Qu’est-ce que l’éducation?

I love Education     Depuis que je suis professeur, donc enseignante, éducatrice, je me pose cette question :  

Qu’est-ce que l’éducation?

     Du latin ex-ducere, guider, conduire hors, l’éducation est, étymologiquement, l’action de « guider hors de ». Mais guider qui? Le conduire hors de quoi?

     Eduquer signifie développer un ensemble de connaissances et de valeurs morales, de facultés physiques, intellectuelles.

     Eduquer, c’est le rôle de la famille, l’école, la société.

     Mais quel message le parent, le professeur, l’éducateur doit-il transmettre à l’enfant, à l’adolescent qu’il doit éduquer?

 

 

     Eduquer, c’est transmettre.

     Depuis quelques semaines, dans le cadre des Vendredis intellos, je consacre mon article du vendredi à la transmission.

     Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous faire (re)découvrir un magnifique texte qui date du XVIème siècle : la lettre du géant Gargantua à son fils qui poursuit ses études à Paris, dans le Pantagruel de Rabelais.

Gustave-Dore.-L-Education-de-Gargantua.png Gustave Doré, L’Éducation de Gargantua

     J’ai publié ce texte en intégralité ici, n’hésitez pas à aller le (re)lire.

 

     Dans cette lettre, avec un ton à la fois paternaliste et tendre, Gargantua, le Géant imaginé par Rabelais, qui est fier d’avoir un fils incite celui-ci à profiter de la chance qui lui est donnée, celle d’apprendre : « Pour cette raison, mon fils, je te conjure d’employer ta jeunesse à bien profiter en étude et en vertu ».

 

     A travers son personnage de père géant, Rabelais exhorte la jeunesse à tirer profit des études qui sont le cœur de l’éducation et sans lesquelles on ne comprend pas les choses qui nous entourent, le monde reste énigmatique. Le père explique à son héritier qu’il doit apprendre toutes ces choses qui font le monde parce que lui n’a pas eu la même chance quand il avait son âge : « bien que feu mon regretté père Grandgousier eût déployé tous ses efforts pour que je progresse en perfection et savoir politique, et que mon labeur et mon étude correspondissent bien à son désir et même l’aient dépassé, l’époque toutefois, comme tu peux bien le comprendre, n’était pas aussi opportune ni commode pour étudier les lettres qu’elle l’est à présent, et il n’existait alors aucun précepteur qui puisse ressembler à ceux que tu as eus. Les temps étaient encore ténébreux, ils sentaient l’infélicité et la calamité des Goths, qui avaient ruiné toute bonne littérature. Mais, grâce à la bonté divine, la lumière et la dignité ont été à mon époque rendues aux lettres, et j’y vois de tels progrès qu’il me serait aujourd’hui difficile d’être reçu dans la première classe des petits écoliers, moi qui, dans mon âge mûr, étais réputé (non à tort) comme le plus savant du siècle. » 

 

     Gargantua cherche à transmettre ses valeurs, son regard sur le monde à son fils: « Je vois les brigands, les bourreaux, les aventuriers, les palefreniers d’aujourd’hui plus savants que les docteurs et les prêcheurs de mon temps. » Il transmet aussi son savoir à son fils : « je t’ai donné le goût quand tu étais encore petit, à cinq ou six ans ». Mais aussi ses espoirs, ses ambitions : « En somme, que je voie en toi un abîme de science ».

 

      Gargantua encourage son fils à connaître le monde dans son intégralité. Pantagruel doit maîtriser les langues, qui permettent de rencontrer et de découvrir la pensée d’autrui, mais aussi les sciences physiques et naturelles. L’objectif de la formation décrite dans cette lettre est donc l’éducation d’un homme complet, aussi bien sur le plan intellectuel que moral et physique.

 

     Le père conseille, oriente, encourage son fils : « Pour cette raison, mon fils, je te conjure d’employer ta jeunesse à bien profiter en étude et en vertu ». L’éducation a pour but la « vertu« . Gargantua entend léguer à son fils sa sagesse : « Sois serviable envers ton prochain, et aime-le comme toi-même. » L’idéal de l’honnête homme se dessine dans cette lettre et une célèbre expression le résume parfaitement : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme« .

 

Francois Rabelais     Apprendre est pour Rabelais la voie de l’épanouissement personnel. Pour l’auteur, réussir l’éducation de son enfant c’est lui donner les clés pour qu’une fois adulte, il ne soit pas qu’un savant, un cerveau plein de connaissances, mais un Homme, un adulte qui saura prendre sa vie en main, seul, un homme autonome. L’éducation doit permettre à l’enfant de s’émanciper le moment venu.

 

     Rabelais exhorte le lecteur parent, éducateur, enseignant, à avoir confiance en ses enfants, à leur donner les moyens de se réaliser, à titre personnel pour qu’ils deviennent des « honnêtes hommes », au sens humaniste du terme.

 

 

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10 commentaires

  1. Bonjour, J’ai suivi le drame de votre collègue qui s’est immolée par le feu dans son lycée à Béziers. J’ai fait par de ma grande  émotion  en publiant de smessages sur le web à l’adresse de ses collègues ,comme vous, mais aussi a l’opinion publique.   J’ai aussi publié un texte en son hommage sur mon site   http://  rubrique actualités —> enseignement . Ne baissez pas les bras, défendez sa mort, bon couragemysteres-du-monde.voila.net/    

  2. Je vais aller lire ça. J’ai mis un encart sur mon blog, à gauche, en hommage à la prof et pour soutenir ses collègues et élèves.

  3. Merci! T’as viré Astérix pour moi, wahou, je suis touchée! Plein de bisous à vous deux (ben oui, je ne voudrais pas me prendre des coups de rouleau à pâtisserie)!

  4. Je me le demande… je suis sûre que certains trouveraient à redire, par pur esprit de contradiction, mais Rabelais était un grand penseur.

  5. En tant que littéraire et éducatrice, si vous souhaitez poursuivre cette petite réfexion sur l’instruction, je conseille également : les ESSAIS de Montaigne, un essai intitulé de « l’institution des enfants », où Montaigne s’élève contre un enseignement fondé sur le par coeur et donne comme image un enfant buvant les mots à l’aide d’un entonnoir (image du gavage de l’oie) mais ne forme pas l’esprit (idée proche de celle de Rabelais au passage). Puis Candide de Voltaire, et Emile ou l’éducation de Rousseau… idées d’un prochain article ma petite KIARA? Au travail, j’ai un rapport à rendre au ministère de l’éducation nationale moi! lol bisous. Chacha. 

  6. J’ai hésité à parler des Essais déjà, mais je trouvais le texte moins accessible. Et Rousseau m’a soulé pendant mes études! Peut-être une prochaine fois. En fait je fonctionne par souvenirs. Je cherche dans ma tête et un texte me paraît évident alors j’en parle… Mais merci pour ces pistes, je sens qu’il y aura encore du Vendredi Intello, la source n’est pas prête de se tarir… Bon weekend!

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