La question de l’orientation des élèves est une partie de mon métier qui m’intéresse beaucoup. Pour deux raisons : d’abord parce que nous formons de futurs citoyens mais aussi parce que cela me touche personnellement : ma sœur et moi avons été mal orientées quand nous étions élèves.
Mon frère était bon en maths. Il aimait cela. Mais il n’aimait pas l’école et avait une passion pour la cuisine. C’est donc naturellement qu’il s’est orienté vers le métier de cuisinier.
Mon autre frère n’aimait pas non plus l’école. Mais en troisième, lors d’un stage en entreprise, il a découvert le métier de paysagiste. Il a ensuite suivi cette voie et a travaillé pour réussir ses études professionnelles.
Quant à moi, j’étais bonne à l’école. En primaire, puis en collège. Comme au lycée j’ai montré de bien meilleurs prédispositions pour les langues et la littérature que pour les sciences, on m’a oriente vers un bac littéraire. Et puis en terminale, on m’a dit qu’il fallait que je choisisse une orientation. On ne m’a pas guidée, on m’a laissée me débrouiller. Je ne savais pas quelle filière choisir. J’aimais les langues et j’étais douée. Mais on m’a dit qu’il y avait peu de débouchées. J’aimais la littérature et la langue française. J’ai visité des universités. La veille de la date limite des vœux, je me suis décidée pour faire des études de lettres (pour faire quoi? Prof? Journaliste? Orthophoniste? On verra bien…). Je ne le regrette pas. Mais j’ai découvert, en seconde année, que j’aurais pu faire d’autres choix, si on m’avait guidée.
Ma sœur a un parcours un peu à part : au lycée, on l’a orientée vers une première scientifique. Parce qu’elle en avait les capacités. Mais ça ne lui plaisait pas. Elle a décidé de se réorienter vers un bac commerce. On lui a mis des bâtons dans les roues. Mais elle ne s’est pas laissée faire. Elle a eu son bac commerce. Mais cette orientation ne lui convenait pas. Elle avait trouvé sa voie ailleurs. Alors, elle a décidé de faire une mise à niveau pour faire un BTS hôtellerie-restauration. Puis, plus tard, elle a fait un BP sommellerie. Elle n’a pas perdu son temps. Bien sûr, elle a mis plus longtemps à trouver sa voie que certains, mais elle a renoncé, tâtonné, essayé, cherché, pour finalement trouver le métier qu’elle aime.
Depuis que je suis prof, j’essaie de faire comprendre à mes élèves qu’ils doivent prendre en main leur avenir et ne pas se sentir "obligés" de suivre telle ou telle voie. C’est LEUR vie. Et ce n’est pas grave s’ils se "trompent", ils peuvent changer de voie. Tout ce qu’ils auront fait auparavant n’est pas vain, cela leur servira toujours.
Mais…
mais les parents vont parfois à l’encontre des rêves de leurs enfants parce que tel ou tel métier n’est pas "bien vu" dans la famille : "Ah non, tu ne vas pas devenir maçon, que va dire ton père?", "tu ne feras pas filière littéraire, toute la famille est scientifique!" Et alors, est-ce une honte d’avoir envie d’un autre métier que celui de ses parents? Certains parents ont des rêves pour leurs enfants : "Oui, il est bon à l’école, mais dans la famille, on est restaurateur de père en fils, qui va reprendre le restaurant après moi?"
mais l’école va parfois à l’encontre des souhaits de l’enfant : "il n’a pas d’assez bons résultats dans les matières scientifiques, il ne pourra pas être opticien", "il est doué en maths, il devrait faire S".
En plus de cinq ans de bons et loyaux services au sein de l’éducation nationale, j’ai pu constater que si certains établissements mettent tout en œuvre pour que leurs élèves aient le choix dans leur orientation, d’autres font juste leur travail d’enseignement sans s’impliquer dans l’avenir de leurs élèves.
Ainsi, j’ai vu un collège mettre en place des dispositifs personnels d’accès à l’orientation : les élèves en grande difficulté scolaire partaient en stage chaque semaine avant les vacances. Si cela se passait bien, ils pouvaient repartir la fois suivante. En contrepartie, l’élève s’engageait à travailler en classe et à la maison. Trois de mes élèves en ont bénéficié. Deux ont trouvé leur voie. Tous se sont épanouis et on trouvé un nouvel intérêt à l’école.
Cette année, j’ai organisé un atelier "orientation" pour les 4èmes qui ne partaient pas à l’étranger. Pendant toute une après-midi, nous avons fait des jeux autour des métiers (mimes, quiz, etc.), les élèves ont fait des recherches sur les métiers qui les attiraient puis sur les professions qu’ils ne connaissaient pas mais qui les intriguaient et ensuite présenter leurs recherches aux autres. C’était très intéressant. J’ai découvert de métiers, des formations mais aussi des facettes de mes élèves que je ne connaissais pas. Telle élève timide veut s’orienter dans le social, tel élève très expansif veut devenir pâtissier, tel élève rêve d’entrer dans la gendarmerie. J’ai passé un excellent après-midi.
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Être prof, c’est aider les élèves à s’orienter. Mais on n’est pas formé pour ça. J’ai été prof principale d’une classe de troisième pendant un trimestre l’an dernier. Je devais organiser des activités autour de l’emploi. Je n’y connaissais rien. Heureusement, la prof documentaliste m’a aidée à mettre en place des questionnaires, des activités. Je n’ai pas eu à gérer le stage en entreprise car je suis partie avant. Mais j’ai beaucoup appris pendant ce trimestre. Aider les élèves dans leurs démarches, c’est beaucoup de travail, mais c’est très intéressant.
Être prof, c’est aussi parfois se sentir impuissant face aux élèves, ne pas savoir les aider. Ne pas en être capable. Bien sûr, on a un Bureau d’information (BDI), on organise des portes ouvertes, on propose des forums des métiers, on les accompagne. Mais on ne peut pas répondre à toutes leurs questions.
Heureusement, certains sites internet sont très intéressants et bien faits, comme celui de l’ONISEP : http://www.onisep.fr/
L’orientation des élèves, ce n’est pas QUE l’affaire des profs. C’est aussi l’affaire des parents et des élèves. Encore une fois, il faut travailler ensemble. Et c’est ça le plus difficile. Mais ne perdons pas de vue que l’avenir des enfants en dépend!
Et si la société laissait le choix aux enfants de leur métier? Et si on les autorisait à se "tromper" d’orientation, à changer de métier, à revenir en arrière?
Je vous en parle ici, pour les Vendredis Intellos.

