Je ne m'énerve pas j'explique·Pavé dans la mare·Personnellement moi-même je pense que je...

Professeur, n. m. : grosse feignasse qui se plaint tout le temps?

Cela ne vous aura pas échappé : c’est la RENTRÉE! Enfin, la mienne a eu lieu lundi dernier… Et avec elle, reviennent toutes les petites phrases du style : « Ça va être dur après deux mois de vacances ! », « Allez, dans trois semaines tu es à nouveaux en vacances ! », « Ça va aller, c’est pas comme si tu bossais 35h par semaine ! ».

Et comme chaque année, je maudis la mauvaise réputation qu’a mon métier.

Autrefois, le professeur était respecté, il était un des piliers de la société.

Aujourd’hui, le professeur est considéré comme un privilégié, un fainéant, un planqué, un spécialiste du congé maladie et un gréviste professionnel (aucune mention à rayer… d’ailleurs, si vous en avez à rajouter, n’hésitez pas).

Alors, que s’est-il passé ? Pourquoi l’image des profs a-t-elle autant changé ? A qui la faute ? Sans doute aux profs eux-mêmes, mais aussi aux médias, aux politiques.

Chaque année, je dois rappeler que non, je ne suis pas tout ce dont on m’accuse. Chaque année, j’ai envie de le dire à tous ceux qui m’attaquent : mais si exercer ce métier c’est la belle vie, hé bien passe le concours !

Alors j’ai décidé d’expliquer à tous ceux qui sont jaloux et qui ont envie d’exercer ce passionnant métier comment devenir une grosse feignasse qui se plaint tout le temps enseignant.

Pour devenir prof, il faut obtenir un bac + 5 dans la matière qu’on souhaite enseigner (oui, c’est mieux).

Après avoir obtenu un master 1, on peut passer un concours appelé C.A.P.E.S. qu’on pourra valider en obtenant le master 2. On peut aussi passer l’agrégation.

Quand on fait partie des 10 % d’admis au concours, on devient « enseignant stagiaire » puis, après un examen professionnel (oui, encore un!), si l’avis des tuteurs est favorable : on est enfin feignasse professionnelle PROFESSEUR TITULAIRE et on attend son affectation (à 200 km de chez soi)!

Lors de la pré-rentrée, on découvre son emploi du temps et la répartition des 18h de cours à dispenser (15h si on est agrégé). La belle vie, non ?

Ah… non… j’oubliais : il faut préparer les cours, les évaluations, les rencontres avec les parents, les conseils de classe, corriger les copies, aller aux réunions et aux conseils en tous genres, participer aux journées pédagogiques et actualiser ses connaissances… Généralement, on est présent 25 à 30 h par semaine dans l’établissement et le reste du temps, on travaille chez soi 15 à 20h. Ah oui, ça fait entre 40 et 50 h de travail hebdomadaire (ça dépend des semaines). Oubliée la belle vie !

Le temps de travail des profs a été fixé par un décret en 1950. Oui, ça date ! A cette époque, on a considéré que pour 1h de cours assurée (devant élèves), un prof travaillait 1h30 soit 45h par semaine (18x(1+1,5)). En ajoutant les « petites vacances », on est à une moyenne de 40 h hebdomadaires d’« obligations de service ».

Alors quand on me dit : « Toi aussi tu serais fatiguée si tu bossais 35h par semaine », ça me fait sourire.

Et je ris encore quand on me dit : « Non, mais toi tu as deux mois de congés payés ! ». Mais bien sûr ! Et la marmotte…

Deux mois de quoi ?

Ces deux mois sont des CONGÉS OBLIGATOIRES SANS SOLDE, Oui, vous avez bien lu ! Les enseignants ne sont pas payés pendant les grandes vacances ! Notre salaire des dix mois de service que nous assurons est réparti sur douze mois. Donc pas de onzième ni de douzième mois (on est bien loin des treizièmes et quatorzièmes mois). Moi je veux bien bosser jusqu’au 14 juillet pour reprendre le 15 août et toucher un onzième mois ! Ah… mais on me dit que je travaille déjà en été… Ah oui, je prépare les cours pour la rentrée… Ah, mais ce serait donc du bénévolat ?

Quand on travaille, on reçoit un salaire. Avertissement : ne pas essayer de comprendre le bulletin de paye : c’est MISSION IMPOSSIBLE !

Un prof gagne 4000 euros par mois. Non, ça, c’est une blague des hommes politiques ! Et on sait bien qu’ils ont beaucoup d’humour.

Bon, un prof qui vient d’avoir son concours gagne 1700 € par mois. Ah, non, ça c’est une blague du Ministère de l’éducation nationale (Ah, si seulement les hommes politiques pouvaient prendre leurs rêves pour une réalité) que j’ai entendue vendredi à la radio.

Allez, je vous le dis?

La grille des salaires a été fixée par le même décret de 1950. Oui, je me répète : ça date! 

Je suis prof depuis 5 ans. Au début, je gagnais environ 1170 € par mois (j’ai un bac +4 mais je suis payée à bac +3, niveau suffisant à mon époque). Maintenant que je suis passée à l’échelon 2, je gagne 1205 €.

Il est vrai que si j’avais eu mon concours à bac + 5, je serais bien plus riche, je toucherais 1300 euros par mois ! Et en milieu de carrière, dans 15 ans, j’atteindrai 2000 euros ! Jackpot !

Là, lecteur, tu vas dire que finalement, j’ai choisi la bonne voie parce que je me plains sans cesse ! Mais non, je ne me plains pas, j’expose juste la réalité. J’accepte les contraintes de mon métier.

Alors pourquoi faire ce travail ?

Parce qu’il est passionnant. Parce que j’aime ce que je fais. Parce que je suis faite pour enseigner.

Je n’ai pas choisi ce métier pour les vacances, encore moins pour les nombreux avantages (ironie inside) que j’ai développés plus haut.

Avec un bac + 5, gagner 1300 euros par mois pour 40 heures de travail hebdomadaire, c’est ridicule, je suis d’accord avec vous. Mieux vaut choisir une autre carrière ou passer un autre concours de la fonction publique. D’ailleurs, c’est ce que font de nombreux étudiants… Ah, mais non, suis-je bête : « Il n’y a aucune crise des vocations dans l’éducation nationale » selon Vincent Peillon (mercredi, à la sortie du conseil des ministres). Alors comment cela se fait-il qu’il y ait de moins en moins d’inscrits aux concours, de plus en plus de profs qui démissionnent?

A ceux qui me disent : « Si tu travaillais dans le privé, tu te plaindrais moins! », je réponds que j’ai travaillé dans le privé. Par contre, eux n’ont pas été profs! D’ailleurs, chaque année, 30% des enseignants songent à quitter ce métier. Ils sont de plus en plus nombreux à sauter le pas pour aller travailler dans le privé.

Avant de terminer, mon petit conseil aux nouveaux profs : il faut apprendre à se blinder. Des réflexions idiotes, on en entend tout le temps. Notre propre famille, nos amis, les parents d’élèves (voire les élèves eux-mêmes), les hommes politiques, les médias, même notre propre ministre nous les envoient dans les dents. Mais si on n’a pas exercé ce métier, on ne peut pas comprendre (quoique, le Ministre est généralement un ancien prof… qui a oublié visiblement comment ça se passe).


Toi aussi tu as envie de devenir une grosse feignasse de prof? Alors passe le concours!

C’était mon pavé dans la mare, pour la Mère Cane.

Bon lundi.

Et bonne rentrée!

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121 réflexions au sujet de « Professeur, n. m. : grosse feignasse qui se plaint tout le temps? »

  1. Bonsoir,

    Je viens de lire votre article avec intérêt. J’aurais une question pour clarifier les choses: vous dites gagner 1205 euros par mois à l’échelon 2. S’agit-il de la payer que vous recevez pendant les 12 mois de l’année ou bien pendant les 10 mois (hors vacances)?
    Merci par avance!

    1. Bonsoir,
      on reçoit un salaire chaque mois donc c’est pendant 12 mois (sinon vous imaginez le bazar pour payer le loyer? 😉 ).
      D’autres questions?
      Bonne soirée.

  2. gagner si peu c’est totalement impossible, vous gagneriez le smic, or les préparateurs de classes (ménage, prépa en salles de sciences, etc) touchent le smic. Alors faut pas déconner, un prof touche beaucoup plus qu’un catégorie C, sinon quand j’y travaillais, ils s’en seraient plaints, ce qui aurait été justifié d’ailleurs. Mais franchement, ce n’est pas la peine de noircir le tableau qui est (peut-être) peu reluisant. Vous oubliez sans doute aussi les primes. Certes, pour un catégorie A, le prof a un salaire minable, mais au regard des chercheurs (35h , 5 semaines de vacances) dont je ne fais pas partie, vous faites bonne figure. Car en plus, eux sont doctorants et même plus, alors …
    Quant aux années d’étude des prof, hum hum. L’éducation nationale recrute aussi sans concours et sans jury. Entretien avec le dirlo et c’est parti (faut un niveau licence en quelque chose quand même)
    Pour finir sur ces gracieusetés, j’ajouterai que les profs ne se battent jamais pour les remplaçants (chacun sa merde) jamais pour les acos (csm) jamais pour les élèves(csm) et que la prépa des cours consiste en des ajustements périodiques.
    Voilà! Donc soit les profs sont des chiffes molles peut enclines à la vraie baston pour le droit (mais vous ne seriez pas les seuls à préférer le compromis, surtout quand on ne fait pas partie de la variable d’ajustement, soit vous ne pouvez pas vous défendre parce que votre position est indéfendable au regard de la société.
    Quant à dire à ceux qui trouvent que vous avez la belle vie qu’il n’ont qu’à passer le concours, c’est à moitié une bonne réponse. En effet, rien ne vous oblige à rester enseignant en France, vous pourriez passer le concours en Allemagne par exemple (tous les après-midi, hé hé, malin non)
    Par contre que tout le monde chie sur l’enseignement est pour ma part insupportable et ce qu’il l’est encore plus est que trop de profs sapent le peu bases solides de l’enseignement classique.
    Y-a-t-il eu une fois des grèves pour faire cesser le passage en 6e sans savoir lire/écrire correctement? Classiquement français, on refile le bébé aux autres.
    Quand vous aurez compris que si un enfant de 10 ans est content de passer dans le secondaire en ayant des résultats en-dessous du nécessaire, cet enfant ne vous respectera plus quand il aura compris à 15/16 ans que vous n’en avez rien eu à foutre de lui en le laissant se perdre dans la facilité.
    Toutefois, on mise beaucoup trop sur l’école en France. et on pourrait aborder le problème de la formation continue qui est inexistante.

    1. Bonjour Olivier,
      Je vous invite à relire le billet qui a été écrit en 2012. A l’époque, il y a 5 ans, j’étais remplaçante. Presque comme vous le dites, un entretien d’embauche avec le chef d’etablissement et j’ai eu le poste. Je n’avais que ce salaire net. Pas de primes. Rien. Je pourrais vous montrer les fiches de paie. Être remplacant est très précaire. Je l’ai été été de 2008 à 2013. Je sais ce que c’est que la vie de remplacant et je ne l’ai pas oubliée. Aujourd’hui, j’ai le concours et mon salaire a évolué en conséquence.
      Ensuite, la « chiffe molle » n’a pas envie de vous répondre. Si vous souhaitez des réponses, lisez mes autres billets sur le métier, sur nos combats contre les réformes absurdes, idiotes, qui font plus de mal que de bien à tous les acteurs de l’école.
      Sinon, je ne vous retiens pas, vous et votre mépris.

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