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Article 16-09-2011

     Vendredi dernier, je me suis rendue compte que, même si je croyais partir dans tous les sens avec mes Vendredis Intellos, finalement, j’ai un fil conducteur : la transmission. Avec mon article sur Le Petit Nicolas, je vous parlais de la transmission du goût de la lecture. Quand je me suis demandée s’il fallait écrire à son bébé, avec le roman de Lucia Etxebarria, je m’intéressais à la transmission de son histoire à ses descendants. Le texte de Roland Barthes était l’occasion de s’interroger sur la place du jouet dans notre société et sur ce que nous, adultes transmettons comme message, comme apprentissage, aux enfants à travers les jeux que nous leurs offrons. Enfin, la semaine dernière, dans un article plus personnel, je vous ai parlé de ma peur de transmettre ma maladie, la migraine, à mes enfants.


le cid     Aujourd’hui, j’ai décidé de vous faire lire un petit extrait théâtral (je vous rappelle que je suis prof de français) sur le sujet de la transmission des valeurs.


    Dans cet extrait du Cid, de Corneille (1637), le jeune Rodrigue, pour venger l’honneur de son père Don Diègue, souffleté par Don Gomès, tue ce dernier lors d’un duel. Or, Don Gomès était le père de Chimène, l’amante de Don Rodrigue. Cet extrait montre les retrouvailles du père et du fils après le duel. 

 

 

     Je vous ai copié le texte ici, mais vous pouvez aussi (et je vous le conseille vivement), écouter cette scène, jouée par le mythique Gérard Philippe :

Le Cid Gérard Philippe

 

 

DON DIÈGUE

Rodrigue, enfin le ciel permet que je te voie !

 

DON RODRIGUE

Hélas !

 

DON DIÈGUE

Ne mêle point de soupirs à ma joie ;

Laisse-moi prendre haleine afin de te louer.

Ma valeur n’a point lieu de te désavouer :

Tu l’as bien imitée, et ton illustre audace

Fait bien revivre en toi les héros de ma race :

C’est d’eux que tu descends, c’est de moi que tu viens :

Ton premier coup d’épée égale tous les miens ;

Et d’une belle ardeur ta jeunesse animée

Par cette grande épreuve atteint ma renommée.

Appui de ma vieillesse, et comble de mon heur,

Touche ces cheveux blancs à qui tu rends l’honneur,

Viens baiser cette joue, et reconnais la place

Où fut empreint l’affront que ton courage efface.

 

DON RODRIGUE

L’honneur vous en est dû : je ne pouvais pas moins,

Étant sorti de vous et nourri par vos soins.

Je m’en tiens trop heureux, et mon âme est ravie

Que mon coup d’essai plaise à qui je dois la vie ;

Mais parmi vos plaisirs ne soyez point jaloux

Si je m’ose à mon tour satisfaire après vous.

Souffrez qu’en liberté mon désespoir éclate ;

Assez et trop longtemps votre discours le flatte.

Je ne me repens point de vous avoir servi ;

Mais rendez-moi le bien que ce coup m’a ravi.

Mon bras, pour vous venger, armé contre ma flamme,

Par ce coup glorieux m’a privé de mon âme ;

Ne me dites plus rien ; pour vous j’ai tout perdu :

Ce que je vous devais, je vous l’ai bien rendu.

 

DON DIÈGUE

Porte, porte plus haut le fruit de ta victoire :

Je t’ai donné la vie, et tu me rends ma gloire ;

Et d’autant que l’honneur m’est plus cher que le jour,

D’autant plus maintenant je te dois de retour.

Mais d’un cœur magnanime éloigne ces faiblesses ;

Nous n’avons qu’un honneur, il est tant de maîtresses !

L’amour n’est qu’un plaisir, l’honneur est un devoir.

 

DON RODRIGUE

Ah ! Que me dites-vous ?

 

DON DIÈGUE

Ce que tu dois savoir.

 

DON RODRIGUE

Mon honneur offensé sur moi-même se venge ;

Et vous m’osez pousser à la honte du change !

L’infamie est pareille, et suit également

Le guerrier sans courage et le perfide amant.

À ma fidélité ne faites point d’injure ;

Souffrez-moi généreux sans me rendre parjure :

Mes liens sont trop forts pour être ainsi rompus ;

Ma foi m’engage encor si je n’espère plus ;

Et ne pouvant quitter ni posséder Chimène,

Le trépas que je cherche est ma plus douce peine.

 

Corneille, Le Cid, Acte III, scène VI, vers 1025 à 1070, 1637.

couverture le cid

 

     La famille, par l’instruction, transmet des connaissances indispensables à ses enfants mais aussi des valeurs, notamment celle de l’honneur, par l’éducation. Ces valeurs viennent des ancêtres : elles sont transmises de génération en génération et inhérentes à une caste. La transmission de certains principes moraux maintient la cohésion de la famille et sa pérennité. Leur respect se traduit par des actes : Don Rodrigue doit venger l’honneur bafoué de son père.

     Dans cet extrait, le père et le fils se confrontent sur cette question. Pour Don Diègue, le père transmet la vie, le fils doit, en retour, préserver l’honneur de la famille. Mais Don Rodrigue est face à un dilemme : choisir entre l’amour et l’honneur, mettre ses sentiments personnels de côté, au point de perdre la femme qu’il aime, pour défendre son père, souffleté.

     Don Diègue est extrêmement fier de sa progéniture car elle lui ressemble. Dans cette scène, le père se reconnaît dans son fils : il l’a éduqué à son image et celui-ci lui renvoie, par ses actes, les mérites de son éducation.

 

     Que transmettons-nous à nos enfants?

     Le texte date du XVIIème siècle, mais les idées qu’il véhicule sont toujours d’actualité. Par l’instruction, nous transmettons des connaissances. Par l’éducation, nous transmettons aux jeunes générations des principes moraux et nous sommes heureux de reconnaître, à travers leur comportement, les valeurs selon lesquelles nous les avons éduquées.

 

 

     C’était ma participation aux Vendredis intellos de Mme Déjantée

     Chaque vendredi, on peut proposer sur son blog un extrait de roman, d’essai, d’article de journal sur le thème de l’enfance (éducation, psychologie de l’enfant, périnatalité, parentalité, etc.) et on en parle… Pour lire les autres participations, c’est . Et si vous voulez participer, n’hésitez pas. 


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10 réflexions au sujet de « Article 16-09-2011 »

  1. j’aime bien votre blog, je vais y allée de temps à autres, le miens est nouveau petit, il va grandir tranquillement au fils du temps, j’aime le faire c’est un passe temps sympa; bonne continuation et merci Anne

  2. C’est sympa d’alimenter un blog. En ce moment je suis débordée, je risque d’être moins présente mais j’irai faire un petit tour sur le vôtre dès que possible. A bientôt.

  3. Oh merci merci merci!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Tu sais que je connais la tirade par coeur! Rodrigue as-tu du coeur???? Tout autre que mon père l’éprouverait sur l’heure! J’adore le Cid!

  4. Je savais que ça te plairait! En mettant la tirade, le lien vers deezer pour écouter sa voix et la photo, j’ai pensé que ça te plairait! Moi aussi je connais cette pièce par coeur, je l’adore!

  5. Je découvre et je trouve ça bien, vraiment bien. Je suis loin d’être une intello Kiara mais j’ai voulu comprendre ce que je lisai et ce que cela voulait dire au juste, même si nous n’avons pas toujours les mêmes interprétations.

  6. Le but des « vendredis intellos » c’est justement de parler à tout le monde, de faire lire des textes, de donner notre point de vue et de ne surtout pas se prendre la tête! Contente que ça t’ait plu!

  7. Oui le thème du conflit entre le couple et les familles respectives reste universel et actuel. Mais heureusement qu’on ne tue que très rarement pour une gifle ! La notion d’honneur familial a beaucoup évolué, du moins en occident

  8. Mais on tue encore pour l’honneur, surtout dans certains milieux (mafia). Certaines femmes s’enfuient toujours par amour, loin de leur famille. Pour moi, les valeurs à transmettre sont celles qui permettent de vivre en société, les autres sont un peu archaïques!

  9. Oh que c’est loin !!  C’est vrai qu’il est important de transmettre des valeurs… mais on est bien content que certaines se perdent (notamment l’interdiction de coucher pour les filles hein ^^ !! Oué LiLie l’obsédée de retour! Enfin, en même temps j’étais pas partie bien loin!) Bisous la Prof Sexy !! 

  10. MDR Lilie! Oui, certaines valeurs se perdent ou plutôt changent, évoluent. Les filles ne devaient pas coucher pour préserver l’honneur de la famille. Heureusement, maintenant l’un n’est plus lié à l’autre et la femme est libre de faire ce qu’elle veut (enfin, pas partout). Aujourd’hui, malheureusement, on se fiche totalement de l’honneur : « parole d’honneur » ne signifie plus rien! C’est dommage, on ne peut plus faire confiance (mon ex m’avait dit qu’il me rembourserait, aucun honneur). Bisous Lilie.

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