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Article 30-09-2011

Il y a un an, je travaillais avec mes élèves de TS2, sur le premier thème au programme : « Génération(s) ». Le 14 octobre, j’avais publié cette Lettre à la jeunesse d’Emile Zola que nous avions étudiée en classe. Nous nous étions alors interrogés sur les relations entre les générations et plus précisément sur la transmission de l’héritage. 

Voici la lettre d’Emile Zola, suivie d’une réaction d’un élève et de mon commentaire pour les vendredis intellos!

 Lettre à la jeunesseÔ jeunesse, jeunesse ! Je t’en supplie, songe à la grande besogne qui t’attend. Tu es l’ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d’équité posés par le siècle finissant, Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d’obscurités peut-être, mais à coup sûr l’effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides et les fondements mêmes de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d’être encore plus généreuse, plus libre d’esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l’éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.

            Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l’exprimer publiquement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n’es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c’est que de se réveiller chaque matin avec la botte d’un maître sur la poitrine, tu ne t’es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d’acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l’intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout.

          Jeunesse, jeunesse ! Sois toujours avec la justice. Si l’idée de justice s’obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos Codes, qui n’est que la garantie des liens sociaux.

            Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes est faillible et qui admet l’innocence possible d’un condamné, sans croire insulter les juges. N’est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n’est toi qui n’es pas dans nos luttes d’intérêts et de personnes, qui n’es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peut parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?

            Jeunesse, jeunesse ! Sois humaine, sois généreuse. Si même nous nous trompons, sois avec nous, lorsque nous disons qu’un innocent subit une peine incroyable et que notre cœur révolté s’en brise d’angoisse. Que l’on admette un seul instant l’erreur possible, en face d’un châtiment à ce point démesuré, et la poitrine se serre, les larmes coulent des yeux. Certes, les gardes-chiourmes restent insensibles, mais toi, toi qui pleures encore, qui dois être acquise à toutes les misères, à toutes les pitiés ! Comment ne fais-tu pas ce rêve chevaleresque, s’il est quelque part un martyr succombant sous la haine, de défendre sa cause et de le délivrer ? Qui donc, si ce n’est toi, tentera la sublime aventure, se lancera dans une cause dangereuse et superbe, tiendra tête à un peuple, au nom de l’idéale justice ? Et n’es-tu pas honteuse, enfin, que ce soient des aînés, des vieux qui se passionnent, qui fassent aujourd’hui ta besogne de généreuse folie ?

            Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de nos discordes la bravoure et l’espoir de nos vingt ans ?

            « Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice ! ».

 

     Réflexion d’un étudiant : « Ah, Zola, il parle quand même mieux aux jeunes que Ségolène Royal!« 

 

     J’ai relu ce texte récemment et je le trouve toujours d’actualité, notamment en ces périodes de grèves et manifestations.

Germinal     Emile Zola adresse cette lettre à la génération qui le suit.

     Dans ce texte, il développe l’idée que la jeunesse hérite des actions de ses aïeux et se doit d’être à la hauteur des attentes de ceux-ci. Ca ne vous rappelle rien? Ah, si, l’extrait du Cid () : quand un père transmet des valeurs à son fils, il se voit à travers lui et cela lui apporte fierté et honneur.

     Pour Zola, l’idée est un peu différente : la jeunesse doit porter le flambeau transmis par ses pères, sans oublier ce qu’elle leur doit, poursuivant leurs combats, sans relâche.

     Or, l’écrivain a peur que la jeunesse, qui ne prend pas conscience de son rôle fondamental, n’ignore le travail passé et ne sombre dans l’apathie, n’aille vers un recul des progrès de l’humanité.

 

     Dans les Vendredis intellos, je me suis interrogée sur ce que nous transmettons à nos enfants. Zola l’avait fait bien avant moi! Pour lui, la transmission est passation. C’est en quelque sorte un héritage actif dont les héritiers sont les garants, par respect et par nécessité, de peur que les avancées d’hier ne se perdent à cause d’un laisser-aller de la jeunesse.

 

     Nous transmettons à nos enfants des acquis sociaux, culturels, mais nous devons leur apprendre à se battre pour les conserver voire les améliorer. Nous devons enseigner à nos enfants qu’il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers.

 

      C’était ma participation aux Vendredis intellos de Mme Déjantée

 

 

     Aujourd’hui, c’est vendredi. Et le vendredi, ce sont les Vendredis intellos. Je vous en avais déjà parlé là, lors de ma première participation : chaque vendredi, on peut proposer sur son blog un extrait de roman, d’essai, d’article de journal sur le thème de l’enfance (éducation, psychologie de l’enfant, périnatalité, parentalité, etc.) et on en parle…

 

 

 

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10 réflexions au sujet de « Article 30-09-2011 »

  1. Merci pour cet extrait, comme pour le cid je prends plaisir à lire ton article et en plus d’y faire le débriefing 😉

  2. Merci beaucoup Aubergine Divine (ton commentaire était passé inaperçu, désolée pour le retard). J’adore lire tes débriefs! Pas de vendredi intello ces deux prochaines semaines pour moi, mais je lis avec attention!

  3. Je voulais lire cet article mais attendais d’être plus reposée. Voilà qui est fait et je suis en retard d’un wagon, comme d’habitude. Comme je suis d’accord avec cette lettre de Zola et toi. Malheureusement, beaucoup trop de jeunes, ayant vu leurs parents travailler dur pour pouvoir seulement subsister et payer un loyer, se tournent vers la facilité en volant, revendant de la drogue, magouiller etc… On a raté une marche, mais où ? (J’ai connu ces exemples) Si la plupart d’entre nous aidons nos jeunes à se battre, comment peuvent ils ne pas être découragé devant la société actuelle où tout est pour le profit et le Dieu Argent ?  Comment un jeune peut-il dire qu’il va transmettre des valeurs alors qu’il ne trouve même pas de travail pour se lancer dans la société qui est la nôtre. Je n’ai pas le temps de débattre ici mais dans cette société qui s’est délitée à vitesse grand V, comment repasser le flambeau à nos enfants et donc petits-enfants. L’enfant n’a même plus conscience de ce qu’est  l’argent pour la plupart du temps. Tout se paie par carte bleue et via internet. Ce n’est pas concret pour lui, il ne se rend pas compte que ses parents ont travaillé pour l’avoir cet argent et pense que cela vient du ciel. Il suffit d’insérer la carte dans le distributeur et hop, l’argent est là ! Il faut leur expliquer cela mais les parents ont ils conscience que cela ne va pas de soi pour l’enfant. (Je ne généralise pas, bien sûr.) J’espère que tu auras compris mon charabia. Il y a tant à dire !  

  4. Moi aussi je suis en retard d’un wagon… Oui j’ai bien compris ton « charabia » qui n’en était pas un : il faut que nous, adultes, transmettions la valeur des choses, de l’argent et surtout du trzvail aux enfants! Merci de ce long commentaire! A bientôt.

  5. Vous êtes choux, tous les deux !! Par rapport à Zola, je dirais que ma préférence va à Une Page d’Amour, bien que je n’ai pas lu toute la série des Rougon-Macquart…

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