Article 23-09-2011

     La semaine dernière, je vous ai parlé de ce père (Don Diègue) qui considère que son fils (Don Rodrigue) lui est redevable de l’éducation qu’il lui a donnée. Si vous ne vous en souvenez plus, c’est qu’il faut aller lire…

 

     Aujourd’hui, j’ai décidé de vous faire lire un poème plus moderne. Alors qu’au Moyen-âge (l’époque où se passe l’action du Cid), le père façonnait le fils à son image, lui transmettait ses valeurs en espérant que celui-ci lui rende les fruits de l’éducation qu’il a reçue et ainsi le rende fier, au XXème siècle, le père transmet à son fils ses valeurs dans l’intérêt de son enfant, sans rien attendre en retour.


 

         If you can keep your head when all about you
         Are losing theirs and blaming it on you,
         If you can trust yourself when all men doubt you.
         But make allowance for their doubting too;
         If you can wait and not be tired by waiting.
         Or being lied about, don’t deal in lies,
         Or being hated, don’t give way to hating,
         And yet don’t look too good, nor talk too wise:

         If you can dream -and not make dreams your master
         If you can think -and not make thoughts your aim
         If you can meet Triumph and Disaster
         And treat those two impostors just the same;
         If you can bear to hear the truth you’ve spoken
         Twisted by knaves to make a trap for fools.
         Or watch the things you gave your life to broken,
         And stoop and build’em up with worn-out tools:

         If you can make one heap of all your winnings
         And risk it on one turn of pitch-and-toss,
         And lose, and start again at your beginnings
         And never breathe a word about your loss;
         If you can force your heart and nerve and sinew
         To serve your turn long after they are gone,
         And so hold on when there is nothing in you
         Except the Will which says to them: « Hold on! »

         If you can talk with crowds and keep your virtue,
         Or walk with Kings -nor lose the common touch,
         If neither foes nor loving friends can hurt you,
         If all men count with you, but none too much;
         If you can fill the unforgiving minute,
         With sixty seconds’ worth of distance run.
         Yours is the Earth and everything that’s in it,
         And -which is more- you’ll be a Man, my son!

 

                            Rudyard KIPLING, If, 1910 


 

Adaptation française d’André Maurois (1918) :


         Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
         Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
         Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
         Sans un geste et sans un soupir ;

         Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
         Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
         Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
         Pourtant lutter et te défendre ;

         Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
         Travesties par des gueux pour exciter des sots,
         Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
         Sans mentir toi-même d’un mot ;

         Si tu peux rester digne en étant populaire,
         Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
         Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
         Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

         Si tu sais méditer, observer et connaître,
         Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
         Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
         Penser sans n’être qu’un penseur ;

         Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
         Si tu peux être brave et jamais imprudent,
         Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
         Sans être moral ni pédant ;

         Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
         Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
         Si tu peux conserver ton courage et ta tête
         Quand tous les autres les perdront,

         Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
         Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
         Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
         Tu seras un homme, mon fils. 

 


 


 

 

Mon frère avec son fils      Dans les strophes de ce magnifique poème qui  commencent toutes par « if » (si), l’auteur établit les conditions pour s’accomplir, pour s’épanouir en tant qu’homme.

     Dans chaque strophe, le père passe le pouvoir à son fils (ou, plus largement, l’adulte à la nouvelle génération) en lui transmettant ce qu’il a lui-même vécu, appris. Ses conseils sont universels, atemporels et gratuits : il n’attend rien en retour, il souhaite juste que son fils soit un homme accompli.


 

     Que transmettons-nous à nos enfants? Des valeurs, pour qu’ils soient des Hommes bien (des humains dignes de l’être).

 

 

 


     C’était ma participation aux Vendredis intellos de Mme Déjantée

 

 

     Aujourd’hui, c’est vendredi. Et le vendredi, ce sont les Vendredis intellos. Je vous en avais déjà parlé , lors de ma première participation : chaque vendredi, on peut proposer sur son blog un extrait de roman, d’essai, d’article de journal sur le thème de l’enfance (éducation, psychologie de l’enfant, périnatalité, parentalité, etc.) et on en parle…

 

  

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10 commentaires

  1. ça me rappelle un vague souvenir d’école ! Encore une fois, merci pour cette remise à niveau M’dame la prof !  Bon Week-End  Bisous

  2. Joli texte lein de bon sens et totalement d’actualité pour moi, j’aime. Et merci infiniment pour la petite surprise c’est adorable ! J’adore cette marque de vêtements !

  3. Je suis certaine que tu feras de ton fils un homme bien. Et je suis contente que le cadeau te plaise! Gros bisous à vous deux! (trois, non? Ton homme est revenu?)

  4. Ma passion pour le hip-hop et la culture urbaine! Ca il l’a , et je veux qu’il la garde! J’te fais des bisous Kiara, je suis assee absent , mais je pense a vous 😉

  5. Je sais que tu es très occupé en ce moment. Mais je sais aussi que tu transmets certaines valeurs à ton fils. Grosses bises Nico.

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