Roman

« La place » d’Annie Ernaux

Hier, j’ai lu ce livre, publié en 1983 (l’année de ma naissance).

Un livre très court, dévoré en une journée, sur le canapé, avec mes chats sur les genoux.

 

La place, c’est celle du père d’Annie Ernaux, un ouvrier normand devenu commerçant à Yvetot.

 

 La Place Annie Ernaux

Le roman commence par deux épisodes cruciaux de la vie de l’auteure qui se superposent : le récit des épreuves pratiques du Capes (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré) et la mort de son père.

 

Avec un style très dépouillé, de cette écriture qu’elle appelle « plate », Annie Ernaux commence par écrire la mort, pour ensuite raconter la vie de son père, dans une longue analepse (retour en arrière) :
« Depuis peu, je sais que le roman est impossible. Pour rendre compte d’une vie soumise à la nécessité, je n’ai pas le droit de prendre d’abord le parti de l’art, ni de chercher à faire quelque chose de « passionnant » ou d' »émouvant ». Je rassemblerai les paroles, les gestes, les goûts de mon père, les gestes marquants de sa vie, tous les signes objectifs d’une existence que j’ai aussi partagée.»
L’auteure fait le portrait d’une homme dont elle ne donne que les initiales A… D… (comme elle le fait pour sa ville Y…), sans artifice, sans effet dramatique, sans remord. Elle retrace la vie de ce paysan, devenu ouvrier, puis patron d’un petit commerce qui fait crédit, et finalement propriétaire d’un café-commerce dans une petite ville de Normandie.

 

C’est le récit dépouillé, presque clinique, de l’ascension sociale de cette famille normande.

 

A travers son père, c’est sa propre vie qu’elle raconte : son enfance, sa jeunesse, sa vie de jeune femme. La biographie du père devient autobiographie. Et l’ascension sociale de la famille se prolonge dans leur fille qui concrétise le rêve paternel.
« La place ». C’est celle du père, mais c’est aussi la sienne. Ils ont réussi à s’élever socialement, mais ont toujours été confronté à ce qu’on peut appeler la « lutte des classes ».

J’ai eu du mal à entrer dans le roman : l’écriture des premières pages me semblait froide. Mais au fur et à mesure, j’ai compris que ce que j’avais pris pour de la froideur n’était en fait que de la distance. Recul nécessaire pour écrire la vie de sa famille.
Elle laisse au lecteur « la place » pour y mettre ses propres sentiments, ses remords, ses blessures. Et ce récit dépouillé acquiert alors une dimension universelle.

J’ai choisi deux extraits qui ont uné résonnance particulière en moi :
« Les livres, la musique, c’est bon pour toi. Moi, je n’en ai pas besoin pour vivre. »
« Enfant, quand je m’efforçais de m’exprimer dans un langage châtié, j’avais l’impression de me jeter dans le vide.
Une de mes frayeurs imaginaires, avoir un père instituteur qui m’aurait obligée à bien parler sans arrêt en détachant les mots. On parlait avec toute la bouche.
Puisque la maîtresse me « reprenait », plus tard j’ai voulu reprendre mon père, lui annoncer que « se parterrer » ou « quart moins d’onze heures » n’existaient pas. Il est entré dans une violente colère. Une autre fois : « Comment voulez-vous que je ne me fasse pas reprendre, si vous parlez mal tout le temps ! » Je pleurais. Il était malheureux. Tout ce qui touche au langage est dans mon souvenir motif de rancœur et de chicanes douloureuses, bien plus que l’argent. »

 

 

Vous l’avez lu?

Qu’en avez-vous pensé?

 

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