Roman

Goethe, Les Affinités électives

     Après Jane Austen lundi, difficile de trouver aujourd’hui un auteur à la hauteur… Blague (ou plutôt jeu de mot) à part, j’ai décidé de vous parler de Goethe.

     Aujourd’hui, je vous présente Les Affinités électives de Johann Wolfgang Von Goethe (1749-1832).

Goethe Affinités électives
Avant de vous parler de ce roman, écrit entre 1807 et 1809, et que j’ai lu à la fac, il y a maintenant plusieurs années, je vais vous en expliquer le titre.

     Les Affinités électives sont un phénomène chimique d’attraction réciproque entre les éléments. Je ne m’étalerai pas sur le sujet que je ne maîtrise pas, mais je vous donne quand même un exemple : si l’élément composé de A + B rencontre l’élément composé de C + D, alors, selon les affinités électives qui se créeront entre eux, de nouveaux éléments naîtront (BC, AD, AC ou BD).
     Goethe applique ce principe à l’Homme : alors que l’être humain est déjà lié à un être, il est attiré par un autre. Jusque là, rien d’original, me direz-vous : deux êtres sont dominés par une force qui les contraint à l’infidélité… Hé bien si, ce roman est exceptionnel car loin de faire l’apologie de l’adultère (ce dont a été accusé l’auteur dont le roman a fait scandale à sa parution), les Affinités électives sont une analyse poétique, fine et nuancée du conflit qui se crée entre « loi naturelle » (ou chimique) et « loi morale ».

     Edouard et Charlotte vivent dans une propriété à la campagne, qu’ils ne cessent d’améliorer afin qu’elle soit en accord avec leurs goûts. Ils forment un couple heureux, chacun se consacrant entièrement à l’autre (A + B).
La douce solitude dans laquelle ils s’étaient volontairement retirés va être troublée par l’arrivée du Capitaine (C), un grand ami d’Edouard qui traverse des difficultés et est contraint de prendre une retraite forcée, puis par celle d’Odile (D), la pupille de Charlotte, une jeune fille, délicate et fragile, terne et effacée, qui quitte le pensionnat dans lequel elle vivait avec Lucienne, la propre fille de Charlotte.
L’entente est parfaite entre les quatre amis et la vie au château s’écoule, agréable et insouciante. Cependant, il est évident que, rapidement, le principe des affinités électives, cher à Edouard et au Capitaine, s’applique dans leur vie : Edouard est attiré par Odile, et Charlotte par le Capitaine.
Des intrigues platoniques se nouent, ce qui n’empêchent pas les époux de se « retrouver » ponctuellement. Odile, cependant, refuse de se prêter à ce jeu, malgré l’amour profond qu’elle ressent pour Edouard car elle ne peut supporter ni la dissimulation, ni la transgression du lien du mariage. Une profonde conscience dicte chacun de ses actes.
Les deux hommes partent à la guerre, puis en reviennent.
De la folle nuit de « retrouvailles » de Charlotte et Edouard (au cours de  laquelle ils ne font que penser à leur amour secret respectif) naît un enfant dont la ressemblance avec Odile et le Capitaine est frappante. Ce fils meurt accidentellement alors qu’Odile en a la garde. Ce tragique événement fait brusquement prendre conscience à Odile de l’importance de la « loi morale » et la jeune femme décide de ne jamais se donner à Edouard.
La vie reprend, en apparence comme autrefois. Pourtant, au plus profond d’elle-même, Odile s’éloigne. Consumée par son amour, elle s’efface petit à petit, jusqu’à en mourir. Peu de temps après, Edouard la rejoint.

Ainsi, Goethe montre que si les éléments chimiques sont soumis à des règles et des lois auxquelles ils ne peuvent échapper, il n’en va pas de même pour les humains qui, eux, ont le choix. Charlotte refuse de céder à sa passion et donc à ses instincts naturels, démontant ainsi la théorie selon laquelle elle aussi est soumise à ces affinités électives. Ceux qui ont vu dans ce roman une apologie de l’infidélité n’ont donc rien compris : l’être humain n’est pas un élément soumis à la loi naturelle et chimique mais un être doué de raison qui peut choisir conformément à sa morale.
J’espère que cet article vous aura donné envie de lire ce magnifique roman brillamment écrit.
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