveillance. J’essaie de les valoriser, de « récompenser », mais quand je dois sanctionner, je le fais. Et j’essaie d’être juste, ce qui n’est pas toujours facile.

Etre prof, c’est un travail d’équilibriste!

La Belle Bleue
La Belle Bleue

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Si vous avez des idées de punitions intelligentes et éducatives, je prends… Vous pouvez aussi partager vos traumatismes d’anciens élèves punis à tort ou à raison!

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29 réflexions au sujet de « Etre prof, c’est parfois punir »

  1. comme tu dis c’est une question d’équilibre et c’est bien comme tu fais mais quel métier épuisant, de devoir aussi « éduquer » à la place parfois des parents qui eux ne donnent pas de règles à la maison. C’est anormal ça mais ainsi.

    Avec Bichette tout ira bien aussi au vu de la manière dont tu procèdes, et en plus la différence est que là c’est de ton enfants dont il s’agira, bisous et bon we à toi

    1. C’est vrai que finalement, dans mon métier comme dans mon rôle de parent, je dois donner des règles et sanctionner quand c’est nécessaire. Ce n’est pas toujours facile, mais on ne doit pas lâcher car les enfants ont besoin et aiment avoir des cadres bien définis, ça les rassure.
      Bisous et bon weekend Fabymary.

      1. Bonjour Madame,
        J’ai lu votre site c’est vrai cela pour vous ne doit pas etre facile tous les jours, mais vous avez des armes pour punir et la colle qu’en pensez vous? vous qui etes enseignante combien de colles mettez vous a vos élèves sur une année scolaire? et combien d’heures de colle etes vous capable de mettre? vous surveiller vos coller ou pas? je pense que c’est bien de le faire Bon courage a vous çà doit pas être simple de faire ce métier c’est une vocation

  2. On peut penser que la punition n’a pas à être agréable, que ce doit être fait juste pour embêter celui/celle qui a fauté. Ton point de vue me correspond plus…Toute la famille se souvient de la phrase à copier 100 fois par mon fils, en CP!! Il y a passé le week-end, on a tous été punis, et il a continué à bavarder!! Tout le monde fut perdant! Mais je suis convaincue qu’il existe des mômes pour qui les punitions sont inutiles, elles l’occupent juste. La punition, si elle est indispensable, doit être personnalisée.

    Ce qui me chagrine beaucoup plus, c’est le climat de peur mis en place (mis en scène ?) en amont de la punition, dans lequel baignent les (mes) collégiens: les carnets de liaison doivent être sortis dès le début de l’heure, bien posés en évidence, on fait signer des règlements en plus du règlement intérieur. Lors de la réunion de rentrée, la première chose dont on parle, à nous parents ou à eux avant chaque activité, c’est de la sanction au-cas-où. Ils vivent dans la crainte. Réponse à la phrase « comment s’est passée ta journée? » : « Je n’ai pas eu de mots, je n’ai pas été collé ! « . Et ils n’aiment plus l’école.

    1. Oh, les lignes. C’est pas interdit? C’est tellement peu pédagogique. Je me souviens d’avoir passé des heures à écrire des colonnes de « je », des colonnes de « ne », des colonnes de « doit », des colonnes de « pas », etc. Pas du tout constructif!
      Je pense aussi que la punition doit les embêter, c’est quand même le but. Mais s’ils peuvent apprendre en même temps, je trouve ça plus intéressant.
      Bien sûr qu’il existe des gamins pour qui les punitions sont inutiles. Ce sont ceux qui sont souvent punis à la maison et en classe. Au bout d’un moment ça ne fonctionne plus. Et là, c’est dur de trouver une solution (alors que parfois il suffit de les valoriser et de discuter avec eux).
      Je fais rarement sortir les carnets en début de cours. Ou alors il faut que la classe soit très agitée. Comme je le fais peu, quand je le demande, ça les surprend et j’ai leur attention.
      Pour les bavardages, c’est pas facile. Généralement, je demande à l’élève de rédiger un texte : 1. pourquoi je bavarde en classe? Les réponses les plus fréquentes : parce que c’est plus fort que moi, parce que je m’ennuie, parce que je commente tout ce que dit le prof, parce que ça ne m’intéresse pas, pour embêter le prof, parce que mon voisin est bavard, parce que c’est mon copain, etc. 2. pourquoi je ne dois pas bavarder en classe? réponses données : parce que c’est irrespectueux, parce que ça gêne le cours, ça dérange les autres, ça dérange le prof, parce que pendant que je parle je n’écoute pas, etc. 3. Comment faire pour cesser de bavarder? me concentrer, écouter, essayer de participer, etc.
      J’implique aussi les parents en demandant de signer. Certains me disent : il est pareil à la maison, on ne sait pas quoi faire. Alors on se rencontre, avec l’élève, et on en parle (avec les parents qui se rendent disponibles pour leur enfant et il n’y en a pas tant que ça malheureusement).

  3. Ah si tous les profs pouvaient être comme toi… ! J’aime ta façon de voir la punition, et je pense que j’aurais mieux aimé l’école si on avait appliqué ce genre de punitions à mon cas, plutôt que de m’exclure, ou même de punir toute la classe pour un élève en faute ! (Je me souviens d’une prof avec qui on avait créé un genre de tableau des « choses positives à faire » sur l’année, comme une sortie, faire un exposé dans une classe de plus jeunes… Bref, c’était super sympa… Jusqu’à ce qu’un jour, après avoir vu un élève de la classe faire une bêtise durant l’heure de midi, elle était entrée comme une furie, avait déchiré le tableau et nous avait juré qu’à partir de maintenant, elle ne serait plus « gentille ». On a jamais vraiment su ce qui s’était passé, mais après ça, on a plus jamais eu envie de faire du bon boulot avec elle ! :-))

    1. Hé bien!
      Punir toute la classe pour un élève, c’est le meilleur moyen de s’attirer les foudres de tous les élèves et de ne plus s’en sortir. J’ai une collègue qui avait puni tous les élèves et ils s’étaient vengés. Elle les avait tous punis encore et la tension montait, montait… 😦 Du coup le CPE et le principal avaient dû intervenir.

  4. Je suis d’accord sur beaucoup de points. La communication est essentielle et il faut passer par une étape où l’on prévient. En revanche, je trouve que tes collégiens sont bien sages (dans certaines classes, il y a une majorité qui empêche de faire cours normalement) car malheureusement si j’étais aussi conciliante sur les oublis ou devoirs non faits, je n’en sortirais pas. Je note tous les oublis sans sanctionner dès le départ. Quant à la peur mise en place avec les cahiers de correspondance sur la table, je ne suis pas sûre que ça leur fait peur mais en effet, l’autorité doit être mise en évidence dans une société où elle est bafouée et dans certains quartiers, la gestion de classe est très difficile. L’autorité est loin d’être naturelle sauf cas exceptionnels. Je pense être une professeur à l’écoute mais je sanctionne rapidement. Je n’ai exclu qu’une élève depuis le début de l’année et j’estime malgré tout que les élèves doivent l’être rapidement pour savoir où sont leurs limites car à cet âge-là, ils sont beaucoup dans la provocation. On n’a pas à tolérer des comportements d’irrespect (et pour moi, même le bavardage est irrespectueux)… souvent ils font les choses en connaissance de cause, juste pour voir ! QUant aux sanctions intelligentes, c’est sûr que c’est mieux. Mais j’aime bien aussi celles qui les embêtent un peu (beaucoup) ! Sinon, je les valorise énormément, essaie de les motiver en ne leur faisant pas toujours faire des évaluations hors de portée. Je ne les veux pas en échec mais au travail.

    1. Mes collégiens ne sont pas toujours sage, j’ai eu des élèves violents qu’il a fallu sortir plus d’une fois et des perturbateurs qui n’attendaient qu’une chose : être envoyés à la vie scolaire. Comme toi, j’exclue parfois en début d’année « pour l’exemple » : il y a toujours un élève qui teste davantage que les autres. Une fois qu’il a vu qu’on appliquait les sanctions, il se calme, généralement et les autres ont compris. Mais il faut toujours appliquer ce que l’on dit. Je crois qu’une des causes du manque d’autorité de certains profs (et parents) c’est qu’on menace et que ça ne tombe jamais.
      Même les sanctions intelligentes les embêtent. Tout travail supplémentaire les fait râler (déjà que le travail de base les exaspère parfois). Un élève qui bavardait sans cesse a dû faire un exposé sur un des aspects du cours que j’ai dû bâcler par manque de temps (je lui ai dit que si j’avais passé moins de temps à lui dire de se taire, j’aurais pu avancer!). Il y a passé beaucoup de temps mais au final, c’était super. Je l’ai félicité pour son travail et lui ai dit qu’à chaque fois que je le reprendrait, il aurait un exposé à faire. Il a fait bien attention par la suite!
      C’est vrai que quand on les valorise, ils prennent du plaisir à travailler (et non à faire les imbéciles).
      Quant à l’irrespect… Généralement, je leur demande de chercher dans le dictionnaire le sens du mot. Et ils doivent écrire : en quoi ils ont été irrespectueux, pourquoi il ne faut pas manquer de respect, ce qu’ils ressentiraient si on leur manquait de respect, etc. Si c’est bien fait, ça les fait réfléchir.
      Mais on en revient toujours au même : difficile de trouver des punitions intelligentes, adaptées et embêtantes!

  5. et tu n’as pas envie d’être formatrice ? car sans déc je trouve ta façon de concevoir la punition logique, rationnelle, et adaptée ! j’imagine qu eles profs qui ont la punition facile sont peuetre aussi arrivés au bout de leur seuil de tolérence … vous faites un métier tellement compliqué que je prends tjs un peu de tps pour juger … j’étais insolente et avec le recul je me dis que mes profs ont dû bien galérer avec moi :/

  6. C’est complètement différent en Angleterre. On ne punit qu’en dernière limite. On marche au contraire au rewards: on récompense les bons comportements et on met en valeur ce qui va bien plutôt que de relever ce qui va mal. Dans le cas d’un élève qui oublie ses devoirs par exemple, on lui signale que c’est mal…et le jour ou il amène ses devoirs à l’heure, il a une récompense. Ça a l’air bine sur le papier, mais dans la pratique, il y a un effet pervers: les élèves vont faire ères d’oublier leurs devoirs une première fois, pour être récompensés la fois suivante!

    1. Merci pour ce témoignage, c’est intéressant de connaitre ce qui se fait ailleurs!
      Les élèves trouvent toujours comment contourner le système à leur avantage (on ne peut pas leur reprocher de faire preuve d’intelligence).
      Je pense que ne pas oublier ses affaires, c’est normal (je prends toujours l’exemple de leurs parents au travail, qui ne peuvent pas oublier leurs affaires) donc pas de récompense. Mais en revanche, un élève qui oublie tout le temps et qui fait des efforts, là, oui.
      Aucun système n’est parfait, il faut s’adapter à la classe et à l’élève.

    1. Il n’y en avait qu’un, non? Ou alors je n’ai pas trouvé l’autre…
      Et non, je ne me relis jamais. Grave erreur. Enorme erreur!
      Merci pour cette correction, c’est modifié (et j’ai honte).

      PS : jamais de double ponctuation 😉

    2. Je dois vous remercier car aujourd’hui, mes élèves m’ont dit qu’il n’existait aucun verbe du troisième groupe finissant par -ure. Je leur ai immédiatement donné « conclure », mais j’en cherchais un autre, pour l’évaluation. Ce sera donc exclure!
      Petit clin d’oeil! 😉

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